PAL PEN
y eut d’ Hahn croisés ave une ue Dome où se encontrèrent les éléments provenant des D raie classes sociales (152). À
Presque tous les écrits dépeignent des édifices dont la magnificence frappe les auteurs, ou des églises dont la sainteté les
retient. La description de Guillaume de Tyr sur le palais du Caire est célèbre (153); celle de Jérusalem, par Joinville, l'est non moins (154). Les pèlerinages propres aux Saints de Terre sainte étaient aussi très vénérés et tous les écrivains nous en ont conservé le souvenir. Saint-Georges de Lyda (155), Sainte-Catherine du Mont-Sinaï étaient particulièrement visités mais il existait, et en nombre imposant, des lieux sanctifiés par la Vierge et ce sont ceux-ci qui nous intéressent tout particulièrement.
Josaphat.
Là où sainte Marie la Mère au Creator Fu morte et sepelie ei tot li Angelor L’emportèrent el Chiel devant Nostre Seignor (156).
La vallée célèbre du Dernier Jugement était renommée pour son antique couvent détruit par les Sarrazins, reconstitué par Godefroy de Bouillon et confié aux Bénédictins (157).
(148) Pèlermage de Charlemagne, Chanson d’Antioche, Chanson de Jérusalem, les Chétits, etc.
(149) Guillaume de Tyr et son continuateur, Guibert de Nogent, Joinville, etc.
(150) Revue de l'Orient latin, 1895, page 31 et suivantes. — D. Cabrol, le Manuscric d’Arezzo, pages 31 et suivantes.
(151) L. Bréhier, l’Eglise et l’Orient, page 67.
(x52) Histoire des Croisades, tome II, livre XIX, chapitre XVII.
(153) Histoire littéraire de France, tome XXXII.
(154) Hatem, Poèmes épiques, page 362.
(x55) Rey, Colonies franques, page 288.
(x56) Chanson de Jérusalem, citée par Hatem, Poèmes épiques, page 373.
(157) D. Cabrol, Dictionnaire d’Archéologié chrétienne, VII, 2, colonne 2333.
Qu'’était l’image de Notre-Dame de Josaphat? Nous l'igno-
rons, mais sans doute y a-t-il lieu de tenir compte de la présence des Bénédictins dans ce célèbre pèlerinage et du nom de Josaphat donné à une abbaye proche de Chartres (158), ville renfermant une Vierge Noire.
Sardenay possédait une peinture exécutée sur un bois précieux d’où découlait une huile odoriférante capable de guérir tous les maux, y compris ceux des infidèles. Non seulement les Chrétiens, mais les Musulmans eux-mêmes, vénéraient cette Vierge dont tous les auteurs ont parlé (159). Comment était cette Madone. Étant donné qu’il en découlait une huile, nous sommes autorisés à supposer une accumulation de poussières sur le corps gras ce qui implique, à la longue, une teinte sombre de l’image. Un enlumineur flamand du début du xve a reproduit Notre-Dame de Sardenay; nous ignorons si cette reproduction est fidèle, mais il est intéressant de trouver en Flandres, pays de Vierges Noires, une madone d’origine syrienne (160).
Notre-Dame de Tortose était non moins célèbre que la Vierge de Sardenay; embellie par Constance, puis par les Omeyades, la ville passait pour contenir le premier Coran et, de ce fait, était considérée comme sainte par les Musulmans. Pour les : Chrétiens, qui la disputèrent chaudement aux infidèles, elle représentait le lieu où s’était élevé le premier sanctuaire consacré à Marie par les soins de l’apôtre saint Pierre se rendant à Antioche et, par cette simple tradition, le cycle de l’Orient rejoint celui des Apôtres. L'Espagne vénère Notre-Dame de Tortose, vierge brune, et la « Santa-Cinta », pour laquelle on éleva la cathédrale, passe pour avoir appartenu à Marie ce qui atteste un apport oriental.
Saragosse, en rapport avec Tortosa, Barcelone proche de cette
(158) Abbaye fondée en 1117 par Geoffroy de Lèves, évêque de Chartres, à son retour de la croisade. Geffroy bâtit le monastère chartrain « à l’instar du couvent des Bénédictins de la vallée de Josaphat en Palestine ». E. de Lépinois, Histoire de Chartres, 1, page 91.
