IV. — Formes anatomiques de la broncho-pneumonie
On s'est efforcé de distinguer différentes formes de la broncho-pneumonie basées tantôt sur les- caractères histologiques des lésions, tantôt sur leur répartition topographique.
M. Thaon (1) avait attribué une évolution suppurative aux broncho-pneumonies de la rougeole, fibrino-hémorrhagique à celles de la diphthérie, fibro-caséeuse à celles de la tuberculose. Or, les caractères qu'il attribue aux deux premières ne suffisent pas à les distinguer l'unede l'autre, car ce sont de simples différences d'intensité d'un même processus histologique qu'on peut retrouver dans divers cas, sans distinction d'origine. Quant à l'évolution fibro-caséeuse qu'il attribue à ce qu'il appelle la broncho-pneumonie tubercuculeuse, c'est un caractère des lésions tuberculeuses qui n'appartient nullement aux lésions de la broncho-pneumonie.
(1) Thaon, Loc. cit.
Nous ne croyons donc pas devoir maintenir la distinction de ces prétendues formes delà broncho-pneumonie.
Nous ne croyons pas non plus devoir conserver les formes basées sur la répartition des lésions : formes généralisées, à
noyaux confluents, disséminés, etc , car on pourrait alors
créer autant de formes que de cas.
Mais nous devons maintenir une distinction, depuis longtemps établie d'ailleurs, entre les formes pseudo-lobaire et lobulaire de la broncho-pneumonie, car nous apportons à l'appui de cette différenciation anatomique des preuves bactériologiques qui distinguent complètement ces deux formes l'une de l'autre.
1" La forme lobulaire, en effet, que ses noyaux soient confluents ou disséminés, est due au streptocoque pyogène. Elle constitue la vraie broncho-pneumonie, la broncho-pneumonie franche.
Anatomiquement elle est caractérisée par la répartition irrégulière, dans les régions inférieures et postérieures des deux poumons, de lobules lenflammés, isolés ou réunis en petits groupes, chacun à des degrés divers de l'évolution des lésions, et séparés les uns des autres par des lobules sains, atélectasiés on emphysémateux.
Elle peut évoluer rapidement, surtout chez l'adulte; elle aboutit alors très vite à l'hépatisation grise. On y retrouve le streptocoque pyogène, d'ordinaire en grande quantité et à l'état de pureté. Les lésions accessoires sont dans ces cas nulles ou insignifiantes. L'infection pulmonaire se générahse rapidement, et détermine la mort par sa généralisation même.
Elle peut, dans d'autres cas, évoluer plus lentement et c'est ce que l'on constate presque toujours chez l'enfant. On observe alors une extension variable, mais une grande dissé-
mination des lésions ; les streptocoques s'y retrouvent en nombre plus restreint, et généralement associés à d'autres organismes auxquels la durée de l'évolution des lésions a permis d'envahir secondairement les poumons. L'infection ne se généralise que très rarement, mais les lésions accessoires sont extrêmement étendues; aussi la gravité de la broncho-pneumonie chez l'enfant est-elle due à l'asphyxie que détermine l'extension de ces lésions, bien plus qu'à l'infection qui, presque toujours, reste localisée aux poumons.
2o) La forme pseudo-lobaire, par la répartition de ses lésions et son origine bactérienne, doit être rapprochée beaucoup plus de la pneumonie franche que de la broncho-pneumonie ; aussi la dénomination de forme pseudo-lobulaire de la pneumonie franche lui conviendrait-elle mieux que celle qu'on lui donne d'habitude.
Anatomiquement, elle se caractérise par la répartition régulière des lésions inflammatoires sinon dans un lobe entier, du moins dans un territoire toujours assez considérable du parenchyme pulmonaire. Le territoire entier qu'elles occupent est constitué par des lobules enflammés, sans interposition entre eux de lobules sains, emphysémateux ou atélectasiés.
Mais dans ces lobules, les lésions sont à des stades divers de leur évolution, ce qui s'observe d'ailleurs également dans la pneumonie franche.
Les lésions sont souvent bilatérales, et toujours moins étendues dans l'un des deux poumons où elles peuvent simuler la forme lobulaire dont elles se distinguent toujours au microscope par l'absence d'interposition de lobules sains entre les lobules lésés.
Les lésions de bronchite constantes clans cette forme ne permettent pas de la distinguer de la pneumonie franche, puisqu'on les observe également dans celle-ci. Elles sont toujours moins accentuées et moins profondes que dans la forme lobulaire. Le pneumocoque lancéolé se trouve dans les foyers de pneumonies souvent à l'état de pureté.
Cette forme pseudo-lobulaire, en un mot, constitue une forme de pneumonie franche spéciale à l'enfant. Elle évolue plus lentement que la pneumonie de l'adulte, et, contrairement à celle-ci, ne détermine que rarement la mort par généralisation de l'infection.
Dans ces deux formes, l'étendue toujours considérable des lésions accessoires d'atélectasie et surtout d'emphysème est la cause de la mort qui survient avec des symptômes se rapportant beaucoup plus à l'asphyxie qu'à l'infection.
En somme, l'infection pneumonique aiguë, quels qu'en soient la forme anatomique et l'agent pathogène, se généralise rarement chez l'enfant; on pourrait presque dire à ce point de vue qu'elle est bénigne, si l'étroitesse des conduits aériens dans le jeune âge ne facilitait leur obhtération par l'exsudat des portions malades et la production de l'atélectasie. C'est donc à l'asphyxie qu'elle détermine presque toujours que la broncho-pneumonie doit son extrême gravité chez l'enfant.