‹ Étude sur l'ulcère simple du duodénumChapitre 16 sur 29 · EN, RL · texte numérisé non relu

EN, RL

Le 27 (370,2). La céphalalgie a diminue d'intensité, la température redevient

normale, Tout se passe alors d’une façon régulière et la malade demande à quitter

Phôpital en nous promettant de revenir. Le 15 mai. Exeat.

Il serait difficile de trouver une description plus exacte et plus complète des symptômes de l’ulcère duodénal, type clinique, tel que l’a créé M. Bucquoy.

Que remarque-t-on, en effet, dans cette observation ?

Une domestique, anémiée, atteinte de neurasthénie et ne semblant point dyspeptique, est prise brusquement, le 14 février 1893, d'une douleur localisée à la région sous-hépatique, apparaissant quelques heures après le repas avec déjections alvines, fétides et très probablement hémorrhagiques.

Pas d'interruption dans son service et cessation des phénomènes morbides le soir même.

Six semaines plus tard, première rechute : nouvelle entérorrhagie sans troubles gastriques, ni vomissements.

Enfin, le lendemain 13 avril, sous nos yeux, deuxième rechute, débutant cette fois par une hématémèse qui ne récidive pas, et par du melæna qui se renouvelle cinq jours consécutifs.

La conservation de l’appétit, la remarquable tolérance gastrique après ces deux crises, mettent l'estomac hors de cause, en tant que lésion ulcératrice.

Si cette observation, rédigée au jour le jour, par notre ami M. Monod, interne des hôpitaux, ne mentionne aucun phénomène morbide du côté de l'estomac, cela ne signifie pas que la muqueuse gastrique soit indemne. [1 eût fallu suivre la malade pendant fort longtemps pour bien connaître et apprécier les moindres détails pathologiques qui se passent dans cet organe.

Elle sort le 15 mai ; on ne l’a point revue.

Pour combien de temps cet ulcère est-il immobilisé ? Devons-nous considérer celte guérison comme définitive ? Nous ne sommes pas en droit de répondre à ces deux questions.

Quant à l’'hématémèse, survenue lors de la deuxième rechute, peutelle ébranler le diagnostic de M. Bouchard? Évidemment non. L'observation 4 de l'important mémoire de M. Bucquoy, le cas

de Vilcoq, ceux de Ollive, de Gaube et beaucoup d’autres en sont la preuve.

IIIe OBSERVATION CLINIQUE (inédite).

Ulcère simple du duodénum. Hémorrhagies répétées et incoercibles. Transfusion du sang. Mort. (Observation recueillie par M. le Dr LaAnDprI£ux, médecin de l'hôpital Lariboisière.)

Dans le courant de l’année 1889, M. A..., âgé de 42 ans, banquier, à qui je donne mes soins depuis plusieurs années, vient me consulter pour des troubles dyspeptiques.

Antérieurement sa santé générale était excellente, à l'exception de migraines, qui, survenant une fois ou deux par mois, étaient calmées assez rapidement par l’usage à doses modérées, de l’antipyrine et de la quinine associées. Ses antécédents héréditaires sont excellents; sa mère cependant était atteinte de bronchite chronique.

La profession de M. A... nécessite des repas pris à la même heure, il ést vrai, mais très rapidement et suivis immédiatement d’une dépense cérébrale exagérée. :

Lorsqu'il vient me consulter, il se plaint surtout d'une excessive lenteur dans les digestions, de borborygmes extrêmement pénibles, et enfin d’une sensation douloureuse de brûlure à la région péri-ombilicale, surtout à droite. Les garde-robes ne présentent rien de particulier; elles sont plutôt bilieusesiet molles. f

Je soumets M A... à un régime sévere, lui défendant le vin, les liqueurs, les aliments de digestion pénible, lui ordonnant l’usage presque exclusif du lait pendant les repas. Enfin, comme médication, je conseille, outre l’usage de l’eau

de Vals, des cachets composés (naphtol, craie préparée, charbon). J’ordonne

enfin une série de révulsifs à la région douloureuse ; vésicatoires et pointes de feu sur le côté droit de l'épigastre. 4

Les troubles dyspeptiques, malgré un régime sévère, ne se modifient pas; les douleurs persistent, et la morphine conseillée à l’intérieur sous forme de solution assez concentrée, ne calme pas les douleurs.

