‹ Etude sur la broncho-pneumonieChapitre 16 sur 20 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Technique

Lorsqu'on se propose de rechercher Tagent pathogène d'une lésion bien déterminée dans une série de cas analogues le plus nombreux possible, il faut évidemment, pour que les résultats obtenus puissent être comparables, suivre une méthode générale et invariable.

Dans tous nos cas nous avons donc usé des mêmes procédés, suivi la même méthode ; aussi, au lieu de répéter îi propos de chacune de nos observations, la technique que nous avons employée dans chacun de nos procédés d'investigation, préférons-nous donner, avant d'entrer dans le détail des observations, un exposé général de la méthode que nous avons suivie, et la description des procédés techniques que nous avons employés. . On ne saurait trop, dans un semblable travail, accumuler les preuves, et l'on ne peut, en réalité, tenir aucun compte des résultats obtenus par nombre d'auteurs qui se contentent, comme preuves, de celles que fournissent la coloration des frottis de lamelles et des coupes. — Il y a en effet, dans ces procédés histochiniîques, trop de causes d'erreur, trop de difficultés d'interprétation, pour qu'on puisse considérer comme pathogènes tels microbes, qu'ils ont vus dans les frottis de lamelles et dans les coupes, et dont ils ont décrit la morphologie, surtout lorsqu'on sait combien la technique des colorations est difficile et délicate. On se rend alors compte de la valeur des résultats obtenus par de tels moyens d'investigation, et l'on doit douter des affirmations basées sur de semblables constatations.

Il est donc indispensable pour arriver à saisir au milieu des espèces bactériennes multiples qu'on trouve généralement dans les pou mons après la mort, celle qui doit être considérée comme pathogène, pour comprendre le processus des lésions observées, de multiplier les examens microscopiques sur les lamelles et sur les coupes, et surtout de multiplier les cultures sur tubes et sur plaques

et avec les divers milieux nutritifs généralement employés, gélose, gélatine et bouillon.

Nous venons d'insister suffisamment sur les difficultés de la coloration dos coupes pour que l'on comprenne le peu de valeur que nous lui attribuons.

Nous avons toujours attaché une importance beaucoup plus grande à l'examen des cultures, aussi les avons-nous multipliées à dessoin. Nous avons forcément changé quelque peu notre méthode suivant les cas, et on comprendra pourquoi, dans les recherches sur la broncho-pneumonie diphthérique, nous avons ajouté l'ensemencement de tubes de sérum aux cultures sur gélose, gélatine et bouillon que nous avions seules pratiquées dans la généralité des cas. ^

Quant aux inoculations que nous avons faites, nous ne les considérons pas comme des preuves expérimentales, mais simplement comme des inoculations de contrôle : C'est ainsi que dans chaque cas nous avons inoculé des parcelles d'exsudat pneumonique à des souris blanches, dans le seul but de rechercher le pneumo-bacille de Friedleender, ou surtout le pneumocoque lancéolé : les colonies que ce dernier donne sur les plaques de gélose sont en effet si petites, si délicates, si translucides, qu'elles peuvent parfois échapper à un examen même minutieux des plaques, surtout quand elles se trouvent mêlées à d'autres organismes également présents dans les foyers pneumoniques, et souvent en outre à des impuretés provenant de l'air.

De même, si dans quelques cas, peu nombreux d'ailleurs, nous avons inoculé sous la peau de l'oreille des lapins, des cultures pures du streptocoque isolé dans les foyers pneumoniques, c'était uniquement pour nous rendre compte de la nature de cet organisme, et voir si les résultats de son inoculation au lapin permettaient de l'identifier au streptocoque pyogène, ou tout au moins de l'en rapprocher, conclusion que n'autorisaient pas l'examen morphologique de ces cultures.

Ce sont donc là de simples inoculations de contrôle, et non pas de l'expérimentation vraie : nous réservons, comme nous l'avons déjà dit, pour un mémoire ultérieur, celte preuve dont le but est de provoquer chez l'animal une maladie analogue ou comparable à la maladie humaine, par le transport dans ses poumons des organismes isolés dans les foyers de broncho-pneumonie chez l'homme, et

de comparer les résultats expérimentaux à l'observation anatoraoclinique.

Cela posé, nous allons entrer dans le détail de la méthode générale que nous avons suivie, et des procédés techniques que nous avons employés : leur extrême importance devra faire pardonner l'aridité de cette description.

1° Recherches cliniques

Presque toutes nos observations ont trait à de jeunes enfants, soignés pour la plupart à l'hôpital des Enfanls-Malades, dans les services de MM. Descroizilles , Jules Simon etHutinel; quelquesunes viennent du service de M. le D^Ferrand à l'hôpital Laennec.

Nous n'avons mis, à propos de chaque cas particulier, que peu de clinique, la symptomalologie étant suffisamment connue pour que nous n'ayons pas besoin d'insister sur ce point.

Nous nous sommes contenté de donner pour chaque cas, les antécédents pathologiques du malade, de noter la nature de la maladie qui avait précédé la broncho-pneumonie, la date de celte maladie à laquelle était survenue la complication pulmonaire, et enfin à quelle époque de la broncho-pneumonie la mort était survenue.

Nous n'avons pas recueilli chez le vivant l'exsudal bronchopulmonaire au moyen de ponctions capillaires; n'ayant pu disposer des malades comme nous l'aurions voulu ; cela d'ailleurs n'a qu'un intérêt minime, car nos résultats concordent d'une façon frappante avec ceux des auteurs dont les recherches antérieures aux nôtres, avaient été faites sur le vivant; et nous avons trouvé les agents pathogènes purs pourqu'on ne puisse guère invoquer la putréfaction comme cause de leur présence.

