‹ Etude sur l'origine des Vierges NoiresChapitre 31 sur 45 · IL · texte numérisé non relu

IL

(224) Daremberg et Saglio, op. cit., IL, page 156.

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de la fécondité (225). Sous le nom de Démeter Melaina, son

culte était pratiqué en Arcadie au temps de Pausanias et son : sanctuaire, une grotte, est aujourd’hui dédié à la Panagia (226).

Une divinité féconde, mère, figurée noire, ainsi que l’indique son nom, a donc été remplacée par la Vierge Marie.

Le premier culte oriental adopté par les Romains fut celui = de la Grande Déesse de Phrygie : Magna Mater Deum Idea,

son image sacrée, un æérotithe noir, fut remise aux Romains

par Attale, en 204 avant notre ère, et portée dans le temple

de la Victoire (227). Un temple lui fut élevé au Palatin, elle fut confondue avec la Terre où Déesse Ma.

La statue d’argent de la Mère des Dieux était portée dans la campagne romaine et son culte, d’abord pratiqué en Grèce puis en Italie, passa en Gaule. Cybèle était particulièrement vénérée à Lyon (ville où se trouve une « vierge noire ») et, au 1ve siècle de notre ère, son char passait encore à travers les champs et les vignes pour attirer la fécondité (228). M. Cumont a supposé une influence hébraïque agissant sur Attys et sur Cybèle nommés omnipotentes, ce qui peut supposer une restriction du polythéisme (229).

Isis, à laquelle la Vierge chrétienne fut souvent comparée, fut transportée en Étrurie, dans le Latium et dans le monde grec; son culte jouit d’une vogue considérable ainsi que l’attestent les innombrables inscriptions que l’on trouve dans les contrées les plus diverses (230). Isis représente la terre d'Égypte fécondée par le Nil, elle tient Horus qu’elle a enfanté et, épouse douloureuse, elle cherche les débris du corps d’Osiris massacré par Typhon. Elle affecte la forme de la vache, symbole de la prospérité et, son image est parfois noire, de même que le

(225) F. Cumont, Religions orientales, page 197.

(226) J. Toutain, Nouvelles études, page 99.

(227) F. Cumont, Religions orientales, page 43.

(228) F. Cumont, Religions orientales, page 54.

(229) F. Cumont, Op. cit., page 59.

(230) Daremberg et Saglio, Dictionnaire des Antiquités (Isis) III, x, pages et suivantes.

vêtement de Certains de ses evots (31). Déesse de la soûte

= | étoilée, elle préside à la mer et protège les matelots, elle rend

LR femmes fécondes et veille sur la parturition : elle est la reine, l’invaincue, la bienfaisante et la salutifère (232), elle a pour emblème la vache, le serpent et la barque. F, Cumont,

après Jean Réville, a considéré cette déesse comme un syncré-

tisme de toutes les divinités féminines (233), ce qui, du reste,

est corroboré par le texte d’Apulée (234) :

« Je suis la Nature, mère des choses, maîtresse de tous les

éléments, origine et principe des siècles, divinité suprême,

reine des Mânes, première entre les habitants du ciel, type

uniforme des dieux et des déèsses. C’est moi dont la volonté gouverne les voûtes lumineuses du ciel, les souffles salubres de l'Océan, le silence lugubre des Enfers. Puissance unique, je suis par l'univers entier adoré sous plusieurs formes, avec des cérémonies diverses, avec mille noms différents. Les Phrygiens, premiers nés sur la terre, m’appellent la Déesse-Mère de Pessinonte; les Athéniens autochtones me nomment Minerve la

Cécropienne; chez les habitants de l'île de Chypre, je suis

Vénus de Paphos; chez les Crétois armés de l’arc, je suis Diane

Dictynna; chez les Siciliens qui parlent trois langues, Proserpine

la Stygienne; chez les habitants d’Eleusis, l’antique Cérès.

Les uns m'appellent Junon, d’autres Bellone; ceux-ci Hécate,

ceux-là, la Déesse de Rhamnonte. Mais ceux qui, les premiers,

sont éclairés par les rayons du soleil naissant, les peuples de l'Éthiopie, de l'Asie et les Égyptiens, puissants par leur antique savoir, ceux-là seuls le rendent mon véritable culte et m’appellent de mon vrai nom : la reine Isis. »

Son culte, très vivace en Gaule, impose à ses dévots un office, des rites et les réunit en confréries (235). Non seulement, les

(231) J. Toutain, Cultes païens, II, page 7.

