‹ Étude sur la condition privée de la femmeChapitre 8 sur 36 · PAUL GIDE. XJ · texte numérisé non relu

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cependant pas immédiat, et les auditeurs des premiers jours peuvent se rappeler qu'ils n'étaient pas très nombreux. Mais d'année en année, leur nombre augmenta et bientôt on se pressa en foule à ce cours de droit romain. Bien des jeunes gens et des hommes mûrs gardent encore le souvenir vivant de ces leçons remarquables : pour quelques-uns, ce fut une révélation. Cette impression ne se trouve pas seulement au fond de notre mémoire : elle a été notée dans une œuvre d'imagination , qui a pour but de peindre l'étudiant de nos jours.

L'auteur nous conduit à la Faculté de droit de Paris , et il nous fait assister à la leçon d'un professeur qui traite de la puissance paternelle en droit romain. Il n'est pas difficile de reconnaître M. Gide dans ce maître « à la parole froide « et douce. » Sans doute, les phrases qu'on met dans sa bouche sont la traduction bien infidèle de son enseignement; mais cela importe peu; ce que l'auteur a voulu noter, c'est l'attrait que ces leçons avaient pour la jeunesse. L'un des étudiants qu'il met en scène vient au cours pour la première fois , s'attendant à y trouver une exposition aride et fastidieuse : peu à peu son attention est captivée, et voici comment se termine le morceau.

« Le professeur, le Digeste et les Institutes à la main , dé- <( gageait , évoquait pour mieux dire, de toutes ces formules « qui semblent si vaines , les pensées les plus élevées sur la « philosophie et la morale, sur tous les intérêts et sur tous « les sentiments humains.

(( — Mais, Flairac (c'est le nom du sceptique), tu ne par- « les plus? ))

(( Flairac me répondit simplement : — u J'écoute ^ »

M. Gide n'enseigna à Paris que le droit romain; cependant il ne l'aimait point d'un amour exclusif. 11 eût désiré changer d'enseignement au bout de quelques années; il savait que le véritable jurisconsulte peut, avec quelque effort et avec le plus grand profit, parcourir successivement les

' L'Étudiant d'aujourd'hui, par René Valléry-Radot , p. 78, 79.

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divers domaines de la science du droit ; il regrettait parfois l'espèce de servitude qui attache le professeur à la chaire dont il est titulaire et le force à reprendre périodiquement les mêmes sentiers. Le cours qu'il eût choisi de préférence à tout autre était celui de droit commercial. Il n'y a point lieu de s'en étonner. Dans aucune branche du droit, la vie n'est plus intense , et la faculté créatrice ne s'est aussi bien conservée : nulle part les jurisconsultes ne peuvent exercer aussi largement leur art suprême , qui est de préparer pour des besoins nouveaux de nouvelles institutions , ou de transformer les anciennes sans violence et sans précipitation.

Tel était le professeur, disons quel fut l'écrivain.

Pour une vie si courte, la liste de ses écrits est déjà longue, surtout si l'on remarque que la première publication date de 1866*. C'est une étude sur la législation dans le nouveau royaume d'Italie^, où se trouvent déjà toutes les qualités du maître. Pour bien dégager le caractère de la nouvelle codification, M. Gide s'est reporté en arrière. Il montre que depuis l'antiquité le droit civil de l'Italie était resté profondément romain. Le vieux fonds à peine entamé par la loi Lombarde, avait fourni leurs éléments aux statuts des villes émancipées du Moyen âge : et dans les États de l'Italie moderne les principes romains dominaient encore. Cela était visible pour les pays dont le droit était coutumier, cela était vrai même pour ceux qui avaient reçu des codes imités des nôtres. Mais le législateur de la nouvelle Italie, tout en respectant cette tradition , devait faire place dans son œuvre à des principes venus d'ailleurs. La coutume germanique

* Voyez la liste complète de ses travaux dans la Nouvelle Bévue historique de droit français et étranger, tome IV, 1880, p. 764-766. 2 Revue historique de droit français et étranger, juillet-août 1866.

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avait, en d'autres contrées, développé dans le droit civil l'idée de liberté individuelle ; de là des principes, inconnus à la loi romaine, mais justifiés, transformés de nos jours par la science économique, et qui tendent « à assurer une plus grande indépendance dans les rapports domestiques, une plus grande liberté dans les transactions sociales. » M. Gide nous montre dans quelle mesure le législateur du royaume d'Italie a modifié par l'infusion de ce sang étranger, le tempérament autoritaire de la vieille loi romaine : « dans l'ordre moral les diverses inégalités civiles, résultant de la nationalité, du sexe et de la condition domestique ou sociale sont aplanies ou abaissées. Dans l'ordre économique, le nouveau Code sait assurer à la fois l'indépendance pour les contractants et la sécurité pour les tiers. » Ce rapide travail est une remarquable étude d'histoire et de philosophie du droit.

En 1867, il publia le livre qui, par son importance et son étendue, devait rester son œuvre capitale. C'était un mémoire couronné par l'Institut. L'Académie des Sciences morales et politiques avait mis au concours « l'histoire du sénatusconsulte Yelléien. » M. Gide, d'un coup d'œil avait élargi le sujet. Voyant dans le Yelléien, le point culminant, pour ainsi dire, de l'incapacité civile de la femme, c'est la question même de sa capacité qu'il voulut étudier et suivre dans toutes les législations de nos pays d'Occident; dans toutes il chercha la condition que le droit civil faisait à la femme dans le mariage et en dehors du mariage. Il comprenait ainsi dans son sujet tout ce qui concerne la condition privée de la femme et l'histoire des régimes matrimoniaux. Avec une érudition surprenante et un art infini d'exposition il a suivi sa pensée maîtresse depuis les premières origines des sociétés jusqu'au temps présent. C'est ce livre, dont l'édition originale était épuisée depuis longtemps , que nous rendons aujourd'hui aux lecteurs : je ne songe donc point à l'analyser, et j'ajouterai seulement quelques mots pour en bien montrer l'importance.

Pour mener à bien son étude , il fallait que l'auteur indiquât la consistance et l'esprit général de chacune des légis-

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