I. Ad
!l. Anupâdaka
Dans le premier symbole, le symbole de la Vie, nous voyons le Point primitif dans le centre du cercle, le Logos, l’Un, dans la sphère de matière extrêmement subtile qui L’entoure, limite qu’il s’est imposée et dans laquelle II s'enferme dans le but de Se manifester, d’émaner des profondeurs des Ténèbres.
(J INTRODUCTION
Pourquoi trois Logoï? se demandera-t-on au premier abord.
C’est là un des problèmes les plus ardus de la métaphysique et l’expliquer, même succinctement, demanderait un volume tout entier ; nous allons cependant montrer comment, par un raisonnement minutieux, nous pouvons arriver à le résoudre.
Si nous analysons tout ce qui existe dans l’univers, nous arrivons à la grande généralisation suivante ; « Tout est separable en « Moi » et « Non-Moi », en « Soi » et « Non-Soi » ; et chaque objet séparé prendra place dans l'une ou l’autre de ces deux grandes catégories du « Soi » et du « Non-Soi ». Tout ce qui existe dans l’univers doit se ranger dans l’une ou l’autre de ces deux divisions. Le Soi est la Vie, la Conscience ; le Non-Soi est la Matière, la Forme. »
Nous voici donc en présence d’une dualité.
Mais les deux choses qui constituent cette dualité ne sont pas deux choses séparées, indépendantes, sans rapports mutuels ; au contraire, il y a entre elles une relation continue j sans cesse elles s attirent, puis se repoussent, s’identifiant l’une avec l’autre et se répudiant tour à tour ; ce jeu continuel constitue l’univers toujours changeant.
Nous avons donc une trinité au lieu d’une dua-
INTRODUCTION
lité; le Soi, le Non-Soi, et la Relation qui existe entre eux deux.
L’univers entier se résume en cette trinité; toutes les choses, toutes les relations, existantes ou possibles, tout se résume en elle ; et nous en arrivons à la conclusion que le nombre Trois, la Trinité, forme la base de tous les univers pris dans leur ensemble et de chaque univers en particulier (i).
Voilà l’explication de cette triplicité dans la manifestation du Logos dans un système ; et voilà pourquoi, lorsqu’il s’épanouit dans trois directions vers la circonférence du cercle de la matière pour revenir ensuite sur lui-même, le Point, « l’Un», se manifeste à chaque point de contact avec cette circonférence sous un aspect différent, chacun de ces aspects étant une des trois expressions fondamentales de la Conscience : la Volonté, la Sagesse et l’Activité, la Triade ou Trinité divine (2). En effet, lorsque le
(r) L’étudiant devrait lire avec soin Science of Peace, de Bhagavân Dâs, ouvrage dans lequel ces questions métaphysiques ont été très heureusement traitées et avec une précision rare.
(2) Ou bien encore : « Pouvoir-Sagesse-Amour » une autre façon de rendre cette idée de triplicité; mais dans ce cas l’Activité est mise de côté, et l’Amour se trouve répété, à moins qu’amour ne soit pris dans le sens d’activité, car en réalité l’Amour est essentiellement actif. Il me semble que la Sagesse et l’Amour sont un seul et même aspect de la conscience ; ce qui
INTRODUCTION
Soi Universel, le Pratyag-Atmâ, le «Soi Intérieur» pense au «Non-Soi», Il S’identifie^avec ce Non-Soi, partageant avec lui Son Être^même : c’est l’Activité divine, Sat, l’Existence prêtée à la Non-Existence, l’Intelligence Universelle. Lorsque le Soi se réalise Lui-Même, Il devient la Sagesse, Chit, le principe préservateur. Lorsque le Soi, Se séparant du Non-Soi, Se replie sur Lui-Même, en Sa propre nature, Il devient la Félicité, Ânanda, délivrée de toute forme.
Le Logos de chaque univers particulier reproduit cette Soi-Conscience Universelle. Dans Son Activité, II est l’Intelligence Créatrice, Kriyâ, qui correspond au Sat Universel — c’est Brâhmâ pour les Hindous, le Saint-Esprit pour les Chrétiens, Chochmah dans la Kabbale. Dans Sa Sagesse, Il est la Raison préservatrice et Ordonnatrice, Jnâna, qui correspond au Chit Universel
c’est pour les Hindous Vishnou, le Fils pour
les Chrétiens, Binah dans la Kab’oale. Dans Sa Félicité, Il est le Destructeur des formes, la Volonté, Ichchâ, l’Ânanda Universel — c’est le Shivâ, des Hindous, le Père, des Chrétiens, Képher dans la Kabbale.
se manifeste au delà de la Sagesse, c'est-a-dire la reah^tion de l'Unité, se manifeste dans le monde des formes en ’
cette force attractive qui conduit à l’Unité dans un d’êtres complètement séparés.