(232) Daremberg et Saglio, op cit., tome III, 1, page 580. — Lafaye, Catalogue, n°5 51, 57; 58, 59, 60 et 62.

(233) Cumont, Religions orientales, pages 75 et 83.

(234) Apulée, Métamorphoses, XI, 4, cité par J. Toutain, Nouvelles études, page 123.

(235) F. Cumont, Cultes orientaux, page 89. — {J. Toutain, Cultes païens, IT, page I4.

processions se développent à certaines fêtes solennelles; des.

concours littéraires sont disputés mais, aussi, fait capital pour notre étude, des statues de basalte noir lui sont particulièrement élevées (236).

D’après le texte d’Apulée, et à ce moment de l’évolution religieuse, Isis est une déesse panthée réunissant en elle les attributions et les puissances de toutes les autres. Elle affirme, du reste, son identité avec elles et sa vénération générale sous des noms différents. Toutes les divinités nommées par le texte sont représentées noires dans leurs sanctuaires les plus sacrés. Si Isis, réunit en elle toutes les divinités particulières à chaque contrée et centralise ainsi toutes leurs attributions, elle emprunte aussi les formes de leurs rites et de leurs représentations. Son culte s’allège des pratiques grossières et, elle-même, devient plus glorieusement divine. Son culte, en perdant de plus en plus de son particularisme, fut adopté par la civilisation grécoromaine comme par celle de l'Orient hellénisé et, nous savons combien les Pères de l’Église et les premiers prédicateurs de l'Évangile eurent de peine à le détrôner du cœur des nouveaux adeptes. La violence de leurs déclarations suffit à indiquer combien la déesse qu'ils combattaient étaient redoutable. Mais, il ne faut pas oublier que l’Église eut aussi une politique de tolérance et qu'elle put profiter de l’universalité du culte d’Isis pour en étendre encore le caractère universel, christianiser les sanctuaires et les représentations de l'Égyptienne et lui donner pour remplaçante la Vierge Mère du Christ.

Devant une origine égyptienne attribuée à certaines de nos statues, nous nous sommes demandé si, en Egypte, en plus d’Isis, d’autres dieux ou d’autres déesses n’auraient pas été systématiquement revêtus de couleur noire. Nous avons interrogé à ce sujet M. Ch. Kuentz, de l’Institut Archéologique du Caire, et voici les renseignements qu’il a bien voulu nous communiquer, nous lui adressons ici l’expression de toute notre gratitude.

(236) F. Cumont, Cultes orientaux, page 80.

Les noie noires se Le out surtout dans deux séries d'images :

a) Osiris reçoit cette teinte dans certaines vignettes du Livre des Morts et des divinités trouvées dans le tombeau de Tout-Ankh-Amon sont représentées par des statuettes noires.

b) Des rois ou des reines divinisés reçurent aussi cette coloration, surtout lorsqu'ils sont représentés comme régnant sur l’empire des morts.

Ainsi Mentou-Hotep, de la XIe dynastie, roi de la nécropole thébaine, est représenté de cette manière sur une statue trouvée au Bâb-el-Hosân, à Deir-el-Bahari, aujourd’hui conservée au Musée du Caire. Neferys, reine de la XIe dynastie, est noire dans la fresque du tombeau d’Amen-en-Onet, à Gournet-Meraï. Il en est de même dans les peintures de Deir-el-Medineh, pour les images d’Amen-hotep I et de Nefertari, de la XVIIIe dynastie et dans celles de Ouser-hêt (Thèbes), pour Thoutmosis I. Enfin Thoutmosis IIT est représenté noir dans le groupe à la vache de Deir-el-Bahari, aujourd’hui au Musée du Caire.

La raison pour laquelle ces œuvres ont été représentées noires a suscité différentes interprétations :

Certains savants (Wiedemann, Meyer) ont cru que la reine Nefertari était une négresse, mais cette hypothèse ne peut s'étendre aux autres souverains cités, ‘qui sont représentés avec les couleurs habituelles à l’art égyptien : rouge pour les hommes et jaune pour les femmes, sauf dans les représentations citées.

On a supposé (G. Foucart) que ces rois étaient représentés noirs parce qu'ils étaient considérés comme fils de la déesse du Ciel, Hator-Nout, laquelle est bleue par nature, le noir étant considéré comme équivalent du bleu ; or les Egyptiens différencient ces deux couleurs.

Enfin, M. Kuentz a bien voulu nous indiquer son hypothèse personnelle, reposant sur la nécessité de trouver une explication commune aux figurations noires des dieux et des souverains. Les couleurs ayant un symbolisme très simple chez les Egyptiens,

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