‹ Étude sur la conscience morale et religieuseChapitre 12 sur 19 · AN UT · texte numérisé non relu

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pétuellement inquiets du lieu de leur destination, — Et cette attente n’est pas trompée.

Si les impératifs contingents des morales eudémonistes ou purement traditionnelles impliquent une conception utilitaire de l’existence terrestre, les-impératifs inconditionnels impliquent une conception plus haute de la vie et lui assignent une plus noble destinatiou, Les premiers parlent à l’homme comme un égal à son égal, ils s’attardent à se légitimer , ils tiennent à être raisonnables ; les seconds lui parlent comme un supérieur à son subordonné.

Dominant l'existence d'une telle hauteur qu’ils dédaionent de motiver leurs ordres, ils lui impriment un cachet singulier d’élévation et de grandeur; ils la frappent d’une empreinte glorieuse. La certitude qu'ils'revétent s'impose avec eux-même. Elle est une foi, et prend la marque d'une libre affirmation inté:ieure, d’un acquiescement actif et volontaire à ce qui doit être. Bien différente de la compréhension scientifique ou de la créance tradilionnelle, elle est un acte cons :mment renouvelé , une expérience intime de la volonté, un croire moral.

Remarque. Dire que nous ayons réussi à démontrer d’une manière irréfutable ce que nous désirons établir, dire que nous ayons le droit d’accuser d'idiotisme quiconque ne se rendrait pas à nos raisons, serait aller plus loin que nos preuves ne nous permettent d'aller, plus loin quenous ne voudrions nous-même, et détruire ce que

‘ nous avons eu tant de peine à édifier. La conscience est

un élément incommensurable dans la vie de l’homme, elle

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n’a pas de dimensions fixes. Elle ne se démontre pas à l'intelligence avec une évidence nécessaire, cela n’est pas dans son rôle, et ce serait mal comprendre l'essence du devoir que de vouloir prouver ce quioblige. La conscience est indémontrable à toute volonté rebelle, on ne saurait forcer la conviction sans contredire à sa nature. — Nos adversaires seront toujours libres de reprendre ce que nous avons laissé debout, d'analyser encore ce qui nous à paru irréductible à toute aualyse ultérieure. Ils pourront réduire à des quantités relatives ce que nous tenons pour quantités absolues, " mais non pas, croyons-nous, sans leur faire tort, non pas sans outrepasser les droits de la science et appliquer une méthode légitime en d’autres domaines à des objets qui n'en ressortissent plus: Leurs efforts désormais cesseront d'être scientifiques pour devenir immoraux.

Pour nous, il nous suffit de les avoir suivis aussi loin qu’il nous a été possible sans forfaire à l’objet de notre étude et d’avoir montré jusqu'où s'étendent à bon droit les prétentions de l’évolutionnisme contemporain, en même temps que la limite où elles cessent de se faire valoir.

11IS y réussiraient même que leurs résultats ne pourraient prétendre à autre chose qu'à une certitude hypothétique. En effet, qu'un seul homme, une seule fois, se soit courbé sous un impératif absolu, moral ou religieux, qu'il ait obéi une seule fois sans motif de plaisir ou d'intérêt, uniquement parce qu'il le devait : le cas, s’il n’est pas prouvé, est du moins possible. Or la science n’a pas les moyens de nous en Se contester la possibilité. L'empirisme ne saurait nier à priori la possi- 4 bilité d'aucun fait sans franchir les bornes qu’il se pose à lui-même, et à posteriori, la négation n’est qu'une fin de non-recevoir gratuite, car SE on n'aura jamais achevé d'observer tous les phénomènes.

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