MISE
ne devait pas être historique, exprime au moins ce que ses auditeurs ont ressenti à l'entendre, et rend avec tout le tragique de la situation l’impérieuse exigence de cet impératif. Car ce € je ne puis » n’est qu'une soumission à un «tu dois » primitif ". |
Le trait distinctif du phénomène que nous étudions, c’est qu'autour de lobligation centrale ainsi affirmée, surgit du même coup le type idéal d'une vie nouvelle se présentant, lui aussi, comme obligatoire et normatif.
Le premier devoir du sujet qui le pose est d'y conformer sa propre existence; le second, d’une nécessité tout aussi inexorable, est de le prècher et de lui acquérir dans le cœur des autres hommes la même place prépondérante, la même valeur directrice qu'il occupe dans la sienne propre. Nous pensons ici, on le devine, au christianismeet à son fondateur, comme étant du domaine qui nous est le plus connu. Nous croyons pourtant que cette caractéristique s'applique aussi bien à la fondation ou à Ja réforme des autres religions. En tous cas, des traits semblables se retrouvent dans la vie des fondateurs des deux cultes monothéistes mahométan et bouddhique *.
est eaptive de la part de Dieu, dès lors je ne veux rien rétracter, car il n'est ni sûr ni prudent de faire quelque chose contre sa conscience. Que Dieu me soit en aide. » (Kuhn, Luther, sa vie et son œuvre. Tome 1, p. 517.)
1 Comparez à ce point de vue les personnalités de. Jérémie et de saint Paul. Nous nous demandons de quel secours serait la théorie évolutionniste des instincts sociaux pour l'explication de ces faits. La ressource même de les traiter comme des cas de folie religieuse exceptionnelle manquerait ici, car il faudrait rendre compte de l'adhésion générale et spontanée qu'a rencontrée une telle folie et du travail assimilateur qu’elle suscite chez tous ses adhérents.
*? On peut nous contester le caractère religieux du bouddhisme primitif, on ne contestera pas, qu'à défaut d’avoir fondé une religion,
Le NA
Ily a dans la carrière de ces deux hommes quelqu: chose d’inexplicable, un reste mystérieux dont aucun recherche ne saurait rendre compte d’une manière satis-faisante, et qui nous parait n’être rien autre que lPélémert incommensurable d’une obligation.
Nous savons qu’en examinant à la loupe la vie d’u:: Mahomet ou d’un Bouddha, tout facteur absolu tend à dis paraitre et que toutes leurs actions, prises isolément, per vent être ramenées à des motifs de psychologie ordinaire. Le même procédé, appliqué à la vie de Jésus, put faire croire un moment qu'on avait réussi à l’expliquer entiàrement. Le penser analytique, au service de l’empirie, pourra toujours, en s’attachant aux infiniment petits, qui seuls tombent dans le champ de son observation, réussir" à voiler les grandes lignes d’une existence. « On peut, dit Amiel, pulvériser une statue sous prétexte de ia mieux voir. » C'est un triomphe facile qui ne nous trouble point. Car ce qui est impossible à cette méthode de science, ce qu’elle ne fera jamais, c’est d'expliquer une unité substantielle quelconque.
Au temps de la Réformation, par exemple, l’histoire a beau jeu de montrer les préparations de ce grand mouvement partout disséminées, d'exposer les effets par leurs causes, de faire voir les besoins préexistants dont l’acuité provoquera nécessairement une révolution; mais ce à quoi elle échoue, c'est à rendre compte sans reste de |A personne de Luther. |
Comment un état de choses général, comment des asjn
Bouddha n'ait créé une morale. Cela ne change rien à la valeur + l'exemple, au sens que nous lui donnons. Moraliste ou prophèt:, Bouddha apparaît dans l’histoire comme un homme courbé sous ur impératif dont les catégories terrestres n’épuisent pas la notion.