L'examen du malade ne révèle aucune lésion appréciable : pas de dilatation de l'estomac; le foie est normal; une douleur vive est provoquée par la pression dans la région péri-ombilicale. Les urines sont normales.

Le malade maïgrit, conséquence de son alimentation insuffisante.

Je conseille au mälade d’aller faire une saison à Pougues, avec toutes les précautions que devra lui conseiller son médecin traitant.

Les eaux de Pougues sont mal supportées : les douleurs sont beaucoup plus vives deux ou trois heures après l’ingestion des aliments. Enfin, le quinzième jour du traitement, survient une selle sanguinolente abondante (melæna).

Le malade, à son retour à Paris, est profondément amaigri, le teint pâle,

exsangue, et, malgré une médication énergique et un régime des plus sévères, les selles sanguinolentes se reuouvellent presque chaque jour. De temps à autre, apparaissait une légère hématémèse à la suite de nausées incessantes.

Les syncopes deviennent fréquentes, et d’un commun accord avec mon distingué confrère, M. le D' Hutinel, nous prions M. le Dr Prengrueber, chirurgien des hôpitaux, de faire la transfusion du sang. Malgré le succès complet de cette opération, qui, pendant quarante-huit heures, fait disparaître l'état syncopal, les nausées et le mal de tête dû à l’anémie cérébrale, les hémorrhagies intestinales reparaissent et le malade succombe, trois jours après la transfusion.

L'absence de tumeur, l’âge du malade, le fait important que les digestions stomacales semblaient se faire normalement, la fréquence du melæna, permettent d'affirmer le diagnostic d’ulcère du duodénum.

IVe OBSERVATION CLINIQUE (inédite).

Entérorrhagies répétées; ulcère simple du duodénum. (Observation recueillie par M. le Dr DEFFAUX, ancien interne des hôpitaux de Paris.)

Mre À... est d’un tempérament lymphatique, maïs ne présente rien de spécial à signaler dans ses antécédents.

A l’âge de 25 ans, peu de temps après son deuxième accouchement, surviennent des coliques hépatiques qui suivirent leur marche habituelle (traitement approprié, complété par trois saisons à Vichy).

Depuis lors, Me A... n’a eu qu’une très légère manifestation de lithiase biliaire.

Il y a huit ans environ, pendant un séjour à la campagne, Mme A... est prise brusquement de malaise accompagné de pâleur et défaillance. Presque aussitôt elle rendit des selles sanglantes, assez abondantes qui se répétèrent le lendemain, mais en quantité moindre. Ces phénomènes ne furent accompagnés, ni de vomissements ni de douleurs dans l’abdomen.

Par le traitement (repos an lit, glace à l’intérieur et à l'extérieur ; potion au perchlorure de fer) l’état s'améliore lentement, et biensque la quantité de sang rendue n'ait pas été très considérable, Mme A... ne peut se lever qu'au bout de six semaiues.

La santé se rétablit complètement. La malade ne signale toujours rien du côté de l’estomac, ni du foie.

Mais au bout de cinq ans, en décembre 1890, une hémorrhagie intestinale, peu abondante, se montre de nouveau avec le même cortège de symptômes.

Le melæna ne se répète ni le lendemain, ni les jours suivants.

Le sang n'avait pas été rendu immédiatement et présentait la couleur de marc de café délayé.

Cette fois, le rétablissement est assez prompt; cependant la malade, plus anémiée, présente un état légèrement cachectique et une teinte subictérique des téguments.

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