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CHAPITRE II

Bactériologie

Le caractère infectieux de la broncho-pneiuiioiiie, son épidémicité, sa contagion, avaient depuis longtemps fait présager sa nature microbienne.

Mais son apparition fréquente à la suite de maladies franchement infectieuses, telles que la rougeole et la diphthérie, en confirmant les premiers chercheurs dans cette opinion, donna malheureusement à leurs travaux une fausse direction.

Frappés de la pluralité des causes prédisposantes de la broncho-pneumonie, et confiants dans certains caractères histologiques qu'ils croyaient spéciaux à chacune des formes suivant la maladie qui l'avait précédée, ils ont naturellement été portés à rechercher dans chaque forme un microbe spécial qui, dans leur esprit, devait être celui de l'affection primitive que la broncho-pneumonie venait compliquer.

Mais leurs recherches, guidées par l'idée préconçue de la pluralité des broncho-pneumonies, ne devait aboutir qu'à leur unification. Les prétendues différences histologiquesn'ont plus dès lors été considérées que comme des variantes d'un même processus pathologique, et au lieu d'attribuer les lésions pulmonaires au microbe de la maladie initiale, on reconnut qu'elles étaient dues en réalité à un nombre restreint de bactéries déterminant indifféremment par leur présence dans le poumon tous les processus pneumoniques aigus.

Cette évolution des idées sur la nature et les causes de la broncho-pneumonie apparaît d'une façon frappante lorsqu'on parcourt les travaux qui ont été publiés sur ce sujet : les premiers auteurs, en effet, n'étudient que les broncho-pneumonies spéciales, de la rougeole, de la diphthérie, etc., espérant trouver dans chacune d'elles le microbe de la maladie initiale, et la différencier par sa cause et la nature de ses lésions des compHcations pulmonaires analogues secondaires à d'autres affections. — Leurs successeurs, reconnaissant l'uniformité des lésions et la communauté d'origine bactérienne des broncho-pneumonies, en font des études d'ensemble, sans distinction d'origine chnique. C'est dans cet ordre qui respecte presque complètement l'ordre chronologique que nous allons étudier les différentes recherches qui ont été faites sur la broncho-pneumonie, nous réservant d'insister plus longuement sur celles qui portent sur des cas comparables à ceux que nous avons observés.

A. Recherches spéciales sur quelques broncho-pneumonies

I" Broncho-pieumonie secondaire

\° Rougeole. — MM. Cornil et Babès (1) ont décrit dans la rougeole, un microcoque arrondi de 0;x,6 de diamètre, très souvent uni à des coccus semblables pour former des diplocoques en 8 ou des chaînettes, et alors un peu aplatis, immobiles, très brillants, mal colorés par les violets d'aniline. Ils auraient retrouvé cet organisme dans un grand

(1) Babès. Adatok a Kangaro es a Kangaros tûdôlob Koroklanâhoz, Onosi Hélilap, 1P81. - Cornil et Badès. Les Bactéries, 3= édition, Paris, .1890. T. II. p. 274.

nombre de cas de rougeole, au début de l'éruption, dans les sécrétions catarrhales du nez, de la conjonctive et des bronches, dans les crachats et dans le sang; dans les cas où la rougeole se compliquait de broncho-pneumonie, ils retrouvaient cet organisme dans l'exsudat fibrineux pleural, dans les vaisseaux sanguins sous-pleuraux, dans quelques alvéoles voisins du tissu conjonctif périlobuUure, et surtout dans les vaisseaux lymphatiques du tissu interlobulaire et les gaines péri-vasculaires.

Ces auteurs n'hésitent pas à l'aire de ces organismes les agents pathogènes de la rougeole et de sa complication pulmonaire, et admettent qu'ils détermineraient celle-ci en se propageant soit par les voies lymphatiques, soit par la muqueuse des bronchioles.

Outre que ces auteurs ont souvent retrouvé, dans des cas analogues, le pneumocoque lancéolé associé à ce microbe, celui-ci pourrait bien n'être que le pneumo-bacille de Friedlainder ou même le streptocoque pyogène : c'est, d'ailleurs, une question qu'on ne peut guère résoudre, étant donnés les renseignements fort incomplets que donnent les auteurs sinon sur sa morphologie, du moins sur sa biologie, et sur les résultats de l'inoculation à l'animal.

Thaon (1), Tobeitz (2) ont, dans des poumons atteints de broncho-pneumonie secondaire à la rougeole, trouvé les mêmes organismes que le premier de ces auteurs déclare trop facilement être la cause de la rougeole et de sa complication pulmonaire. Ils n'ont, en effet, caractérisé ces orga-

(1) Thaon. A propos des broncho-pneumonies de l'enfance et de leurs microbes. Hev. mens, de Médecine, 1885, p. 1015.

(2; Tobeitz. Die Morbiilen, Arch. f. Kinderlieilkunde, t. VIII, 1887, fdsc. 7, p, 322-369.

iiismes que par leur morphologie, les tentatives de culture et d'inoculation faites par Thaon étant insuffisantes, et souvent même restées sans résultat. On ne peut donc se fonder sur des résultats aussi incertains obtenus avec une technique imparfaite et des procédés de recherche incomplets pour pouvoir accepter les conclusions de ces auteurs.

Guarnieri (l),Morel (2), employant dans leurs recherches une technique plus rigoureuse, ont mis en évidence dans des poumons de malades morts de broncho-pneumonie morbilleuse, un streptocoque qui s'y trouve à l'état de pureté, ou associé soit aux staphylococcus aureus ou surtout albus, et parfois (Morel)àdes bacilles indéterminés que l'auteur n'a, d'ailleurs, jamais retrouvés dans ses cultures. Guarnieri et Morel font de ce streptocoque l'agent pathogène de la broncho-pneumonie morbilleuse; ils l'identifient par sa morphologie et ses cultures avec le streptococcus pyogenes, et considèrent la pneumonie lobulaire comme une infection secondaire à la rougeole.

On voit en somme que, parmi les recherches faites spécialement sur l'origine de la broncho-pneumonie rubéolique, celles qui ont été faites avec la technique la plus rigoureuse et la plus complète, qui. par conséquent, doivent seules entrer en ligne de compte, concordent à démontrer qu'il s'agit bien dans ce cas spécial d'une infection secondaire due à un streptocoque identique à celui de l'érysipèle ou du pus.

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