‹ Étude sur la composition de la Chanson de RolandChapitre 3 sur 6 · RS RER · texte numérisé non relu

RS RER

l'évidence que ces répétitions ne sont pas seulement des leçons de divers manuscrits. C’est en effet par ces répétitions mêmes qu'il veut nous peindre le danger d'une manière plus vive. Nous entrevoyons partout l'intention sage du poëte,

Pour en finir, nous citons encore un exemple, pour réfuter ensuite les assertions de quelques savants, qui avancent que les répétitions sont des interpolations de copiste. .

L’arrière-garde des Francs est détruite par les Sarrasins. Tous les guerriers ont succombé. Seul, Roland est encore debout, mais si affaibli par la lutte et par ses blessures, qu'il n’a plus qu'à rendre l'âme. Il se retire sous un grand rocher. Là il veut briser son épée, sa Durandal, de peur qu’elle ne tombe entre les mains des Sarrasins; rassemblant toutes ses forces, il décharge un coup de Durandal sur un des rochers qui l'environnent, mais la bonne lame n’en est pas même ébréchée *).

Co sent Rolands a perdut la veue,

met sei sur pieds quantqu'il poet s’esvertuet; en sun visage sa colur at perdue.

Dedevant lui at une pierre dure;

dis colps i fiert par doel e par rancune, cruist li aciers, ne fraint ne ne s’ esgruignet; e dist li cuens: ,,Sainte Marie, aiue!

E! Durendal, bone, si mare fustes!

quand jo n'ai prud, de vus nen ai mais cure!

tantes batailles en champ en ai vencues,

e tantes terres larges escumbatues,

que Charles tient, qui la barbe at chanue!

ne vus ait hum qui pur altre s’en fuiet!

mult bons vassals vus at lung tems tenue!

jamais n'iert tels en France l’asolue.*

*) Démogeot, Histoire de la littérature fançaise p. 65 et 66.

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