IT. — E NORD-OUEST
Le voyageur qui quite Winnipeg et se (dirige vers l’ouest sur le Canadien-Pacifique, remarque que, pendant 25 milles, on ne voit pas trace de’culture. Laterre
appartient à des spéculateurs qui attendent une plusvalue pour réaliser. Dans’ le patois du pays, dit M. Fream, on les nomme boomsters (haussiers). Voici : les florissantes cités de Postage-la-Prairie etde Brandon, et après une course de 100 milles sur le second plateau des prairies, on entre dans le grand Nord-Ouest. Si récent que soit le peuplement du Manitoba, le peuplement du grand Nord-Ouest est plus récent encore. En 1882, le tracé du chemin de fer Canadien-Pacifique s’avançait à travers cet immense territoire, comme à travers un désert. Cependant, en prévision de l'accroissement de la population, le grand Nord-Ouest avait été divisé en quatre districts provisoires : Assiniboia, Alberta, Saskatchewan et Athabasca. Le plus grand est Assiniboia, dont la capitale est Regina, siège du gouvernement du Nord-Ouest et quartier général de la police montée du Nord-Ouest. Cette police montée est chargée d'assurer la paix et la sécurité de la prairie. Assiniboia possède les villes de Moosomin, Broadview, Qu'appelle, Moose-Jaw. et Medicine-Hat. C’est à Qu’appelle que se trouve l'importante ferme de l’évêque Ausas, dans. laquelle on instruit les colons de la province. De Manitoba, le chemin de fer traverse Assiniboia sur une longueur de 500 milles et entre dans Alberta, qui confine au sud avec les États-Unis, au nord avec Athabaska, à. l’ouest avec lés Montagnes Rocheuses, et à l'est avec Assiniboia et Saskatchewan, .ce dernier au nord du premier. D’Alberta, le chemin-de fer entre dans la province du Pacifique ou Colombie anglaise, et atteint son point le plus élevé,'5.300 pieds au-dessus du niveau de la mer, dans le magnifique col de Kic-
king-Horse. Si la ligne passait à l’ouest au lieu de tourner au nord-ouest, elle traverserait en plein cœur les pays de pâturages qui s'étendent au sud jusqu’à Calgary. Cette ville est la principale du district d’Alberta; les autres villes sont Fort-Mac-Leod et Edmonton; dans le Saskatchewan, on doit citer Battleford et -Prince-Albert.
L'étendue des territoires du Nord-Ouest, les événements dont ils ont été le théâtre, l’avenir que tout le monde leur a supposé, ont attiré l'attention publique sur le mode d’administration de cette vaste contrée.
Cette législation date de 1880.
Dans l'acte 43 Victoria, chapitre 95, il est décidé que, si une contrée de mille milles en superficie, soit un cärré de trente-trois milles de côté, enferme mille habitants adultes, elle aura le droit d’élire. un représentant au conseil.
Sont électeurs et éligibles, tous ceux qui sont parvenus à l’âge de la majorité, qui sont sujets britanniques, et ne font pas partie des bandes indiennes placées sous l'administration spéciale du gouvernement.
On exige, en outre, une résidence de douze mois avant l'inscription sur la liste électorale.
Si la population capable de voter atteint le chiffre de deux mille, le lieutenant gouverneur donxiera l’ordre d’élire un second représentant du district.
Quand les membres élus auront atteint le chiffre de vingt et un, ils formeront une assemblée qui rempla- | cera le conseil actuel et,en äüra tous les pouvoirs et, de plus, les attributions ordinaires des Chambres provinciales. À cette éppque, \esr membres seront élus pour deux ans. Jusqu’à ‘6e que à chiffre des membres ainsi.
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a LA COLONISATION ET L'AGRICULTURE AU CANADA. 109
élus soit de vingt et un, le Conseil se, compose, en
dehors des représentants ‘directement nommés par les
électeurs, des magistrats de police actuellement au nombre de quatre, et dé deux autres membres choisis directement par la Couronne.