(159) Revue de l'Orient latin, 1895, page 294 (Jacques de Vérone) et 318 (Jacques de Vitry). — Poème de Notre-Dame de Sardenay publié par G. Raynaud.
(160) Cité par L. Hourticq, Vie des images, page 11.
Do se
ville, possèdent des Vierges Noires célèbres qui, suivant la légende, auraient été apportées par les Apôtres. Il est donc visible, d’après le nom et les légendes des Vierges d’Espagne que le Tortose d’Asie a créé le pèlerinage ibérique.
Saint Denis fonde une chapelle et une fontaine qu’il bâtit de ses mains :
« Entre Acre et Caïphas, le leu de mon segnor saint Denis en près la chapelle et la fontaine de Monsigneur saint Denis il trova et la fist de ses propres mains » (161). Saint Denis suivant la légende aurait été transporté miraculeusement auprès de la couche mortuaire de la Vierge (162) et aurait fourni le premier modèle peint et sculpté de la figure de Marie, modèle qui aurait été vénéré à Paris (163).
Nous n’avons trouvé nulle part la mention de la couleur des Vierges vénérées en Palestine bien que les divers auteurs relatent toutes les richesses des églises d'Orient et les particularités de leurs légendes. Fontaine jaillissante au pied du Mont-Liban (164), Nazareth et « la quaverote qui est dedans l’églyse à la main senestre » (165), le Mont-Syon où Notre-Dame trépassa (166), Bethléem où se trouvent la crèche, la sépulture des Saints Innocents et de saint Gerômie (167). La Vierge faite par saint Luc est mentionnée, tantôt à Athènes, tantôt à Sardenay : « De cona Virginis Marie facta per manus Sancti Luce. Prope ipsum altare in quadam parva capelle latere dextro altaris est quedam cona cum figura Domine nostre Virginis Marie picta per manus beati Luce evangéliste, que cona ornata est perulis, gemmis et aliis multis lapidibus pretiosis » (168).
(161) H. Michelant et G. Raynaud, Itinéraires, page 104 (3).
(162) P. Poiré, Triple Couronne, II, 429.
(163) P. Poiré, Triple Couronne, I], 429.
(164) Revue de l'Orient latin, 1895, page 274. (Liber peregrinationis Fratris Jacobi de Verona.)
(165) Michelant et Raynaud, Itinéraires, page 104 (xIv® siècle).
(166) H. Michelant et G. Raynaud, Itinéraires à Férusalem, page 104 (6).
(167) Michelant et G. Raynaud, Itinéraires, page 104 (6).
(168) Relation du pèlerinage à Jérusalem de Nicolas de Martoni (1394-1395), voir : Revue de l’Orient latin, 1895, page 652. Au sujet du tableau de la Vierge Marie fait par la main de saint Luc. Près du même autel, dans une certaine petite chapelle au côté gauche de l’autel est une certaine icone avec la figure de Notre-Dame la Vierge Marie peinte
ar ess en se ou donc à à ion. ie légend es et même à dépeindre les lieux et les édifices mais non les statues ou les tableaux. Nous savons que tous les écrivains sont des pèlerins ou des croisés, guidés par. l’'impétuosité de leur foi, ils suivent un itinéraire précis, écoutent les pieux cicerones qui : leur rapportent les mêmes dévotes explications. Cependant, devant le laconisme des auteurs sur les œuvres d’art religieux, il faut supposer ou qu'il n'existait point de Vierges Noires en Syrie, ou qu’au contraire, toutes noires, elles étaient semblables = aux Vierges d'Europe et, de ce fait, ne retenaient pas l’ attention. Il est impossible que, décrivant l'architecture et le paysage, tous les pèlerins qui nous ont transmis leurs souvenirs n’aient point remarqué la tonalité des représentations mariales. Il est vrai que les images des autres saints ou même celles du Christ à À
ne sont point décrites, pour celles de Marie nous savons, du moins, que l’une est ornée de pierres précieuses et qu'elle est peinte.
