III. Recherches bactériologiques
La détermination des espèces microbiennes capables par leur présence et leur pullulation dans les poumons, d'y déterminer les lésions de la broncho-pneumonie, étant le but principal de nos recherches, nous nous sommes spécialement attaché à l'étude bactériologique des broncho-pneumonies que nous avons observées
Nous avons accumulé les preuves à l'appui de nos assertions, et dans chaque cas nous avons examiné au microscope, après dessiccation et coloration, l'exsudat pulmonaire prélevé avec pureté au niveau des points malades; cet exsudai nous a encore servi à ensemencer directement des tubes de milieux nutritifs solides et liquides, des plaques de gélose ; nous avons enfin recherché en les colorant,' les microorganismes dans les coupes des tissus malades.
Voici d'ailleurs le détail de la technique que nous avons suivie : Immédiatement après l'autopsie, un poumon entier, enveloppé avec
(1) Cette solution était obtenue en mettant dans dix centimètres cubes d'eau distillée, deux gouttes de la solution suirante : Alcool rectifié 30 gr.
Eau distillée 60 gr.
Losine soluble à l'alcool 1 gr.
toutes les précautions que nous avons indiquées plus haut, était transporté au laboratoire.
Là, après avoir brûlé la surface avec une lamelle de platine, au point précis où nous voulions rechercher les microbes, on faisait une coupe h l'aide d'un couteau de platine porté au rouge.
1° Cultures. — La coupe faite, on prélevait à l'aide d'un fil de platine des parcelles d'exsudat pulmonaire qui étaient ensemencées, d'une part, directement sur des tubes de gélose, de bouillon et de gélatine, et d'autre part sur deux plaques de gélose.
Ces'plaques confectionnées à l'aide des boîtes de Pelri, étaient ensemencées en stries après solidification de la gélose . Les tubes et les plaques de gélose et les tubos de bouillon étaient placés à l'éluve à 38°; les tubes de gélatine à l'éluve à 20°.
Les cultures par ensemencement direct sur des tubes servaient à nous montrer si un microbe se trouvait à l'état de pureté; et nous avons pu dans plusieurs cas obtenir d'emblée, par ensemencement direct, des cultures pures de microbes pathogènes même peu résistants (tels que le pneumocoque), et qui auraient sûrement été détruits par d'autres organismes s'il s'en était trouvé.
Nous avons employé pour la confection des plaques, les boîtes dites de Pétri, qui ont sur les plaques ordinaires l'avantage de prémunir assez efficacement les cultures contre les impuretés de l'air. Nous avons préféré à tout autre l'ensemencement en stries qui, tout en permettant aux colonies de s'isoler suffisamment les unes des autres, supprime en outre une cause d'erreur, puisqu'on ne tient compte dans l'examen des colonies que dn celles qui se sont développées le long des stries.
Ces différentes colonies une fois développées étaient examinées, isolées par réensemencement dans des tubes; les cultures ainsi obtenues étaient inoculées aux animaux.
Enfin, dans le but de déceler à coup sûr la présence du pneumocoque lancéolé ou du pneumobacille de Friediaender, nous avons, dans chaque cas, injecté aux souris quelques gouttes de l'exsudat pulmonaire. A l'aide de la seringue de M. le professeur Straus, stérilisée pendant vingt minutes dans l'eau bouillante, avant et après chaque expérience, nous prélevions donc chaque fois dans la coupe faite au moyen du couteau de platine, deux gouttes environ de l'exsudat pulmonaire que nous inoculions sous la peau de la base
de la queuG d'une souris blanche. Si celle-ci mourait, le sang du cœur elait examiné au microscope, puis ensemencé sur divers milieux nutritifs, contrôlés à leur tour.
Ce procédé nous a souvent permis de déceler le pneumocoque de Talamou-Frœnkel, dans tel cas où il avait passé inaperçu sur les plaques ou dans les tubes.