Les ordonnances du Conseil doivent être approuvées par le gouverneur général. -
C'est ainsi que s’est constituée récemment l'administration toute spéciale des territoires du: -Nord- Ouest. : ‘
Le recensement qui vient d’être terminé au Nord-
Ouest nous fait connaître aussi exactement que pos-
sible la population qui habite ces territoires.
Voici les principaux chiffres :
District d’Assiniboia. — Population totale : 22.083. — Blancs, 10.574. Métis, 1.017. Sauvages, 4.492.
District d’Alberta. — Population 15.583. — Blancs, 4.878. Métis, 1.237. Sauvages, 9.418.
Calgary et Red Deer ont une population de 5.467 habitants.
. Edmonton, 5.516.
: Mäc Leod, 4 450.
. District de la Saskatchewan. — Population: 10.745.
— Blancs, 1.892. Métis, 2.594. Sauvages, 6.220.
Prince-Albert : 5.373. — Battleford : 3.903. — Ri- . vière Carrot : 1.770.
La population totale des trois districts Assiniboia, Alberta et Saskatchewan est de 43.362 âmes, dont 27.113 hommes, 21.249 femmes ; 23. #44 (blancs, 4.848 L métis. 620.170 sauvages.
Où peut juger par ce recensement du petit nombre
‘: de bras dont'peut disposer l’agriculturé et quelle révo-
lution s’accomplira peu à peu lorsque les territoires du Nord-Ouest seront connus et occupés.
Pour encourager la construction des réseaux ferrés, le gouvernement du Canada, imitant le gouvernement des États-Unis, accorde des concessions de terres aux nouvelles Compagnies, de sorte que ces dernières, aussi bien que le gouvernement, se trouvent en mesure d'offrir des terres aux émigrants. Le Manitoba et la Compagnie du Nord-Ouest ont, actuellement, 2.750.000 acres, sur lesquelles, en 1884, ils ont acquis le droit d'en vendre 512.000. La Compagnie vend des bons de terres qui autorisent l'acquéreur d’une ou de plusieurs sections de 160 acres à. choisir lui-même des terrains dans toutes les terres de la Compagnie qui ne sont pas encore vendues.
Le gouvernement garantit au Canadien Pacifique, indépendamment d’autres avantages, les terres bordant les deux côtés de ‘la voie, formant une bande de 24 milles de large, sur les lignes du Manitoba et du Nord-Ouest. Ces terres sont offertes au prix de 100 francs l'acre, si elles se trouvent dans des conditions requises pour une bonne culture.
. Le vicomte Milton etle D" Cheadle, qui se rouvaienti | en avril 1863, au fort Pic, décrivent ainsi le pays :
« Le temps était très beau et très clair, et la neige avait disparu ; des vols d'oies et de canards passaient con- | tinuellement, etle bruit dé leurs ailes, dans leur course vers le nord, ne décessait pas toute la nuit, à ce point qu'il émpêchait de dormir. Le caräctère général du paysage
/ | NN était la variété des mêmes aspects, prairies à perte de vue, lacs ou marais, excepté péndant uné journée de ) ‘7 | voyage où nous traversâmes une région stérile et glacée.
C'était une plaine nivelée et bordée par un amphithéâtre de hauteurs dénudées: mais au delà, à un endroit nommé la Source (à cause d’une rivière qui jaillit du sol), lé paysage reprend son premier aspect. »
Ces intrépides voyageurs n'étaient pas moins enthousiastes lorsqu'ils se trouvaient dans les environs d’Edmonton : .
« Tout ce’ pays est destiné à un grand avenir et deviendra avec le temps une des dépendances les plus fécondes de l’Angleterre.
«“}] faut seulement le temps, pour qu’on puisse dé-
couvrir, voir, connaître et juger.