Il ne faut pas cependant s'arrêter d’une manière trop absolue à l'influence des œuvres qui se trouvaient dans les couvents < orientaux puisque le continuateur de Guillaume de Tyr dit expressément que « les Suriens, Nestoriens, Greioiz n'’estoient + mie obéissanz à la loi de Rome » (169). Il n’y aurait donc eu qu'un emprunt exceptionnel, considéré comme contraire à l’église de Rome, du moins en ce qui concerne les Vierges du xrre siècle, date de l'écrivain. Certains faits historiques cependant peuvent donner à penser que je type de Marie la Noire serait d’origine orientale : ainsi Beaudoin épousa en 1098 une princesse arménienne et devint roi d'Édesse (170). Cette ville était un centre routier très important (171) et l’un de ses rois passait pour
par la main du Bienheureux Luc, évangéliste, et l’icone est ornée de béryls, de perles et de beaucoup d’autres pierres précieuses. Nous avons cru pouvoir donner cette traduction, le mot cona étant employé comme synonyme d’icone (Ducange Glossarium mediae et infimae latinitaris, II, page 506).
(169) Michelant et Raynaud, Itinéraires à Jérusalem, page 162.
(170) L.-Bréhier, Eglise et Orient au M. AÀ., page 77.
(171) Hatem, Poèmes épiques des Croisades, page 181.
72). . a de lieu de croire que Ban deutne
nous savons que le visage en était brunâtre on a pu
, à une époque indéterminée, une ressemblance
ysique entre la Mère et l'Enfant.
Les coptes d'Alexandrie ont pu fournir quelques apports dans l’iconographie des Vierges Noires : en eftet, ils possédaient une liturgie propre dans laquelle les litanies invoquaient sainte Sibyle, saint Jérémie et sainte Marie. Autant de noms qui se trouvent au cours des légendes présentant les Vierges Noires comme issues d'Orient. La sibylle est considérée comme une sainte bienfaitrice d’un monastère de Sagqarah et Jérémie, dont le nom se trouve sur douze inscriptions de la même ville, serait un moine du v® siècle (173). Nous ne noterions pas ces détails s'ils ne pouvaient se rattacher à l’origine du thème iconographique que nous étudions. Le site de Saqqarah, célèbre par ses ruines antiques, était vénéré, dans les évangiles apocryphes, comme le lieu du repos de la Vierge lors de sa fuite vers Memphis. L'industrie copte fournissait, en outre, des étoffes renommées et certaines étaient même historiées de figures chrétiennes, il est donc très possible que l’une des œuvres, peinte ou sculptée, ou peut-être un tissu, ait retenu l’attention des pèlerins ou des croisés et qu’elle ait servi de point de départ à une représentation noire de la Vierge.
Commerce. — Le commerce oriental a toujours été très actif et les objets d’art, humbles ou somptueux, les étoffes venues d'Égypte ou de Perse, les orfèvreries ou les faïences furent constamment recherchés. A la fin de l’Empire, les Syriens sont établis dans toutes les villes importantes d'Europe : Ravenne, Rome, Trêves, Lyon, Bordeaux, Orléans, Marseille, Narbonne, etc., voient leurs colonies fonder d'importants comptoirs commerciaux. Sous leur impulsion des formes architecturales
(172) Mélanges Piot, 1906, tome XV, page 23.
(173) D. Cabrol, Dictionnaire d’ Archéologie chrétienne, XII, 2 colonne 2838.
d re le tableau ou tout. au moins une réplique oi
= ou iconographiques s’introduisent dans le répertoire clas- à sique (174); c'était donc, en Europe et sur notre sol même,
un apport direct d'éléments orientaux et, comme Rome, Trèves,
Lyon, Bordeaux, Marseille possèdent des Vierges Noires, nous
sommes en droit de nous demander si ces œuvres ne proviennent pas d’une importation orientale directe par les marchands. Au xrrre siècle, un texte important dépeint, à Jérusalem,
le marché où se rencontrent les commerçants syriens et latins.
« À main diestre de cel marcié sont les escopes des orfèvres suriiens. Et la si vent on les paumes que li pélerin aportent d'Outremer. À main diestre de cel marcié sont les escopes des orfèvres latins » (175).