2o Coloration de lamelles. — Dans chaque cas, nous avons prélevé, avec les mêmes précautions que pour les ensemencements des parcelles d'exsudat du poumon, et du pus des bronches que nous étalions sur des lamelles. Celles-ci, après dessiccation à l'air, étaient colorées, puis examinées au microscope.
Nous avons employé pour ces colorations les différents procédés suivants :
1° Solution aqueuse saturée de violet de gentiane, lavage à l'eau.
2° Solution de Ziehl (1 gr. de fuchsine dans 100 gr. de solution phéniquée à 5 %) : nous y laissons les lam'elles deux minutes pour les microbes ordinaires, puis nous décolorons très légèrement avec l'acide acétique à 1 "/„. Nous les y laissons un quart d'heure pour le bacille de la tuberculose, et nous décolorons avec l'acide sulfurique en solution aqueuse au quart.
3"). — Solution hydro-alcoolique de violet de gentiane ou de bleu de méthylène : 10 gouttes de la solution alcoolique saturée dans S cmc. d'eau; au bout de 10 minutes, décoloration légère dans l'acide acétique à 1 p. 100 (1).
4°). — Méthode de Lœffler : séjour de la lamelle pendant 1/4 d'heure à 1/2 heure dans la solution suivante :
Eau 200
Notasse caustique 0,02
Solul. alcool, sat. de bleu de méthylène 60 cmc.
puis décoloration légère dans l'acide acétique à 1 p. 100.
5°). — Pour les pneumocoques et les streptocoques, on employait la méthode de Gram : les lamelles étaient déposées pendant 10 minutes dans la solution d'Ehrlich, puis pendant 1 à 3 minutes dans la solution de Lugol; enfin, décolorées à l'alcool absolu, et montées au baume du Canada.
(1) Ce procédé est particulièrement recommandable pour les cas où l'on veut colorer le pneumocoque lancéolé, dont il met bien la capsule en évidence.
6°). — Là où nous supposions la présence du bacille de la tuberculose, nous avons employé le procédé suivant, qui le colore en rouge, et colore tous les autres en blou. Pendant 10 minutes, la lamelîe était plongée dans la solution d'Ehrlich à la fuchsine; puis, après lavage à l'eau, on la laissait 2 à 3 minutes dans la solution de Fraenkel :
Acide nitrique pur 20
Eau distillée
Alcool rectifié
Bleu de méthylène qs- pour saturer,
elle était ensuite montée après lavage à l'eau et dessiccation.
3° Coloration des coupes. — Toutes nos coupes ont été traitées de la façon suivante : elles séjournaient pendant 24 heures dans le carmin boraté de Grenacher; puis, après les avoir rapidement passées dans l'eau, on les colorait soit par le procédé de Lœffler, soit par la méthode de Gram : nous avons presque toujours employé celte dernière, réservant la méthode de Loeffler pour les cas où nous avions à rechercher le bacille de la diphlhérie, ou bien quelque autre microbe ne prenant pas le Gram, le pneumo-bacille de Fried- Isender par exemple.
Les coupes ainsi colorées étaient, après décoloration, déshydratées, éclaircies au xylol et montées au baume du Canada.
Si nous nous sommes si longuement étendu sur la méthode générale que nous avons suivie, et sur les procédés que nous avons employés, c'est que, nous l'avons dit, dans ce genre de recherches, la technique est de première importance. Cette description, si longue et si fastidieuse qu'elle soit, évite la critique et permet le contrôle des résultats obtenus : c'est en quelque sorte une pièce justificative.
Beaucoup d'auteurs n'ont pas décrit la technique qu'ils ont suivie, et c'est là une raison de douter de certains résultats surprenants qu'ils ont obtenus, et de critiquer certaines affirmations qu'ils avancent.
D'autres qui l'ont complètement décrite se mettent à l'abri de ces reproches, tout en prêtant parfois à la critique lorsque les résultats obtenus ne sont pas justifiés par la rigueur des procédés employés. . ;