‹ Étude sur la condition privée de la femmeChapitre 6 sur 36 · PAUL GIDE. IX · texte numérisé non relu

PAUL GIDE. IX

classique , à restituer aux textes du Digeste leur sens originaire et leur portée primitive. M. Gide poussa dans un autre sens : il s'efforça de dégager l'esprit du droit romain, de rendre la vie à cette législation morte.

Les institutions juridiques ne sont pas des produits artificiels du législateur ou de la jurisprudence : la substance en est fournie par les idées simples et fondamentales que les hommes se font sur la patrie, sur la famille, sur l'appropriation des biens; elle est fournie encore par les besoins légitimes du commerce entre les hommes. Le droit reçoit cette matière et lui donne la forme. Les lois, la coutume, la pratique réalisent les combinaisons juridiques qui traduisent ces idées et satisfont à ces besoins, et la tâche du juriste c'est d'appliquer aux faits innombrables de la vie ces règles et ces formes, de les assouplir, s'il est possible, aux changements des idées et aux exigences des besoins nouveaux. Cette œuvre, les jurisconsultes Romains l'accomplirent avec un art qui n'a pas été dépassé , mais pour les bien comprendre, il faut les remettre pour ainsi dire dans l'air qu'ils respiraient, rétablir les faits et les idées qui s'imposaient à eux*. M. Gide excellait à cela. Il ne faudrait point croire qu'il négligeât le côté purement juridique des institutions et qu'il transformât le cours de droit romain en une série d'études sur les antiquités et les mœurs des Romains. Nul plus que lui ne cherchait à établir les règles du droit dans leur précision technique : les monographies, si remarquées, qu'il publia , portent toujours sur une thèse du droit bien nette, et pour ainsi dire sur une question d'école. Seulement, il rapprochait toujours des règles juridiques les conceptions sociales dont elles sont la traduction : il excellait

' Voyez une Note sur M. Machelard, qu'a écrite M. Gide et qu'on a publiée après sa mort; il devait, en effet, suivre de bien près dans la tombe le collègue qu'il jugeait si bien : « Pour lui (pour M. Machelard) le droit romain n'était pas une conception théorique, un enchaînement logique de définitions et de formules; c'était une réahté vivante, c'était l'œuvre de la jurisprudenee et de la pratique; pour la comprendre et l'expliquer, il fallait le bon sens du praticien. » Nouvelle Revue historique, 1880, t. IV, p. 767.

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