INTRODUCTION
Dans chaque univers nous trouvons ainsi ces trois Logoï, ces trois Êtres qui créent préservent et détruisent leur univers; chacun d’eux, dans sa fonction dans l’univers, se manifeste sous un aspect spécial, dominant, auquel les deux autres sont subordonnés, quoique naturellement toujours présents. C’est pour cette raison que le Dieu manifesté nous est présenté sous forme d’une Trinité. Si nous joignons ces trois aspects ou phases de manifestation par leurs points extrêmes de contact avec le cercle, nous obtiendrons le Triangle Basique, en contact avec la Matière, et ce Triangle, avec les trois triangles formés par les lignes que trace le Point dans son épanouissement, nous donne le Tétraktys Divin, appelé souvent le Quaternaire Cosmique, les trois Aspects Divins en contact avec la Matière et prêts à créer. Les Aspects, dans leur totalité, constituent l’Ame Suprême (i) du Cosmos à venir. Examinons d’abord les effets de ces Aspects quant à la Forme, et voyons de quelle manière la Matière y répond. Il est clair que ces aspects ne sont pas dus au Logos d’un système ; ils sont les correspondances du Soi Universel dans la Matière. L’aspect Félicité, ou Volonté, impose à la Matière une qualité : l’Inertie, Ta-
(i) Emerson.
XO introduction
mas, le pouvoir de résistance, la stabilité, le calme. L’aspect Activité lui confère la faculté d'action, Râjas le mouvement. Enfin l’aspect Sagesse lui donne le Rythme, Satva, vibration, harmonie. C’est à l’aide de cette Matière ainsi préparée, que les Aspects de Conscience du Logos peuvent se manifester sous forme d’êtres.
Le Logos — qu’on ne peut encore qualifier de « Premier », puisque jusqu’ici il n’y en a pas de second — apparaît comme un Point irradiant une sphère de Matière, sphère qu’il décrit autour de Lui-Même, pour servir de champ d’évolution à l’univers futur. D’une splendeur inimaginable, « 11 est, dit Manou, comme une véritable montagne de Lumière » mais de Lumière invisible, excepté sur les plans spirituels. Cette grande sphère a été nommée Substance Primordiale ; c’est le Logos — qui S’est conditionné Lui- Même, Inséparable de cette Matière qu’il S’est appropriée pour son univers — avant le moment où II S’en sépare en partie, lors de la seconde manifestation; c’est la sphère de la Volonté qui s’est conditionnée elle-même et qui doit conduire à l'Activité Créactrice ; « Je suis Cela » — lorsque Cela, le Non-Soi, est connu.
Le Point — symboliquement parlant, afin de suggérer l’idée de la Forme au point de vue des
INTRODUCTION
apparences — vibre du centre à la circonférence, traçant ainsi une ligne qui marque la séparation de l’Esprit et de la Matière (i), et rendant de cette façon la connaissance possible; il donne ainsi naissance à la Forme pour le second as-, pect, cet Être qu’on appelle le Second Logos — symboliquement la Ligne ou le Diamètre du Cercle ; c’est à Lui que se rapporte cette phrase mystique ; « Tu es mon Fils ; en ce jour je t’ai conçu » (Psaumes, 11, 7 ). Cette relation entre le Père et le Fils dans le sein de l’unité de l’Existence Divine, ce rapport entre le Premier et le Deuxième Logos, appartient naturellement au « Jour de la Manifestation » à la période de vie d’un univers. C’est cette conception du Fils, cette apparition du Deuxième Logos, la Sagesse qui est marquée dans le monde de la Forme par la différentiation, la séparation de l’Esprit et de la Matière — les deux pôles entre lesquels est tissée la trame d’un univers — la séparation de l’Électricité neutre et inactive, qui symbolise le Premier Logos, en électricité positive et électri-
(i) Il faut se rappeler que cette « séparation » n’a lieu que dans la conscience, seulement; l’idée d’esprit est séparée de l’idée de matière. Dans le monde des phénomènes il n’y a pas d’Esprit qui ne soit conditionné par la matière, pas de matière même en particules si petites soient-elles,qui ne soit animée par l’Esprit. Toutes les formes sont conscientes; toutes les consciences ont une forme.
introduction
cité négative, dualité qui symbolise le Second Logos — appelant ainsi le Non-Manifesté à la manifestation. Cette séparation qui a lieu dans le sein du Logos se trouve représentée d’une façon frappante sur le plan physique par le travail qui se fait dans la multiplication des cellules ; nous y trouvons ce processus qui fait apparaître une sorte de cloison séparatrice et qui d’une cellule finit par en faire deux. Tout ce qui se produit ici-bas n’est qu’une réflexion dans la matière grossière, de ce qui a lieu sur les plans supérieurs, et l’étude du plan physique et de son développement pourra souvent servir de guide à notre intelligence incertaine. « En haut comme en bas », le monde physique n est qu’une réflexion du monde spirituel.
