‹ Étude sur la conscience morale et religieuseChapitre 14 sur 19 · ROSE · texte numérisé non relu

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d'expliquer le problème inquiétant, et pourtant si naturel, qu'offre l’absoluité de ses commandements et l’infinie

. variabilité de leur contenu. Le seul élément fixe de la

conscience est son autorité : la connaissance du bien et du mal n’y est point originairement renfermée; elle est un produit dérivé. Le bien et le mal, qu’apprécie la loi morale, ne sont autre chose que l'interprétation réfléchie de ce qui doit ou ne déit pas être. Or ce qui doit ou ne doit pas être découle évidemment de la vraie nature et de la vraie destination humaine. GCelte nature et cette destination ne sont pas arbitraires, mais procèdent de la structure organique du tout, dont l’homme est une partie, et de la position spéciale qu’il occupe dans ce tout. Ge qui doit être est arrêté par là même et ne saurait plus dépendre des fantaisies de la liberté. Le bien et le malen soi Sont immuables et permanents, mais leur notion varie suivant que l’homme a une connaissance plus ou moins exacte de sa nature véritable. [l n’y a qu’un bien; mais le bien restera toujours, pour chaque individu, d'agir selon ce qu'il croit être conforme à sa nature. Ainsi les morales se succèdent dans l’histoire de l'humanité sans faire tort à la morale. Leur idéal, bien plutôt, est de la rejoindre un jour, et le moyen d'opérer cette jonction est bien certainement une science plus approfondie de l'organisme universel et de ses lois. A ce titre, les systèmes contemporains des morales évolutionnistes auront eu leur grande par d'utilité!

1 La conscientia consequens est tout aussi complexe en ses fonctions que la conscientia anteccdens de laquelle seule nous avions à nous occuper. Le sentiment de la responsabilité, par exemple, n’est pas un phénomène simple comme on s'imagine souvent, il implique un travail de réflexion considérable, On ne pense que par des causes

Ce que nous venons de dire néanmoins n’épuise pas l’idée du bien ni celledudevoir. Le point où nous sommes arrivé ne nous permettrait guère de comprendre la conduite des hommes que nous avons proposés, dans notre partie analytique, comme des exemples de l’obéissance aux impératifs absolus, et qui, en vertu même de ces impératifs, ont dûrompreles liens de la solidarité humaine et briser les cadres de l’ordre établi pour marcher seuls sur des voies nouvelles. Une morale qui s’en tiendrait aux lignes que nous venons de tracer ressemblerait à unütilitarisme hybride dont les calculs d'intérêt, fondés sur des nécessités ontologiques, auraient été placés après coup sous la sauvegarde de l’obligation.

Cette morale suffirait peut-être à tous les besoins terrestres de l'humanité, mais elle ne répondrait pas à la destination supérieure dont nous avons vu qu’elle est impliquée dans les commandements absolus de l’obligation de conscience. Nous ne saurions done, sans nous entendre auparavant sur le sens du mot nature, donner avec M. Ch. Secrétan !, pour teneur de l'impératif rationnel : « agis conformément à ta nature, » et comme cette nature est d’être partie libre d’un tout : « cherche ton bien dans le bien du tout auquel tu appartiens. » — Car il serait poset des effets. L'acte moral, placé dans la pensée comme bon ou mauvais, est conçu par elle comme un effet dont elle cherche la cause. La cause ici, car l’acte est libre, n’est plus hors du sujet, mais en lui. La cause est le moi. Je suis l’auteur de tel ou tel acte, voilà l’imputation. Et limputation, pour devenir responsabilité, doit être suivie d’une élaboration comparative entre l’acte. imputé et sa norme obligatoire, Il en résulte un jugement d'identité ou de divergence entre la volonté et sa loi. La raison formule ce jugement, et s’il est absolu en force et en tre Le La S ee di est entière, et que, de l’autre,

1 Principe de la morale, p. 125176.

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sible que l'impératif rationnel créât du même coup la nature conformément à laquelle il commande d'agir, et que la même différence que l’école critique relève actuellement entre les sens et la raison au point de vue de la théorie de la connaissance, se retrouve ici au point de vue moral entre la nature sensible et la nature rationnelle de l’homme.

Effectivement, l’absolu qui, sous la forme du vrai, . du beau et du bien, m'accable et me relève tour à tour, et dont le lieu d'entrée est dans laperception primordiale de conscience, cet absolu n’est pas tout en dehors de moi, mais en moi-même aussi. Si je suis capable de me soustraire aux causalités nécessaires qui étreignent ma vie de toute part et de me soumettre à une causalité supérieure, quine menécessite plus, mais qui m’oblige sous le mode de l’absolu, c’est donc quej’échappe au phénomène, c’est que mon être physico-psychique n’est pas tout mon être, c’est que je suis de nature spirituelle. L'obligation qui se présente à moi n’est pas autre chose en définitive que ma propre nature, puisque ma volonté peut l’affirmer librement. Si l'absolu objectif crée à son image l’absolu subjectif, si la personnalité morale est cette création, et si cette création elle-même s'impose comme un devoir, nous comprendrons la signification profonde de ces deux termes qui semblent se contredire : l’obéissance à notre vraie nature. |

Arrêtons-nous un instant ;le sujet en vaut la peine. Il s’agit de définir la nature spirituelle de l’homme et son appartenance au monde suprasensible.

Empiriquement, que suis-je? Je travaille pour me nourrir, je me nourris pour travailler, le tout en vue de satisfaire au désir que j'ai de persévérer dans l’être. Je

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