‹ Étude sur l'ulcère simple du duodénumChapitre 11 sur 29 · APERÇU SUR L'HISTOLOGIE NORMALE DU DUODÉNUM · texte numérisé non relu

APERÇU SUR L'HISTOLOGIE NORMALE DU DUODÉNUM

Avant d'étudier les lésions histologiques, il est utile de donner un aperçu de la structure normale du duodénum. Nous prendrons les deux exemples suivants :

[. Duodénum d’un enfant nouveau-né. — Sur un duodénum d'enfant nouveau-né syphilitique, mort en naissant, on remarque :

a) Que la muqueuse duodénale, au niveau du pylore est essentiellement composée par la couche des glandes de Lieberkühn qui repose pendant un court espace sur un lit de glandes de Brünner. Bientôt, c'est-à-dire à 1 centim. plus loin, les glandes de Brünner deviennent très rares; leurs acini sont peu nombreux, assez largement espacés. Plus bas, au niveau de la région des valvules conniventes, les glandes de Brünner, très espacées, se logent au-dessous des reliefs normaux de la muqueuse. Les régions intermédiaires aux valvules conniventes en sont à peu près totalement dépourvues.

b) Les glandes de Lieberhkühn diffèrent notablement des glandes muqueuses de l'estomac (région pylorique). Bien qu’un certain nombre de leurs épithéliums canaliculaires soit muqueux, leur forme générale est plus cubique, moins allongée. Les épithéliums des culs-de-sac ont un noyau paraissant plus volumineux, plus oblong que celui des culs-de-sac des glandes pyloriques.

La lumière des culs-de-sac glandulaires est aussi plus large et le protoplasma de leurs épithéliums paraît moins granuleux, plus dense, plus brillant que celui des culs-de-sac des glandes gastriques.

Les colorations histo-chimiques donnent les renseignements suivants :

Se OR 4

ne, SG

Traités par l'éosine-hématoxyline et l’aurantia, les épithéliums des culs-de-sac des glandes pyloriques sont d’un rôse brillant, contrastant vivement avec le violet de leur noyau; leurs limites sont très accusées. Les épithéliums des glandes de Lieberkühn apparaissent d'un marron rouge, plus terne, beaucoup moins brillant; tandis que ceux des glandes de Brünner, d'un rose pâle, presque incolore sur certains points, se rapprochent davantage des culs-de-sac des glandes pyloriques. En outre, les noyaux des glandes de Lieberkühn sont plus tassés, plus denses que ceux'des glandes pyloriques.

Cette teinte sombre des glandes de Lieberkühn se retrouve dans toute l'étendue du duodénum et permet de différencier aisément leurs culs-de-sac de ceux des glandes de Brünner.

Les coupes au picro-carmin accusent davantage encore ces différences, en ce que le protoplasma des épithéliums de Lieberkühn est vivement colorable par le picro-carmin, tandis que les épithéliums pyloriques ne prennent qu’une teinte jaune rosé discrète sous l'influence du même réactif. Les glandes de Brünner ont un épithélium presque incolore.

c) Le tissu conjonctif interstitiel de la muqueuse duodénale est très vasculaire, irrigué par un grand nombre de vaisseaux capillaires formant un double réseau longitudinal et transversal, bien appréciable sur les coupes. Il s’agit d’un tissu conjonctif assez lâche, très riche en cellules connectives. Il forme dans les intervalles des glandes de Lieberkühn des traîinées assez minces, perpendiculaires à la muqueuse. Ces cloisons interstitielles, s'épaississent de place en place, pour accompagner dans leur trajet intramuqueux les canaux excréteurs des glandes de Brünner.

D'une manière générale, on peut dire que les cloisons interglandulaires (séparant les glandes de Lieberkühn) n’atteignent jamais l’épaisseur d’une glande de Lieberkühn ; souvent même elles ne mesurent guère plus de 10 4; les glandes de Brünner mesurent 35 & de diamètre. Leurs culs-de-sac atteignent 60 et 75 k.