Le texte indique donc, près de Sainte-Marie la Grande, l’existence d’un lieu de transaction où se trouvaient des orfèvres syriens et latins. Quelles étaient les orfèvreries mises en vente? Nous l’ignorons, mais nous savons que le reliquaire de la vraie croix de Mont-Saint-Quentin fut donné par Névelon, évêque de Soissons, à son retour de Constantinople, el que cette précieuse orfèvrerie, ainsi que les reliques qu’elle renfermait ((Vraie Croix, cheveux de la Vierge, parcelles des pierres de Bethléem et du Golgotha) furent échangées contre des ossements de saints de France (176). Ceci indique, d’une part, l’apport d’orfèvrerie au retour d’un pêlerinage oriental et, d’autre part, le cas que l’on faisait de tels souvenirs. Nous rapprocherons de ces
orfèvreries les Vierges-reliquaires si fréquentes dans notre art
médiéval et nous ajouterons que la plupart de nos statues noires servent d’écrins à des objets ayant appartenu au Christ ou à sa Mère. Les reliques ayant nécessité une certaine enveloppe, on aurait innové un type de statues-reliquaires (177). Ces coffres à forme humaine (ce qui n’est pas extraordinaire en Orient et en Égypte) auraient-ils été élaborés pour la première fois en Terre sainte? Nous l’ignorons, mais nous savons que
(174) L. Bréhier, l’Eglise et l'Orient, pages 7 et 8.
(175) Michelant et Raynaud, Jrinéraires, page 34 (Estat de la cité de Jherusalem (xrxr°).
(176) Ducange, Glossarium, tome VII, page 111.
(177) L. Bréhier, Revue des Deux Mondes, tome X, 15 août 1912, page 892.
beaucoup de nos Vierges Noires, et parmi les plus célèbres, ont été exécutées en bois, puis recouvertes de plaques de métal (Rocamadour, Halle, le Puy, etc). Nous ajouterons que la Vierge de Clermont-Ferrand, la célèbre Vierge d’Alleaume, était exécutée suivant ce procédé, qu’à Clermont-Ferrand, il existe une Vierge Noire et que cette Vierge a reçu le nom de Notre-Dame du Port, donc du marché (titre qu’elle n’est pas seule à porter), mais qui suppose que l’église du même nom était proche d’un marché, d’où transaction et présence de commerçants de provenances diverses.
Le commerce ou les relations entre Arabes et Chrétiens ont pu produire entre la Vierge et la pierre vénérée dans la Kaabah une certaine confusion. Cette confusion serait d’autant plus explicable que la Mère du Christ était l’objet d’un pèlerinage de la part des Musulmans (Notre-Dame de la Cava). Bien que situé loin de Palestine, le pèlerinage de la Mecque a pu influencer l’iconographie chrétienne par sa pierre légendaire cachée dans la Kaabah (178). La pierre était noire, elle représentait le gage de l’alliance entre Dieu et les hommes, Adam l'aurait emportée du Paradis terrestre. La Vierge, pour les Chrétiens, matérialise la réalisation de cette alliance et, d’autre part, dans les Évangiles Apocryphes, Adam et Eve sont présents à la naissance du Sauveur (179). La Kaabah est toujours revêtue d’une robe et d’une ceinture de soie noire changées annuellement et distribuées comme reliques. Le nombre des robes et des ceintures ayant appartenu à la Vierge étant très grand, nous nous demandons s’il n’y aurait pas eu confusion entre les reliques musulmanes et celles des Chrétiens. Nous remarquons, en outre, que les églises où se trouvent ces précieux vestiges sont, précisément, célèbres par leurs Vierges Noires; il se pourrait donc qu'il y eût une certaine relation entre les reliques vestimentaires de Marie, celles de la Kaabah et les Vierges
(178) De Sivry et Champagnac, Dictionnaire des Pèlerinages, page 844, tome I.
(179) P. Peeters, Evangiles Apocryphes (voir : textes et documents pour l’étude historique du christianisme publiés sous la direction de H. Hemmer et P. Lejay. (Évangile arabe), page 125.