- « Nous entrons dans un fort glorieux pays, pas très pittoresque, mais destiné à devenir riche et peuplé, un pays de collines ondulées et-de fertiles vallées, de bois et de cours d’eau, de bosquets de trembles et de bouleaux, de prairies en miniature. La terre est d'excellente qualité et pleine de promesses pour celui qui viendra s’y établir, lorsqu'une politique libérale mettra au jour des richesses dont on ne s'occupe point et qui sont inconnues. » |
Les chemins de fer font peu à peu disparaitre les anciennes caravanes de chariots, tirés chacun par seize à vingt bœufs, qui étaient le moyen le plus usité pour transporter les approvisionnements st les marchandises d'un fort à l’autre. On se servait ordinairement, à défaut de routes, des pistes indiennes tracées en ligne directe. Lorsque le sol de la prairie est sec, on peut s'y hasarder sans crainte, Nous ayons déjà dit cela.
L'hiver, la ter est gelée à 6 ou 7 pieds de profondeur. Lorsque les couches supérieures dégèlent, il se produit un courant d'humidité qui, se combinant avec
la chaleur de l'atmosphère, forme uné sorte de fumier naturel qui contribue largement à la rapide croissance de la végétation.
Îl y a un court été qui favorise-une rapide végétätion : les pommes de terre et les autres racines en profitent pour ÿenir à maturité dans le district d’Alberta et dans tout le Saskatchewan. U :
Malgré le long et rude hiver de cette contrée, le climat est non seulement tolérable, mais fortifiant, et ceux qui vont à la Prairie avec une’ santé chancelante s'en trouvent bien. La plupart des colons ont commencé
c un capital inférieur à 200 liv. sterl.; quelques-uns
à 00, ou même avec rien. Tous ont amélioré Jeur po-
sition; quelques-uns notablement, La plupart de ces immigrants sont venus de l'Ontario ou des autres provinces orientales du Canada. D'Europe, les nouveaux venus appartiennent tous aux Iles-Britanniques ; mais le pays n’est pas encore assez connu pour qu’on puisse faire sur un aussi grand espace un départ intéressant entre.les premiers occupants. Cela viendra.
Beäucoup des immigrants du Nord-Ouest sont pau-
vres et commencent avec des-bœufs seulement, n'ayant
pas les moyens de se procurer des chevaux. La culture est des plus simples dans la Prairie, et, avec les mau-
.. vaises charrues dont on se sert, l’habileté du labou-
reur n’a pas l'occasion de briller.
On dit que le rendement par acre, en froment, varie de 25 à 40 boisseaux; mais la moyenne est de 30.
Il est difficilé de se procurer des informations. sur la culture du Nord-Ouest, éar ce territoire est tellement
. vaste, qu'il'é jappo à, tout contrôle officiel; il était autrefois: sous ‘la ni de la. Compagnie de ls.
baie d'Hudson, et depuis deux ans seulement l’émigration a franchi . ses. frontières. On appelle encore aujourd'hui ce territoire le grand désert, quoi qu’il. soit sillonné par un chemin de fer. Le grand désert est particulièrement au Nord dans le district d’Athabasca. . En ce moment, les spécimens les plus remarquables de l’agriculture du Nord-Ouest sbnt, dans Assiniboia, les Rell farm, les fermes expérimentales qui s'élèvent sur le réseau Canadien-Pacifique, et les Cattle ranches, les établissements de gros bétail dans les environs d’Alberta. Ces établissements nous montrent, dans des conditions nouvelles et sur un autre terrain, ce qu’on peut faire du Canada, et la concurrence qui menace l’Europe
* dans ces espaces inoccupés où la terre nous réserve de . singulières surprises.
- Bell farm. — Il n’est pas dans le Nord-Ouest d’entreprise plus connue par l’Angleterte, que la grande exploitation de blé nommée \Bell farm, de son fon- . dateur le major W.-B. Bell. Elle est située sur le
. Canädien-Pacifique à Indian Head, dans l’Assiniboia, à 312 milles de Winnipeg. Elle est comprise dans ..les.opérations de la Compagnie des fermes de la vallée de Qu appelle, au capital de 120.000 liv. sterl., divisé par ‘actions de 90 liv. sterl., donnant 4 pour 100 ‘de revenu. Elle occupe une surface de 54.000 acres : : d’autres disent de: 60.000 .acres, et a été organisée en 1882. Sa première récolte est de 1883, et la seconde était en progrès en 1884. oo
L’expioitation est partagée en cinq, divisions : centrale, nord, sud, est-et ouest. La maison d’ habitation du : major Bell ‘est simple et confortable. Chaque soir, à huit heures, le major Bell.téléphone de son ‘habitation
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les instructions pour le travail du lendemain ; et comme ses instructions sont reçues par tous les contremaitres, il ya peu de chance qu’elles soient mal comprises.