Sur les coupes parallèles à la surface de la muqueuse duodénale, on voit ce tissu interstitiel former de véritables alvéoles contenant dans leur intérieur chacun un tube glandulaire ou un cul-de-sae de Lieberkühn ; quelquefois cependant, deux culs-de-sac sont logés dans un seul alvéole,

Il est facile d'établir que les cloisons interstitielles sont d'autant plus minces, qu'on s'enfonce plus profondément dans la muqueuse. Souvent, alors, la cloison interstitielle séparant deux culs-de-sac, contient un-ou plusieurs capillaires et ne mesurent que 7 p d'épaisseur.

d) Le tissu réticulé est extrêmement rare au niveau de la muqueuse duodénale; c'est ainsi que sur un trajet d'au moins 15 millim., par conséquent dans la portion qui commence au pylore et se prolonge jusqu'à la tête du pancréas, on ne rencontre sur une coupe donnée aucun îlot folliculaire bien formé. Tout au plus, de place en place, surtout au niveau des replis de la muqueuse, voit-on le tissu conjonctif sous-muqueux parsemé de quelques cellules lymphatiques, un peu plus abondantes que dans le reste de la sous-muqueuse. En aucun point, on n'aperçoit trace de ces gros follicules lymphatiques que nous rencontrerons chez l’adulte.

e) La muscularis mucosæ qui sépare à l’état normal la muqueuse de la sous-muqueuse est d'une minceur extrême ; elle se confond en partie avec les faisceaux profonds du tissu interstitiel de la muqueuse. Toutefois on la reconnaît, même à un faible grossissement : à une bande, parallèle à la surface, qu'elle trace au-dessous des culs-de-sac de Lieberkühn ; à la direction générale de ses noyaux également parallèle à la surface ; enfin, à un certain nombre de fibres musculaires lisses, bien reconnaissables grâce à leurs gros noyaux allongés, et à la couleur spécifique de leur protoplasma (picro-carmin).

f) Le tissu sous-muqueux est lâche, parsemé d'énormes vaisseaux veineux et de petites artérioles; en un mot, richement irrigué. De place en place, on voit les couches musculeuses, largement perforées par un gros tronc veineux ou par une artère, cesser brusquement pour lui donner passage.

Les mailles du tissu conjonctif sous-muqueux sont assez lâches, discrètement semées d'éléments cellulaires.

Quelquefois, surtout au niveau du relief de la villosité, on voit deux ou trois énormes lacs veineux, gorgés de sang, occupant la presque totalité de la saillie connective formant le squelette de villosité. Souvent même, on peut suivre, depuis la couche musculeuse jusqu’à la partie la plus saillente de la muqueuse, un gros tronc veineux perpendiculaire à la surface de la muqueuse.

rose

g) La couche musculeuse est composée de deux séries de fibres musculaires régulièrement perpendiculaires l’une par rapport à l'autre; la couche la plus profonde semblant dirigée perpendiculairement à l'axe; la couche superficielle formant une bande parallèle à l'axe.

Entre les deux couches suscitées se trouvent, de place en place, des organes particuliers : plexus nerveux en communication plus ou moins directe avec les nerfs sous-jacents aux couches musculeuses. Ces troncs nerveux sont surtout visibles au niveau du pancréas, dans le tissu cellulaire qui sépare la glande pancréatique de l'intestin.

Au niveau de l’ampoule de Vater, les couches musculeuses s'écartent et se disposent concentriquement aux deux canaux, de Virsung et cholédoque; elles forment ainsi deux anneaux incomplets, très facilement reconnaissables, surtout épais à leur partie profonde, c'està-dire contre la tête du pancréas.

Les faisceaux ne tardent point d’ailleurs à se réunir au-dessous de l’ampoule pour leur topographie normale.

Les vaisseaux lymphatiques du duodénum paraissent très rares, ou du moins ne se reconnaissent qu'à quelques fentes remplies de cellules lymphatiques et distribuées de place en place dans le tissu conjonctif sous-muqueux.

IT. Duodénum de l'adulte. — Chez l'adulte, la muqueuse duodénale présente souvent des lésions interstitielles très étendues. C’est ainsi, qu'en examinant un certain nombre de duodénums pris au hasard, et provenant de sujets morts d’affections diverses, nous avons pu constater, à de fréquentes reprises, les altérations suivantes :

a) Les glandes de Lieberkühn offrent fréquemment des dilatations partielles de leurs canaux excréteurs et même de leurs culs-de-sac; lésions de minime importance que nous retrouverons à chaque pas sur les coupes de duodénum atteint d’ulcère.

b) Le tissu interstitiel interglandulaire est fréquemment infiltré par petits îlots d'éléments lymphatiques siégeant plus où moins près de la muscularis mucosæ.

c) Les glandes de Brünner forment des acini, souvent séparés les uns des autres par de larges coulées d'éléments lymphatiques, l’épithélium des acini demeurant normal. Parfois même les éléments lymphatiques sont accumulés en telle abondance au niveau d’une glande

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