‹ Étude sur la conscience morale et religieuseChapitre 5 sur 19 · LUC · texte numérisé non relu

LUC

3 Principe de la morale, p. 169.

prier le travail fait par Kant et de suivre les voies qu'il a ouvertes. Sa philosophie morale se trouve mélée à des intérêts de métaphysique qui n’ont pas contribué à en affermir l'autorité. Il importait trop au penseur de Kœænigsberg de poser sur ce terrain des bases de certitude. qu’il avait ruinées ailleurs, pour qu’il ne füt point amené à les exagérer.

Joubert, en parlant de lui, dit quelque part! : « Kant paraît s'être fait à lui-même un langage pénible, et, comme il a été pénible à construire, il est pénible à entendre. De là vient sans doute qu'il a pris souvent son opération pour sa matière. Il a cru se construire des idées en ne se construisant que des mots. Ses phrases et ses appréhen-. sions ont quelque chose de tellement opaque qu’il ne lui était guère possible de ne pas croire qu’il s’y trouvait quelque solidité... Il est doué de la faculté de se représenter longtemps ses propres abstractions et de leur donner à ses yeux de la consistance et une durée presqu’absolue. » de

Quoique l’œuvre de Kant soit indestructible et qu’elle ait produit dans le monde de la pensée une révolution telle que toutes nos philosophies en portent la marque, nous ne sommes pas loin de donner une adhésion partielle au jugement du moraliste français sur son collègue d'Outre-Rhin. Une impression toute semblable nous a saisi à la lecture de ses ouvrages, en sorte que nous nous demandions constamment où commençait la réalité, où finissait l’abstraction. Ajoutons à cela des différences assez marquées dans la conception de notre objet pour nous interdire de nous réclamer de l'autorité du maitre.

Œuvres complètes. Tome I. Pensées, p. 359-360.

Le procédé que nous allons suivre en cette recherche est analogue à celui qu’employa, pour la découverte de Neptune, l’astronome Leverrier. Ayant constaté dans le cours des planètes des perturbations dont la cause échappait aux règles de la mécanique céleste, il en conclut à un centre d’attraction encore inconnu qui ne pouvait être qu’une planète nouvelle. On ne tarda pas à la

découvrir en effet.

Notre œil à nous se portera sur les phénomènes de la vie sociale. Nous examinerons s’il ne se trouverait pas en eux quelque perturbation secrète dont les causalités purement terrestres seraient impuissantes à rendre compte, et s’il ne faudrait pas, pour troubler ainsi le cours des destinées humaines, conclure semblablement à l'attraction lointaine d’un point immuable et fixe, celui peut-être autour duquel gravitent et roulent les sphères innombrables des môndes et des âmes.

RECHERCHES ANALYTIQUES SUR LES ÉLÉMENTS IRRÉDUC- TIBLES DE LA CONSCIENCE RELIGIEUSE ET MORALE

Pour se rendre compte du domaine étendu auquel commande la conscience dans la vie humaine, il suffit d’énumérer les diverses acceptions que donne à ce mot lelangage usüel. La conscience peut être entendue comme potentia : la loi est écrite dans la conscience; comme actus : 1l s’en fait un cas de conscience. Le langage ordinaire parle de conscience là où la scolastique parlait de syndérèse, c’est-à-dire là où il s’agit de la connaissance d’une norme : examiner un acte à la lumière de sa conscience; là où il s’agit d'un jugement moral : la conscience déeide; d’une application morale : sa conscience contredit à sa conduite ; d’un état d'âme : une bonne, une mauvaise conscience. Ajoutons encore les différents emplois du mot appliqué, soit aux différentes sphères de la vie de l’esprit : la conscience théologique, chrétienne, morale, esthétique, philosophique, scientifique; soit à des sujets différents : la conscience individuelle, la conscience de l'Eglise, la conscience publique, etc.

Ce qui nous importe pourtant, c’est moins la multiplicité des acceptions auxquelles peut se prêter le terme, que la recherche du phénomène permanent qui se cache derrière cette multiplicité.

Comme il nous est impossible toutefois de soumettre à notre analyse la somme totale des activités humaines sus-

ceptibles de revêtir un caractère d'obligation, nous choisirons parmi celles qui, d’un côté, étant universellement répandues, sont inhérentes à l’être même de l’homme, et qui, de l’autre, nous sembleront devoir fournir un résultat prompt et facile. Nous voulons parler des activités légalomorales et religieuses.

