‹ Étude sur la condition privée de la femmeChapitre 9 sur 36 · XIV PAUL GIDE · texte numérisé non relu

XIV PAUL GIDE

lations dans lesquelles il poursuivait sa recherche. De là une série de tableaux, qui présentent l'histoire de chacune d'elles, non pas dans ses détails, mais dans sa marche générale. Le livre contient donc par là même une généralisation puissante de l'histoire du droit, et c'est à cela qu'il dut en partie son grand et légitime succès ; pour ma part c'est là que j'ai fait en cette matière mes premières études. Le livre était écrit d'ailleurs dans un style d'une rare élégance, et l'Institut put en le couronnant lui décerner tous les éloges : il avait toutes les qualités d'une œuvre académique, au meilleur sens du mot.

Cet ouvrage si élevé dans son inspiration , si étranger aux préoccupations de la pratique, eut pourtant cette fortune singulière d'être porté en plein tribunal et invoqué là comme une autorité. Il s'agissait d'une clause qui se révéla , il y a quelques années, qui parut se multiplier dans les contrats de mariage , et qui établissait pour la femme l'incapacité de s'obliger même avec l'autorisation de son mari. Pour défendre cette convention justement suspecte, on cherchait à montrer qu'elle ne dépassait pas ce que la loi permet de faire par d'autres combinaisons. En effet, disait-on, il est permis à la femme mariée sous le régime dotal de comprendre dans la dot tous ses biens présents et à venir, et alors toute obligation contractée par elle pendant le mariage sera nonseulement inefficace faute d'un gage saisissàble par les créanciers, mais encore nulle, comme étant contractée par un incapable. M. l'avocat général Chevrier, présentant cette thèse à la Cour de Paris, invoqua l'autorité de M. Gide ^ Celui-ci avait en effet dégagé des documents de la juris-

1 Voyez le Droit des 2-3 janvier 1878, p. 6. « Lisez l'art. 1542 du Code civil : la constitution de dot peut frapper tous les biens de la femme présents ou à venir sans distinction ni réserve. Le fonds dotal est indisponible , mais cette indisponibilité , disent de savants jurisconsultes , n'est pas une qualité accidentelle et transitoire du fonds dotal , cessant avec le mariage , quant à l'effet des actes accomplis pendant sa durée : elle consiste essentiellement dans une incapacité inhérente à la personne. M. Gide a établi solidement cette théorie dans un élégant traité de la condition privée des femmes (p. 505-513) et, la jurisprudence sous les yeux, en déduit toutes les conséquences. »

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