Le Point, entraînant la Ligne dans son mouvement giratoire, vibre maintenant à angle droit avec la direction des vibrations précédentes, et la Croix se trouve formée, toujours en dedans du cercle ; la Croix « procède donc du Père et du Fils » ; elle est le symbole du Troisième Logos, l’Intelligence Créatrice, l’Activité Divine, prête dès lors à se manifester comme Créateur. Le Logos se manifeste ensuite sous la forme de la Croix active ou Svastika. C’est, des Trois Logoï, le premier qui se manifeste en dehors
INTRODUCTION
des limites des deux plans les plus élevés, bien que nous soyions déjà arrivés, là, au troisième degré de « l’épanouissement » divin.
Vie Forme
§2. — Création des Monades.
Avant d'examiner l’activité créatrice du Troisième Logos, notons en passant la création des Monades ou « Unités de Conscience » pour lesquelles l’étendue de tout un univers doit être préparé afin de leur permettre d'évoluer dans la Matière. Nous y reviendrons avec plus de détails au chapitre II. Les myriades d'unités de ce genre qui doivent être développées dans l’univers en formation, sont engendrées dans le sein de la vie divine de la même manière que les cellules-germes dans les organismes, avant que le champ d’évolution qui leur est destiné ne soit
14 INTRODUCTION
formé. Il a été dit de cette émission ; « Cela voulut; «Je multiplierai et naîtrai »(i), et, sous l’action de cette Volonté, la Multiplicité est engendrée au sein de l’Unite. La Volonté se présente sous deux aspects ; l’attraction et la répulsion, l’inspiration et l’expiration ; lorsque l’aspect répulsion a la prépondérance, il y a séparation, écartement.
Cette multiplication des Unités au sein de « l’Un » par l’action de la Volonté nous montre le lieu de leur origine — le Premier Logos, le Seigneur Indivisible, le Père Éternel. Ces Unités sont des étincelles du Feu Suprême, des « Fragments Divins » (2) qu’on appelle généralement « Monades ».
La Monade est un fragment de la Vie Divine, séparé du reste en tant qu’entité individuelle, par une enveloppe de matière extrêmement raréfiée, si raréfiée que, bien qu’elle donne une forme à chaque monade, elle ne gene en rien les rapports étroits entre cette « Vie » ainsi enfermée et les vies du même genre qui l’entourent. La vie des Monades vient donc du Premier Logos, et par là même se présenté sous trois aspects, la Conscience sous forme de Volonté, Sagesse et
(1) Chandogyopanishad, VI, n, 3.
( 2 ) Lumière sur le sentier.
INTRODUCTION
Activité. Cette vie prend naissance sur le pian de la Manifestation Divine, le second plan ou Anupâdaka. Les Monades sont les fils du Père au même titre que le Deuxième Logos ; Fils plus jeunes cependant, et incapables de faire agir leurs pouvoirs divins dans une matière plus dense que celle de leur propre plan, tandis que Lui, après les âges d’évolution qu’il a traversés, Se trouve prêt à mettre en oeuvre tous Ses pouvoirs divins ; Il est « le premier-né parmi de nombreux frères » (i).
Ces Monades occupent le plan Anupâdaka, tandis que les racines de leur vie se trouvent sur
le plan Adi ; elles sont encore dépourvues de véhicules leur permettant de s’exprimer, et attendent « le Jour de la Manifestation des Fils de Dieu » (2). Elles restent là, tandis que le Troisième Logos commence au dehors le travail de la manifestation, et façonne l’univers objectif. Il va infuser Sa Vie dans la Matière pour la façonner en matériaux propres à servir à la construction des véhicules dont les Monades ont besoin pour évoluer. Mais II ne sera pas absorbé par Son œuvre ; car, tout vaste que ce travail nous paraisse, il n’est qu’un jeu pour Lui :
(i) Ép. aux Romains.
INTRODUCTION
« Ayant répandu dans l’Univers tout entier une portion de Moi-Même, je demeure » (i).
Sa merveilleuse Individualité reste entière, elle demeure Elle-Même ; et il n’en faut qu’une petite partie pour donner la vie à tout un cosmos. Le Logos, l’Âme Suprême, reste sans cesse Lui-Même, le Dieu de Son Univers.
(i) Bhagapad-Gitâ,