‹ Etude sur la broncho-pneumonieChapitre 11 sur 20 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

De l'étude d'ensemble des cas de broncho-pneumonie que nous avons observés, nous pouvons dégager les données suivantes :

P Si la broncho-pneumonie peut, dans des cas très rares être primitive, elle est presque constamment secondaire; elle survient, à titre de complication, à la suite d'affections variées, en particulier la rougeole et la diphthérie.

Il» Lorsqu'elle est secondaire, elle est due, non pas à l'agent pathogène de l'affection dans le cours de laquelle elle survient, mais à un nombre assez restreint de microbes qui la déterminent dans tous les cas, quelle que soit l'affection qui l'a précédée.

La preuve est impossible à faire lorsqu'il s'agit d'une maladie dont l'agent microbien est inconnu, la rougeole Oii la

scarlatine par exemple; elle est au contraire éclatante lorsqu'on s'adresse à une affection dont le microbe est connu : la diphthérie en particulier.

De là résulte qu'on ne saurait établir un rapport absolu et nécessaire entre une broncho-pneumonie, son agent pathogène, et la maladie initiale qu'elle vient compliquer.

Un court résumé de nos observations, basé sur les microbes que nous y avons décelés, le montre à l'évidence. En effet, dans les dix-sept cas que nous avons examinés complètement et rigoureusement, nous avons isolé :

a) . — Le Streptocoque 12 fois. Parmi ces 12 cas, il s'est présenté :

4") à l'état de pureté 6 fois (nous mettons à part rObs. IX où nous avons vu qu'il s'agissait d'un streptocoque d'une espèce toute spéciale) : ces 6 cas se répartissent au point de vue de l'étiologie, de la façon suivante :

La broncho-pneumonie n'avait été primitive qu'une seule fois (Obs. XVII de broncho-pneumonie primitive, érysipélaleuse); dans tous lès autres cas elle avait été secondaire soit à la rougeole (4 cas : Obs. I, II, VII, XII), soit à la diphthérie (1 seul cas: Obs. XVI).

2°) Associé à d'autres organismes, 5 fois :

1 fois au pneumocoque lancéolé, à la suite de la rougeole (Obs. III).

1 fois à ce même pneumocoque et au bacille de Lœffler, à la suite de la diphthérie (Obs. XIV).

2 fois aux staphylocoques pyogènes, à la suite de la diphthérie (Obs. XIII) et de la scarlatine (Obs. XV).

1 fois au pneumobacillus pneuraoniae de Friedlaender, à la suite de la rougeole (Obs. VIII).

b) . - Le Pneumocoque lancéolé 4 fois à l'état de pureté :

dans ces 4 cas il s'agissait : de broncho-pneumonies pseudolobaires primitives dans 3 cas (Obs. V, X et XI), secondaire à la rougeole dans un seul cas (Obs. IV).

c.)Le Pneumobacille de Friedlmnder 1 seule fois à l'état de pureté : dans un cas de broncho-pneumonie morbilleuse (Obs. YI).

III. — De notre étude enfin résulte ce fait important sur lequel nous devons plus particuUèrement attirer l'attention: s'il n'y a aucune relation entre les agents pathogènes de la broncho-pneumonie, et les conditions dans lesquelles celle-ci s'est développée, en revanche, il y a un rapport constant entre la forme anatomique delà lésion pulmonaire et l'espèce bactérienne quil' a déterminée.

a) En effet.la forme anatomique depuis longtemps décrite sous lenomde/bme pseiido-lobaire de labroncho-pneumoni s et qu'on a comparée au point de vue de sa répartition topographique à la pneumonie franche de l'adulte, est constamment due au pneumocoque lancéolé de Talamon-Frœnkel qu'on y trouve généralement à l'état de pureté.

Elle semble donc par la répartition de ses lésions et la nature de son agent pathogène, constituer une forme de la pneumonie franche, spéciale à l'enfant.

Comme la pneumonie lobaire, elle peut être secondaire, mais dans la majorité des cas elle est primitive.

b) La forme anatomique de la broncho-pneumonie dite lobulaire à foijers disséminés, et qui constitue la pneumonie lobulaire proprement dite paraît constamment due au streptocoque pyogène. Cet organisme s'y trouve soit à l'état de pureté, soit associé à d'autres microbes tels que les staphylocoques pyogènes, le pneumocoque lancéolé, ou le

pneumo-bacille de Friedlasnder, ou bien encore aux agenis de la maladie dans le cours de laquelle est survenue la broncho-pneumonie, tels que le bacille de la diphthérie.

La présence du pneumo-bacille de Friedlœnder à l'état de pureté dans l'une de nos broncho-pneumonies pourrait le faire admettre comme agent pathogène possible de cette lésion, si cette observation n'était unique; aussi devons-nous faire les plus grandes réserves sur son rôle pneumonigène, et, en attendant de nouvelles observations, n'admettre que le streptocoque pyogène comme agent pathogène indiscutable de la broncho-pneumonie.

Le streptococcus pyogenes ou erysipelatis se trouve dans les foyers lobulaires de pneumonie à l'état de pureté lorsque sa pullulation est très active et sa virulence extrême; il paraît dans ces cas, préserver le parenchyme pulmonaire de l'invasion des saprophytes soit pendant la vie, soit longtemps même après la mort. La broncho-pneumonie est donc toujours grave, dans ces cas, et détermine le plus souvent la mort rapide par généralisation de l'infection.

Dans d'autres cas, plus fréquents, on trouve associés au streptococcus pyogenes des organismes tels que les staphylocoques pyogènes, le pneumocoque lancéolé et le pneumobacille de Friedlasnder qui paraissent avoir envahi le parenchyme pulmonaire hépatisé, à la suite du streptocoque, agent premier de la lésion.

Plus fréquente chez l'enfant que chez l'adulte, cette forme, contrairement à la précédente, semble être beaucoup plus souvent secondaire que primitive.

En résumé, l'identité des lésions histologiques, élémentaires, dans tous les cas de broncho-pneumonie, n'empêche pas qu'elles affectent dans leur répartition topographique

deux types distincts : le type pseudo-lobaire, et le type lobulaire franc. Nous rapprochons le premier de la pneumonie franche et nous l'attribuons comme celle-ci à l'action du pneumocoque lancéolé; nous considérons au contraire le second comme dû au streptocoque -pyogène. Nous pensons même qu'il est peu de ipaladies bactériennes oià, aussi nettement qu'ici, il soit possible d'établir un rapport précis entre la nature de l'agent pathogène, et celle de la lésion anatomique qu'il provoque.

Page 1