La vie-Horte une empreinte légalo-morale dans tous les cas où les relations sociales sont réglées par un ordre constant, soustrait aux atteintes de l'arbitraire individuel. Ces relations sont dites plus spécialement légales quand elles font partie des activités extérieures, qu’elles tombent sous le coup de la pénalité et qu’elles peuvent être imposées ou maintenues par l’autorité de l'Etat ; elles sont dites plus spécialement morales quand elles ressortissent aux jugements du sujet sous la forme de ses intentions et dispositions, sans se soustraire du reste aux appréciations publiques. La ligne qui les sépare est infiniment variable et mobile, leurs rapports réciproques sont infiniment complexes : suivant les époques et les législations, des activités identiques sont rangées alternativement dans l’une ou dans l’autre catégorie. Il est impossible de leur - assigner une limite certaine. C’est pourquoi nous avons préféré les réunir sous une dénomination commune.

Ges activités sont universelles; nous ne croyons pas qu'un peuple historique ait existé auquel elles fussent demeurées inconnues. Ii est possible que l’ordre légalomoral qui constituait les tribus primitives soit demeuré rudimentaire, mais partout, à notre connaissance, se retrouvent les idées de famille et de propriété. Il est peu probable qu'il y ait eu jamais une seule horde, ou même un seul homme qui n’ait possédé quoi que ce soit et n’ait tenu à défendre ce qu’il regardait comme son bien, quand

ce bien se serait réduit à la hache de silex ou au bäton noueux servant de massue. D'autre part, s'il est certain que les mots de famille et de mariage n’ont pas eu tou- Jours et partout le sens respectable que nous leur attribuons, il ne l’est pas moins qu’ils ont eu un sens quelconque servant à exprimer les rapports, peut-être fort différents des nôtres, mais les rapports pourtant qui existaient entreles maris et les femmes, les parents et les enfantst.

Les mêmes raisons nous portent à statuer l’universalité de lareligion ?. Il ne s’agit que de donner des activités religieuses une définition assez large ‘et assez compréhen-

sive pour les renfermer toutes. Nous adoptons celle de’

M. Class, professeur de philosophie à Erlangen (dans un cours inédit sur la philosophie de la religion) : © T1 y à religion partout où il y a croyance à un ou plusieurs êtres surnaturels, et où cette croyance vit dans les hommes de

telle manière qu’ils se reconnaissent envers ces êtres des’

Er obligations qu'ils expriment par Hunis quels actes.

41 Pechel, Voelkerkunde, 5° édit., p. 227-240. — Et si l’on nous

objeéte que les informations prises jusqu'ici ne sont encore ni défini-

tives ni complètes, nous répondrons avec Lotze : « II y à toujours

eu de bons et de mauvais mouvements dans le cœur de l’homme, et’

toujours aussi une critique de la conscience, suffisante pour éloigner en gros de la vie humaine l’irraisonnabilité absolue des appétits purement animaux, et pour tracer au travers des passions sensuelles quelques lignes idéales des droits et des devoirs. » (Microcosme,?° édition,” tome IT, p. 337).

2 Les résultats des recherches scientifiques confirment notre dire : « L’affirmation qu'il yait des peuples ou des races sans religion repose sur. des observations inexactes ou sur des notions incorrectes. On n’a

encore découvert aucun peuple, ni aucune race, qui ne croient pas à un

être supérieur. Les voyageurs qui l'avaient affirmé ont, été contredits plus tard par les faits. » (Tiele, Kompendium der Religion’ s Philosophie. Traduit du hollandais en allemand par Weber, p. 7).

Le CE

Cette définition, toute inductive et formelle, ne préjuge aucunement le problème des origines. Elle embrasse et contientles formes les plus diverses de la religion, depuis le fétichisme grossier des peuples sibériens jusqu’au monothéisme chrétien; elle fait droit de plus aux deux éléments d'inquiétude métaphysique et d'obligation pratique qni nous paraissent constituer la religion.

D'inquiétude métaphysique, car l'existence humaine tout entière, celle de l’espèce et celle de l'individu, est ignorante de sa fin et de son commencement: comme une ile au sein de l’océan, elle flotte dans l’infini. Cet infini qui l'entoure de toutes parts et dont il ne sait rien, est l’objet de la première question de l’homme. Les religions sont chargées d’y répondre. Elles font de l'infini un être personnel dont l’œil regarde le monde.