Enfin, l'examen des crachats, outre la minime importance qu'on doit lui accorder à cause de la quantité des bacléries de la salive qui se mêlent aux microbes contenus dans l'expectoration bronchique, est impossible dans la plupart des cas qui nous occupent, l'enfant ne crachant pas.

2° Etude anatomique. — Autopsie

L'autopsie a toujours été faite le plus tôt possible après la mort; mais nous avons été malheureusement forcé de nous soumettre aux

réglemenls en vigueur et nous n'avons que fort exceplionnellemcni pu taire 1 aulopsie avant les vingl-qualre heures légales.

Cela n'a que peu d'importance d'ailleurs, si l'on tient compte des résultats que nous avons obtenus, de la pureté relative de nos cultures, el de la concordance de nos résultats avec ceux des auteurs qui ont pu faire leurs autopsies presque immédiatement après la mort. '

Dans un cas (Obs. IX), nous avons trouvé un streptocoque que nous atlribuonsà la putréfaction, à cause de la date tardive de l'autopsie, des signes manifestes de décomposition cadavérique avancée — Or nous avons d'ailleurs suffisamment caractérisé ce coccus en chaînettes pourqu'on ne puisse en aucune façon le confondre avec les organismes pathogènes connus. —

Nous nous sommes uniquement attaché dans nos autopsies, à la description des poumons, tout en constatant l'état des autres organes, et ne notant dans ces derniers que ce qui nous paraissait digne de remarque.

L'autopsie étant faite, et les deux poumons examinés, comme toujours les lésions étaient bilatérales, nous pratiquions des coupes dans celui des deux poumons que nous destinions aux recherches anatomo-pathologiques; l'autre poumon était conservé entièrement intact, enveloppé dans une feuille de papier buvard imbibée d'une solution de sublimé à 1 p. 1000, puis dans du taffetas gommé et transporté ainsi au laboratoire pour les recherches bactériologiques.

Conservation des pièces. — Dès que l'autopsie était faite, les pièces découpées en petits cubes étaient plongées dans divers liquides durcissants.

i°. — Les pièces qui devaient servir à l'étude des lésions hislologiquos étaient suspendues pendant quatre à six jours dans une solution aqueuse de bichromate de potasse à 2, 5 % qui était renouvelée chaque jour. — Au bout de ce temps, et sans lavage préalable dans l'eau, la pièce était plongée pendant 24 heures dans de l'alcool élhylique faible, c'est-à-dire ayant déjà servi à durcir d'autres pièces ; enfin, on la mettait dans de l'alcool éthylique rectifié à 36", qu'on renouvelait tous les jours, pendant 2 à 3 jours consécutifs

Les pièces ainsi traitées avaient acquis une consistance suffisante, pour qu'on pût les couper sans aucune inclusion préalable.

Quelques pièces étaient également mises, sans avoir passé par le bichromate de potasse, pendant vingt-quatre heures, dans l'alcool faible, puis ensuite dans l'alcool rectifié.

Nous préférons le premier de ces deux procédés, qui offre sur le second, l'avantage de mieux fixer les éléments et surtout de conserver le sang.

2° Les pièces qui devaient servir aux colorations des microbes étaient traitées d'une façon différente, les procédés de durcissement que nous venons de décrire ayant l'inconvénient capital d'empêcher absolument la coloration des microbes, comme nous avons pu le constater à plusieurs reprises.

Ces pièces étaient donc coupées en cubes très petits, d'un centimètre environ, et plongées dans l'alcool absolu, qu'on changeait quotidiennement pendant deux ou trois jours consécutifs. Elles étaient dès lors propres à être coupées et colorées par les procédés habituels.

Nous avons eu soin, tant pour l'étude histologique que pour les colorations bactériologiques, de prendre les morceaux de poumon réservés à ces coupes dans les portions hépatisées ou splénisées, et dans les zones d'atélectasie.

Coupes et Colorations histologiques. — Les fragments de poumon, après durcissement, étaient collés sur des petits cubes de liège^ et coupés avec le microtome de Luër, sans aucune inclusion préalable.

Quel que soit en effet le procédé d'inclusion qu'on emploie, parafine ou coUodion, il a le désavantage de déformer les élémenis, ou tout au moins de prendre un temps considérable.

D'autant mieux que, quoiqu'on en dise, le poumon même se coupe très facilement et très finement, sans inclusion préalable dans le collodion ou la gomme, pourvu que le durcissement soit surveillé et pratiqué en suivant la technique que nous avons indiquée.

Les coupTes ainsi faites étaient colorées par divers procédés : lo-) Picro-carmin deRanvier: montage dans la glycérine. 2°) — Èosine et hématoxyline :

La coupe, après avoir séjourné pendant vingt-quatre heures dans

q""a°.™ h":" s?' " P-""" Soit dans le carmin aluné de Grenacher •

fT T- d'hémalo'xyline à la dose de deux gouttes de la solution de Weigert, pour dix centimètres cub.s d'eau

monir."'''', '''''''' deshydratées, éclaircies el

montées dans le baume du Canada.

3") Camin boraté de G^-enac/ier, pendant vingt-qualre heureslavage à l'eau, puis montage au baume du Canada.

4») - Solution de safranine, à la dose d'une goutte de solution alcoolique saturée, pour dix centimètres cubes d'eau, pendant une demi-heure, lavage à l'eau, puis moulage au baume.

Parmi ces divers procédés de coloration, nous préférons beaucoup le second, qui a sur les autres, l'avantage de colorer le san^, les noyaux et le protoplasma cellullaire, surtout dans les coupes qui ont subi 1 action du bichromate de potasse.

Page 1