X PAUL GIDE
surtout à montrer pourquoi et comment une institution se transforme peu à peu et change lentement de nature.
Le droit romain s'était donc comme rajeuni entre les mains de M. Gide ; mais l'enseignement du maître était attrayant par bien d'autres côtés. Il était présenté sous une forme exquise et rarement on porta plus loin l'art de bien composer et de bien dire. Sans doute , on l'a souvent remarqué, la Yoix de M. Gide était un peu faible, et dans les vastes auditoires qu'il réunissait autour de lui, elle trahissait parfois la fatigue : mais que de qualités rachetaient ce défaut!
Il arrive assez souvent que les fils du Languedoc et de la Provence empruntent à leur soleil natal toute sa lumière, sans lui prendre ses ardeurs, et leur parole possède alors un charme singulier. C'était le cas pour M. Gide. Sa langue limpide et distinguée, avait un relief saisissant; et cette forme si châtiée c'était l'improvisation qui la donnait. Les notes , qu'il a laissées , sont si brèves et si insuffisantes qu'on a dû renoncer à reconstituer et à publier son cours. Ce qu'il méditait à loisir, ce qu'il préparait avec un soin particulier, c'était l'enchaînement des idées, la composition. Pour donner plus de force à sa pensée, pour l'aiguiser et la faire entrer dans l'esprit de ses auditeurs , nul ne sut mieux que lui combiner les oppositions et disposer les symétries. Le plan de son cours , qu'il retouchait sans cesse était par lui-même une œuvre d'art et un enseignement. M. d'Ihering, examinant quelque part ce qu'il nomme la construction juridique a parlé de l'esthétique du droit^. Le terme peut s'appliquer à l'exposition du professeur mieux encore qu'aux créations de la jurisprudence; et les leçons de M. Gide étaient bien faites pour démontrer les lois de cette esthétique particulière. D'ailleurs, comme tout se tient dans l'esprit humain , 31. Gide avait le goût littéraire le plus fin , et le sens artistique le plus sûr.
Le succès du professeur devait être très-grand. Il ne fut
1 Esprit du droit romain, trad. de Meulenaere, t. III, p. 70 ssq.