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jectif qui, soumis aux fluctuations de la fidélité morale, se troubleets’obscurcit.Les défaillancesintérieures de l'être religieux sont plus graves et plus fréquentes que tous les assauts du dehors.
Quand les certitndes se voilent, quand les expériences cessent, quand le sentiment de la présence de Dieu est enlevé, c’est alors que le doute rôde autour de l'âme. C’est alors qu’il lui tend les pièges les plus perfides et que la puissance redoutable de la négation commence à faire son œuvre. Ce sont là les heures sombres de la vie religieuse Peut-être ne sont-elles pourtant ni moins saintes, ni moins spécifiquement religieuses que les autres, car la religion, réduite à n’être plus qu’elle-même, ne tarde pas à révéler sa vraie nature. Il sefait entendre alors, dans les dernières profondeurs de l'être, une voix subtile et douce, mais revêtue d’une pleine autorité, qui commande de croire et de croire malgré tout. Ce commandement ne s'appuie sur aucune raison appréelable à l'intelligence ; avec le doute qui est venu, tous les motifs raisonnables de la foi s’en sont allés. Il retentit dans le vide d’une âme qui a tout perdu, et néanmoins il prétend être obéi et réduire toute opposition.
L'impératif d'ailleurs, qui fait le noyau central de la religion, n’est pas propre seulement aux heures du doute et du découragement. Il retentit aux moments des plus grandes ferveurs et des plus intenses jouissances religieuses. C'est lui qui dicte les sacrifices, les abnégations dontla vie du croyant abonde dans la mesure où il réalise davantage l’essence de sa foi. Il augmente de fréquence etde force avec les progrès de la piété. Car la piété vivante ne repose uniquement, ni sur les expériences qui lui sont accordées, ni sur les données traditionnelles. Ce qu’elle espère et ce
qu'elle redoute de la divinité n’épuise pas davantage la plénitude de sa nature. Un élément incommensurable la pénètre, dent elle n’a pas toujours conscience et qui, en fin d'analyse, n’estautre chose qu’une obligation. !
Cette obligation, sourde et latente au cours des existences religieuses ordinaires, se produit chez quelques hommes au premier plan et manifeste chez eux la portée qui lui est propre.
Ces hemmes sont les fondateurs ou les réformateurs de religions. Dans le développement créateur de leur carrière apparait au grand jour le germe qui féconde en secret la vie de la multitude des fidèles. — Une nécessité intérieure les presse, à laquelle ils ne sont pas libres de se soustraire. Elle les pousse, au travers d’obtacles et de difficultés sans nombre, à braver l'autorité des mœurs, des traditions et des coutumes, pour proclamer hautement ce qu'ils croient être la vérité.
La dépendance de l'individu à l’égard de la collectivité s’efface au point de disparaitre entièrement et de permettre à un homme seul de se placer en face de tout un peuple dans l’inébranlable certitude de sa conviction. Le « je ne puis autrement » de Luther ? à Worms, si même il
1 Nous parlions tout à l'heure de la prière comme exprimant l’égoïsme spirituel du croyant; nous ne prétendions pas toutefois que cette définition en épuisät l’essence. S'il est des prières intéressées, il en est d'autres, plus rares mais d'autant plus vraies et plus réelles, qui sont de pure obéissance et de pure abnégation. Des prières d’un renoncement tel qu’il va jusqu’à souffrir l’abandon du Dieu que l'on implore. C'est là, nous semble-t-il, la haute portée des paroles de
Jésus-Christ au temple, Jean, XII, 27; à Gethsémané, Luc, XXII, 43-44 (Cp. Mare, XV, 34). Tous ceux qui savent ce que c'est que de suivre.leur Maître apprendront, tôt ou tard, à prononcer après lui des paroles semblables. (Rom., IX. 3).
? Voici les paroles qu'il doit avoir prononcées : « Ma conscience