Noires. La confusion serait d'autant plus explicable que des
Arabes avaient sculpté une image de la Mère de Dieu, tenant son
Fils sur ses genoux, et l’avait fixée sur une des colonnes de la Kaabah (180). Les étoffes provenant de La Mecque ont pu passer entre les mains des Francs, par des cadeaux, des rapts ou par des transactions commerciales. Les tissus orientaux ont toujours été considérés comme ayant appartenu au Christ ou à des saints chrétiens, tels sont la Sainte Tunique de Chartres (181), le voile de sainte Anne d’Apt, etc. (182); il n'y aurait donc rien d'étonnant à une confusion entre les es de de la Vierge et celles de ia Kaabah. ee :
La similitude du nom des vêtements, la présence de l’Ange Gabriel, la mention de Dieu faisant alliance avec l’homme, celle d'Adam et d’Eve prouvent déjà, dans la légende musulmane, plusieurs apports chrétiens ou israélites; il y aurait donc pu avoir, par une sorte de choc en retour, une fausse attribution de ces vestiges considérés comme sacrés.
Ceci constitue un point important en bre de l’origine orientale des Vierges Noires et nous amène à établir un rapprochement entre la Mecque, l’Orient chrétien, les reliques chrétiennes ou musulmanes colportées par les voyageurs, les marchands ou les moines, et vénérées dans les plus célèbres sanctuaires de Marie, c’est-à-dire dans ceux qui conservaient une Vierge noire. Le reliquaire fut-il au début, une statue noire apportée d'Orient, image de quelque Isis, nous l’ignorons, mais la couleur de la pierre de la Mecque, la légende judéochrétienne qui l’entoure, son vêtement de tissu distribué comme relique sont des faits essentiels à retenir (183).
Ainsi donc les textes poétiques, les relations de voyages,
(180) Collin de Plancy, Légendes des Saintes Inages, page 2172, citation de l’auteur du livre de Burckart, Voyage en Arabie, 1, page 221, d’après l’historien arabe El-Azhraki.
(181) D. Cabrol, Dictionnaire d’ Archéologie chrétienne, IL, 1, 760.
(182) Catalogue de l’exposition des tapis et tapisseries d’Orient au Musée des Gobelins (1934), page 96, N° 336 (inscription tissée indiquant la facture de létoffe à Damiette entre 1096 et 1097).
(183) L. de Sivry, Dictionnaire hustorique des Pèlerinages, dans l'Encyclopédie théologique, publiée par Migne, tome XLIII, 1, page 844.
thléem et de He sont parmi les he. et Fe ‘images peintes que 1 l'on y conservait étaient souvent des œuvres byzantines. L'icone, c’est-à-dire le panneau portatif comporte à partir du x1e siècle, un portrait dont les traits sont empruntés aux visages orientaux (184). Les chairs sont modelées en rouge brun auquel on substitue une tonalité verdâtre. L’antique orante des Catacombes debout, ou la Mère de Dieu, du Concile d’Éphèse, assise, possèdent les traits graves d’une majesté royale et précèdent le type ethnique dont nous venons de parler. Au ve siècle, apparaît la variété copte de la Vierge tenant son Fils sur son bras droit (185), type courant dans l’iconographie orientale, mais que nous ne saurions rAphespRer de l’une de nos Vierges Noires.
Toutes les Vierges byzantines et éteitatés sont plus ou moins foncées (186) ce qui a, du reste, donné lieu à une question sur l’origine de cette couleur, question parallèle à celle que nous nous posons dans ce travail (187). Ces icones, que nous avons étudiées dans le chapitre concernant les images attribuées à saint Luc, présentent des caractères classiques, elles furent vénérées aux ve et vie siècles par les anachorètes de Syrie et d'Égypte et pénétrèrent en Occident « comme une figure céleste (188) ». Nous le voyons par ses traits, son attitude et surtout sa couleur, la représentation orientale de la Vierge a pu frapper et donner lieu, soit à des imitations, soit à un transport en Occident.
(184) G. Millet, Art byzantin, dans l’Historre de l Art, publiée par A. Michel, I, x, page 291.