Le rapport de 1883 constate que pendant cette année on n'a fait que bâtir. (Les cottagés sont solidement construits et couverts de toitures métalliques. Ils sont divisés en quatre ou cinq pièces, et plusieurs de ces habitations sont occupées par des ménages. Chaque cottage, avec l'étable qui y est annexée, coûte environ 160 liv. sterl. Un grenier fixe, capable de recevoir 4.000 boisseaux et quatorze greniers portatifs, servent de dépendance au magasin général. Le Canadien-Pacifique a fait construire un élévateur où 50.000 boisseaux * peuvent s'emmagasiner à la station d’Indian-Ead. On ne cesse d'établir des haies, et on travaille à planter des arbres le long des grands chemins. C'est le Beautifat qui fournit l'arrosage de la ferme. Il est inépuisable, Des sources d'excellente qualité donnent l'eau destinée à la consommation des hommes et des animaux.
Les grosses dépenses de 1883. se sont élevées à 35.546 liv. sterl.; et dépuis la fondation, le total général a été de 50.543 liv. sterl. En 1884, il y avait 7.000 acres ensemencées e n froment, .et, en 1885, on se promettait de porter ce chiffre à 14.000. Mais les événements du Nord-Ouest paraissent avoir réduit le commerce.de la culture du blé. La moisson se fait ordinaïrement à la mi-août. La variété cultivée est le Red type. ou n° 1 dur. Le sol de’ Bell farm est un terrain riche, profond, avec un sous-sol d'argile. L'outillage à vapeur comprend sept machines à battre avec leurs
” accessoires ; il n’y à pas moins de 100 charrues et un”
grand nombre de semoirs, 50 au moins. Une charrue,
LA colons de L'AGRICULTURE AU CANADA. 115
attelée de 3 chevaux, et pénétrant à à 16 pouces de profondeur, peut labourer 2? acres par jour, au prix de 8 schellings par acre. En 1884, il y avait environ 200 chevaux, et ceux qui n'étaient pas occupés à la moisson servaient au labourage. L'absence de bois et le prix élevé du charbon empêcheront qu'ori n’ait recours au lebourage à la vapeur. TL.
Dans cette très grande exploitation de blé, on ne trouve de-bétail qu'en très petit nombre, environ une centaine de vaches et quelques centaines de pores. destinés principalement à la nourriture du personnel. En été, les gages d’un ouvrier sont de 30 schellings par semaine, tout compris. Les employés à l’année ont un cottage avec une acre de terre, 36 schellings par semaine l'été, et 30 l'hiver. Il y a ciné contremaitres : un premier, avec 52 schellings par semaine, toût compris, et quatre autres à 40 schellings par semaine, tout comp ris.
Outre les 2.000 acres qui constituent Bell farm, la Compagnie de la vallée Qu'appelle vend ses:terrains en sections de 213 à-2.560 acres sans conditions, depuis iv. sterl. 12 schell: jusqu'à 3 liv. par acre.
Un fait très important pour l'avenir de ces contréesest .
le création du Collège d'agriculture de Qu’ appelle. Ce Collège. a été établi sur une partie de la ferme Bell, et la direction en a été confiée au professeur Henry Tanner, qui s’est déjà signalé par des publications fort intéressentes sur l’agriculture du Canada. En même temps, et dans une autre portion du Nord-Ouest, à Batle, le D' Barnard fonde aussi én ce moment une ferme d'instruction pour. les jeunes. gens. et les jeunés filles. Cette ferme aurait environ 2.000 hectares, et son organisation ressemblerait béaucoup à notre colonie de Mettray. ° 8