‹ Étude sur l'ulcère simple du duodénumChapitre 15 sur 29 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Faits cliniques.

Ire OBSERVATION CLINIQUE (inédite).

Ulcère simple du duodénum chez un malade atteint de dilatation de l'estomac. Hémorrhagie intestinale. Péritonite légère. Guérison. (Observation recueillie par M. le Dr MERKLEN, médecin de l'hôpital Saint-Antoine, et que nous devons à son obligeance.)

M. H..., âgé de 26 ans, de santé délicate et sujet à des tics nerveux pendant son enfance, est pris, dans le courant du mois d'octobre 1891, de douleurs d'estomac assez intenses, survenant dans l'intervalle des repas et non immédiatement après. Ces douleurs siègent plus spécialement vers la région pylorique. Elles ont apparu à la suite des grandes manœuvres d'automne, pendant lesquelles M. X..., habituellement sobre, a fait usage de liqueurs et en même temps d'aliments de mauvaise qualité et fortement épicés. Dès le premier examen, je constate une dilatation considérable de l'estomac, celui-ci descendant jusqu’à une ligne horizontale passant par l’ombilic, mais aucune douleur à la pression. Le malade est mis au régime habituel des dilatés {diminution des liquides, bière de malt avec deux tiers d’eau d’Alet comme boisson aux repas, quelques gouttes de teinture de noix vomique et de badiane avant le repas, petites doses de charbon et de salicylate de bismuth après). Sous l'influence de ce régime, les douleurs cessent immédiatement et pendant les deux mois qui suivent, le malade, quoique pâle et fatigué, ne se plaint pas de son estomac.

Le 1° janvier 1892, M. X... est atteint dans l'après-midi de fièvre. céphalalgie et courbature ; la fièvre dure trente-six heures et estrapportée à la grippe. Comme traitement, 50 centigr. de sulfate de quinine par jour ; le troisième jour, après disparition de la fièvre, deux cuillerées à café de magnésie calcinée qui provoquent plusieurs garde-robes. Dans la soirée, alors que tout semblait terminé, le malade éprouve un nouveau besoin d’aller à la garde-robe, et vou- Jant se lever, il a été pris d'un état syncopal ; peu après, il rend par le rectum du sang rouge foncé en grande abondance ; puis survient une seconde garderobe sanguinolente. Traitement immédiat : glace sur le ventre, injection sous-

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cutanée d’ergotine. M. Millard veut bien voir le malade en consultation le même soir et pense comme moi à un ulcère simple de l'estomac.

Dans la nuit, surviennent de violentes douleurs ayant leur siège principal dans la région pylorique, mais s’irradiant dans tout le ventre. Le lendemain matin, le ventre est en bateau, le malade ne peut uriner, il existe une légère fièvre, 380,5; pas de vomissements, le facies est un peu grippé, mais le pouls est bon à 96 environ. Nous redoutons avec M. Millard une péritônite, peut-être une perforation, et nous basant sur le siège de la douleur et l'absence de vomissements, nous penchons pour un ulcère simple du duodénum. Toutefois l’état général du malade est bon, et quoique réservé le pronostic n’est pas désespéré. Continuation de la glace sur le ventre, injections sous-cutanées de morphine, petits morceaux de glace à sucer. Le soir, continuation de la fièvre; pas d’urine depuis vingt-quatre heures ; le cathétérisme montre qu'il y avait simplement rétention et non anurie ; les mictions spontanées ne reviennent qu’au bout de quelques jours.

Les accidents fébriles et douloureux durent en s’atténuant pendant une semaine. Le malade est soutenu par des gorgées de lait glacé dont on augmente progressivement les doses. Au bout de six ou sept jours, on provoque par un lavement une première garde-robe, mélange de sang noir ancien et de lait bien digéré. À partir de ce moment, tout danger est considéré comme écarté, mais le régime lacté strict est ordonné pour plusieurs mois.