(185) L. Bréhier, Art chrétien, pages 90 et 118.
(x86) Venturi, la Madone, page 8.
(187) L. Réau, Art russe, page 137.
(188) Venturi, la Madone, page 7.
Le
tp
L’Orient put apporter aussi ses autres dieux noirs et plus spécialement les Isis; enfin, l’Islamisme, par son pèlerinage de la Kaabah, a pu contribuer à la diffusion des reliques, notamment des robes et des ceintures dites de la Vierge.
La piété des pèlerins et des croisés, le goût manifeste de
l’Occidental pour les choses d'Orient et le zèle des marchands contribuèrent, sans doute dans une large mesure, à l’apport de reliques et d'œuvres d’art aux lieux déjà célèbres par leurs miracles et le culte qui y était pratiqué; de là, probablement, la légende d’une statue orientale apportée par het saint Louis ou par quelque illustre croisés
L'Afrique soumise par les Arabes aurait pu aussi contribuer à la formation du type des Vierges Noires. Antérieurement à
l'invasion, le culte marial était d’autant plus développé que les
docteurs qui avaient dirigé l’Église de ce pays s'étaient tout spécialement dévoués à la glorification de Marie. Tertullien, Cyprien, Augustin n’ont cessé, dans leurs œuvres et leurs homélies, d'attribuer à Marie toute la gloire qu'elle mérite comme Mère de Dieu et de montrer qu’elle a réparé la faute commise par Eve (189).
Les églises, surtout celles fondées à Carthage, à Leptis- Magna, à Ceuta par Justinien étaient très riches et renfermaient des statues de Marie. Le Père Delattre ayant retrouvé dans le sous-sol de Carthage les vestiges d’une grande basilique et, dans ses décombres, une sculpture sur marbre représentant la Mère de Dieu, assise, tenant son Fils sur ses genoux, et ayant près d’elle deux prophètes; de Rossi y reconnut une image semblable à celle qui était peinte sur les murs des Catacombes romaines remontant au re siècle (190).
Cette œuvre est blanche, mais rien ne prouve que Justinien n'avait pas fait mettre une image semblable à celle qu'avait recueillies l’impératrice Eudoxie et qui se trouvaient, par exemple, dans la célèbre église des Blachernes, ou même quelque image noire.
(189) P. Michel, Pèlerinage à Notre-Dame d’ Afrique, 1, pages 15 à 28. (190) D. Cabrol, Dictionnaire d’ Archéologie chrétienne, X, 2, colonne 1982.
Ce qui nous importe c’est le centre de dévotion mariale existant en Afrique, les grands docteurs de son Église s’occupant de Marie et même de son aspect physique, la dévastation du pays par les Barbares et les Musulmans, l’invasion de l’Europe par les disciples du Prophète partant de Ceuta, le contact incessant des Arabes et de l’Espagne pendant huit siècles, le grand nombre de statues noires retrouvées en Afrique, la multiplicité de ces mêmes Vierges sur le sol ibérique et nous nous demandons s’il n’y eut pas d’une part, survie de quelque ancienne image byzantine et, d’autre part, création d’un type marial noir dicté par le souci d’un rapprochement entre les Chrétiens et les noirs. Cette formule aurait eu pour prototype une image classique, orientale, ou peut-être même indigène, quelque Déesse-Mère ou quelque Tanit.
serait-ce la même idée qui aurait guidé les évêques du xixe siècle lorsqu'ils placèrent sur les autels de l’église d’Afrique, une Notre-Dame d’Afrique noire précédée de celles de Lyon et de Verdelais également noires ?
Y eut-il transmission de statue noire par des esclaves déportés au cours des siècles, par les religieux qui les visitèrent, par les guerriers qui combattirent sur ce sol? Y eut-il, au contraire, apport de statues noires, faites à l’image de celles de France, d'Espagne ou d'Italie nous l’ignorons, mais, puisque nous avons parlé de l'Égypte, il était impossible de passer sous silence la Tunisie et l’Algérie, provinces romaines, byzantines, musulmanes, héritières d’une civilisation propre et sans cesse en contact avec l’Europe.