rations flottantes ont-elles pris corps à un moment donné dans une personnalité, comment s'est-il formé dans l’intérieur d’une âme un idéal religieux assez puissant pour briser les moules d’une existence individuelle d'abord, d’une existence collective ensuile, pour permettre à un homme de résister seul aux forces réunies de la société religieuse et politique, et le pousser à des actes dont une appréciation ulilitaire cherche en vain la raison suflisante? ! Car après avoir ainsi déchiqueté, morcellé ce qui constitue justement l'unilé organique d'une œuvre et d'un homme, on n’a pas mieux compris que si l’on n'avait rien fait, et, devant les yeux troublés des anatomistes en matière sociale, l’image qu’ils avaient sous leur scalpel se redresse soudain plus une et plus vivante que jamais. Le fait est tout semblable à celui qui se produit dans l'étude des organismes animaux. « Ce n'est pas, dit Claude Bernard, ? la formation du corps animal en tant que groupement d'éléments chimiques qui caractérise essentiellement la force vitale... Mais ce qui est essentiellement du domaine de la vie, ce qui n'appartient ni à la chimie, ni à la physique, ni à rien autre chose, c’est l'idée directrice de celte évolution vitale. Dans tout
1 Quelle différence, entre Erasme et Luther ! Pourtant les mêmes aspirations, les mêmes besoins étaient également ressentis par tous deux, tous deux connaissaient également bien ee qui manquait à leur siècle. Pourquoi Erasme n'est-il pas devenu un Luther ? Parce qu’il n'en avait pas le génie religieux, dit-on. Nous ajoutons : parce qu'il n'avait pas soumis son être aux mêmes impératifs. Les siens étaient tout utilitaires et dérivés. « Luther, écrit-il à l'électeur de Saxe, Luther a commis deux grandes fautes : il a touché au. ventre des moines et à la couronne du pape. » Il ne les aurait pas commises, lui, ces fautes. Pourquoi ? Gela est significatif.
? Introduction à l'étude de la médecine expérimentale, p. 162.
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germe vivant il y a une idée directrice qui se développe et se manifeste par l’organisation !. »
Si la vie psychiqueet mème physique échappe, en fin dernière, aux prises de la science, comment n’en serait-il pas de même là où il s’agit de l’origine et de l’essence de la vie morale? Or, l’idée directrices de cette dernière se trouve Justement dans ces impératifs inconditionnels, dans ces idéaux absolus quila dominent et qui sont le terme et le commencement, la cause première & la cause finale de tout ce qui se fait de grand, de bien et de beau sur la terre. ?
Les anciens croyaient les cieux une voûte d’airain derrière laquelle s’étendait, dans une éternelle lumière, le séjour des bienheureux. Les étoiles était des ouvertures pratiquées dans cette voûte, au travers desquelles brillaient dans là nuit terrestre quelques reflets des clartés divines. Nous nous représenterions volontiers, par cette image, le fait de la conscience tel que nous venons de l'analyser. Il est, au travers des phénomènes humains, le reflet d’une clarté supérieure, la lumière d’un monde qui n’est pas le nôtre, mais auquel nous appartenons de droit.
En effet, si ce « tu dois » inconditionnel se présente
4 Vinet dit excellemment : « Daus le monde moral, la force de Dieu, chose insaisissablé, Se compose de nos forces, de même que l’œuvre de sa Providence est bien souvent la somme de nos œuvres. Si vous décomposez en éléments visibles la puissauce que le christianisme déploie, vous ne trouverez, en fin d’analyse, que des forces humaines. ‘fout ce que Dieu opère dans cet ordre, il l'opère pur nous.
Mais c’est Lui qui évoque notre volonté; c’est Lui qui pénètre et qui coordonne les éléments que lui offre la nature. » (omilélique, p.595).
? Ceux qui ont sondé les âmes des vrais artistes, qui ont connu de
près la vie des Michel-Ange ou des Beethoven, ne seront pas surpris - d’y rencontrer des idéaux semblables, dans leur ordre, à ceux de la moralité ou de la religion. ke