CHAPITRE II
CONDITION DE LA MÈRE DANS LA PÉRIODE QUI s'ÉTEND DE LA LOI DES XII TABLES AUX EMPEREURS PAÏENS
Pendant la seconde des périodes, que nous nous sommes proposé d'étudier, aucune réforme législative ne porta directement sur la condition de la mère, mais la mère bénéficia ou souffrit en fait de plusieurs dispositions de lois qui avaient plus spécialement pour objet soitla condition de la femme, soit celle de la femme mariée, et d'autres s'appliquaient à toute une catégorie de parents, parmi lesquels la mère se trouvait. Il est incontestable que depuis le temps des XII tables jusqu'à l'ère impériale la femme tendait et s'avançait insensiblement vers une émancipation presqu'absolue. Si d'autres preuves manquaient, les mesures de rigueur qui l'atteignirent alors attesteraient ce mouvement. De la loi Ojopea nous ne dirons rien: sur la loi Focoma nous ferons seulement observer que sa principale prohibition atteignait même la femme dans ses rapports avec ses enfants, la mère (1). Telles furent les plus importantes me-
i. Comp. St-ÂugusUn, De cic. Z>tfi,III, 21.
sures de rigueur. En sens contraire la manus commençait de décliner. Le divorce toléré par les lois, mais prohibé par les mœurs (1), s'établit fermement; il n'avait pu d'abord se produire que sous forme de répudiation émanée du mari ou du père (2), si la femme n'était pas in manu ; la femme fut libre désormais d'envoyer le libelle de répudiation (3). Dés lors, cette sorte de régime de communauté universelle qui accompagnait la manus ne devait pas subsister. La constitution de dot fort rare sans doute à l'origine devint usuelle, même nécessaire, (4) apparemment une stipulation suivait ou précédait la conventio in manum. qui ob ligeait le mari à restituer au cas de divorce une partie des biens que la femme lui avait apportés, puis la stipulation fui sousentendue, enfin l'obligation de restituer comprit tous les biens de la femme (5). On voit aisément que sous un pareil régime la puissance maritale était singulièrement affaiblie: él les auteurs classiques nous montrent la femme libre, à chaque instant, de rendre par le divorce la restitution de la dot exigible, tourmentant et dominant son mari (6). Probablement hmanus elle-même tendit dès lors à disparaître. Quelques Romains particulièrement austères se plaignaient,
1. Valère Maxim., Dicta fact. mémo., II, G 1 . Aul. Gell. IV, 3, § 2, XVn,2i,§44.
2. Plutarq. Romulus, cap. 22 ; voy. Montesquieu, Esprit des lois,