Avec l’alimentation par le lait, la dilatation de l’estomac reparaît, de temps en temps le malade accuse quelques douleurs dans la région pylorique, surtout après de premiers essais d'aliments autres que le lait faits avec modération au bout de deux à trois mois. Aussi le régime lacté intégral n’est-il abandonné qu'après cinq à six mois, et aujourd'hui encore, après dix-sept mois, le malade ne prend-t-il d'autre boisson que le lait. Sa santé générale est maintenant excellente et l’on ne constate plus aucun signe de dilatation de {l’estomac. Le diagnostic d’ulcère simple du duodénum a été confirmé par MM. Bouchard et Hayem.

II OBSERVATION CLINIQUE (inédite).

Ulcère simple du duodénum. Entérorrhagies sans troubles gastriques. Gluérison (?). (Observation due à l'obligeance de M. le D' CHARRIN, médecin des hôpitaux, professeur agrégé à la Faculté de médecine.)

Marie D..., âgée de 37 ans, domestique, entre à la Charité, salle Cruveilhier, le 8 avril 1893, dans le service du professeur Bouchard.

Rien de spécial à relever dans ses antécédents héréditaires.

Dans l'enfance, de 12 à 15 ans, la malade fut atteinte de migraines fréquentes avec épistaxis et douleurs dans les jambes. Pas d’autres antécédents morbides qu’une rougeole à l’âge de 8 ans.

Le début de la maladie avait été brusque, et remontait à deux mois environ. Le 14 février 1893, M. D..., ressentait pour la première fois, dans l'hypochondre droit, au niveau de la région pylorique, une douleur intense. En même temps,

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apparaissaient des coliques avec sueurs froides, suivies de selles fétides abondantes, recouvertes d'un enduit goudronneux, au dire de la malade. Cette diarrhée, mise sur le comipte d'une indigestion., était survenue trois heures après le repas du soir.

Elle reprit son travaille lendemain matin, très faible, il est vrai, se plaignant toujours de sa douleur.

Le 7 avril 1893, rechute. Nouvelle entérorrhagie, assez abondante pour admettre son passage à Phôpital.

Quand nous la reçûmes à la consultation, on ne constata qu'une anémie poussée à l'extrême et une douleur non continue, siégeant au-dessous de la face inférieure du foie, exagérée par la palpation la plus superficielle, avec exacerbation après les repas. La malade accuse également un point douloureux dans la région lombaire droite, plus violent que le point sous-hépatique.

L'appétit est conservé. Les digestions sont faciles, sans ballonnement stomacal et sans nausées. M D... supporte très bien le vinaigre et les aliments épicés. Les selles sont régulières, il n’y a ni constipation, ni diarrhée. Urines normales. Pas d'hémorrhoïdes.

Un examen minutieux ne dénote rien du côté des poumons, du foie, de l'estomac et de la rate.

En revanche, leucorrhée et long retard dans l'apparition des règles et quelques-uns des stigmates de la neurasthénie ; céphalalgie en casque, avec la douleur lombaire droite (?) mentionnée plus haut.

Le pouls est à 110 ; le thermomètre marque 37°,9 et le stéthoscope appliqué au-dessus du inilieu de la clavicule permet de constater un bruit de diable intense.

M. le professeur Bouchard porte le diagnostic d’ulcère du duodénum le 9 avril, à la visite du matin.

La malade est soumiseau régime lacté, aux pilules d'iodoforme ainsi qu'aux alcalins.

Quatre jours se passent dans d'excellentes conditions.

Le 13. Vers 4 heures de l’après-midi, exacerbation de la céphalalgie avec hématémèse et selle noire, fétide, très abondante, dont la quantité ne fut point évaluée. Le melæna continue les 14, 15, 16, 17, malgré le régime lacté exclusif, la glace et l’ergotine. Suppression des pilules d’iodoforme, prescription de naphtol associé aux alcalins.

Une amélioration assez rapide se produit en quelques jours; l'appétit est aussi bon que possible et la malade réclame le régime hospitalier. Persistance de la céphalalgie et dela douleur. Constipation.

Le 22. La malade se promène dans la salle, mange de la viande, des pommes de terre et de la salade.

Le 23 (380,2). Diarrhée de cause alimentaire sans melæna. Apparition des règles.

Le 26 (370,8). La céphalalgie et la douleur sous-hépatique redoublent d’intensité. La malade vomit sa soupe à 11 h. 1/2 du matin. On la met à la teinture de noix voinique, à la liqueur de Fowler et aux bains sulfureux.

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