D’obligation pratique, car aucune religion n’a jamais existé sans un culte quelconque. Les convictions religieuses commandent toutes à la vie; les dieux auxquels on à cru ont tous et toujours été les représentants d’un ordre de l’univers. Ce dernier caractère, commun aux religions et aux morales, nous importe avant tout. Il nous livrera la matière propre de notre étude. Ce qui constitue en effet le trait distinctif des activités religieuses et légalo-morales, malgré la différence de leur contenu et peut-être de leur origine, c’est qu’elles laissent toutes deux derrière elles, au cours de l’histoire, une trace puissante, et que, passant au travers des générations, elles leur donnent et en reçoivent une marque indélébile. Un élément les unit (ces activités) qui se transforme sans cesse et reste néanmoins toujours identique à lui-même; un élément qui semble en dériver et qui pourtant les domine, les dirige, les modifie; il en est, pour ainsi dire, le produit

générateur et les accrédite au sein des masses, aussi bien que dans l'âme de chacun. C’est une sorte de schèma autoritatif dans lequel doivent rentrer, sous peine d’être réprouvées par l'opinion publique, les actions individuelles; c'est un filet invisible, dont les mailles nous enserrent de toute part et qu'on nomme : la conscience religieuse et morale d'un peuple, d'un siècle, d'une civilisation.

La conscience morale collective, dont nous venons d'esquisser la nature, se compose d’une somme d’exigences et d'obligations particulières, réunies en un tout qui prend corps et vie dans les âmes et plane sur elles sous forme d'idéal normatif de ce qui doit être. Parfois elle reste inconsciente et voilée sans pour cela cesser d’être, car il y a une habitude morale et une habitude psychologique qui rendent son intervention superflue pour l’accomplissement d’une foule de nos actes. L’éducation permet à l’homme d’agir moralement sans effort appréciable et dans une multitude de cas. L’obéissance devenue coutume s'endort dans sa propre réalisation et dissimule son véritable caractère.

Mais, dès qu’on remet ces exigences en question, dès qu’on touche d’une main profane à ces habitudes et à ces coutumes, elles se relèvent soudain et manifestent une inviolable dignité.

Il en est exactement de même de la conscience religieuse au sens général où nous l’entendons. Elle est au travers de ses modifications successives l'expression la plus certaine de la vie effective d’une religion dans l’âme de ses sectateurs. Elle se compose, comme la conscience morale, d’une somme d’exigences particulières, pratiques ourituelles, réunies en un idéal organique qui commande à la Vie toute entière.

L'autorité de cet idéal, ainsi que son contenu représentatif de la divinité, lui vient en majeure partie de la tradition. Légué par les pères aux enfants, il demeure quiescent dans les circonstances ordinaires de l’existence; il ne se réveille qu’au contact de la contradiction ou de l'irréligiosité. Il suscite alors le même sentiment que suscitait la conscience morale blessée, et fait condamner avec la même énergie un acte impie qu’un acte immoral. Une flétrissure semblable s'attache au coupable, car la for apparait sacrée autant et plus que le devoir.

Nous fondant sur ce qui précède, nous avons donc le droit, sans porter atteinte à leurs différences respectives, de rassembler les activités religieuses et morales sous un point de vue unique qui sera celui de leur caractère obligatoire, c’est-à-dire du commandement et de l’obéissance qu’elles imposent et réclament tour à tour.

Toute conscience religieuse ou morale, issue d’une première obéissance, commande aussitôt et prétend être obéie. Obéir et commander, ces deux termes constituent son essence même, sa nature dernière, et le moment où elle se soumet le plus humblement, comme celui où elle se présente avec la plus fière autorité, est celui de sa pleine révélation et de sa dignité suprême. |

Voici enfin devant nous l’objet de notre étude : la conscience, foyer vivant, où viennent se réunir, pour se répandre de nouveau sur le monde, toutes les puissances d'actions collectives et individuelles.

Il nous reste maintenant à en rechercher la valeur, à calculer le degré de créance qu’elle mérite, à examiner son origine et à voir si peut-être elle n’est elle-même encore qu'un composé, une sorte d’alliage fait de métaux différents dont l’un seul serait cet or pur et vierge que les

te

orfèvres cotent à un si haut prix. Reprenons-la donc, plaçons-la dans le creuset de l'analyse et voyons, après cette épreuve, ce qui subsistera.

Commençons par jeter un coup d'œil rapide sur la vie qui s'écoule entre les deux termes générateurs (obéissance et commandement) de la conscience. Quelle est sa direction générale ? D'où viennent ses énergies et à quoi s’efforcent-elles ? — Il n’est pas besoin d’un long examen pour s’assurer que le spirilus rector de la plupart de nos actions est l’égoisme !. Qu'on nous entende. Ce terme n'est pas revêtu 60 1pso d'une signification moralement mauvaise. Nous qualifions d’évoistes des actes répondant à des besoins individuels et momentanés, besoins auxquels l’homme, étant un être à la fois sensible et limité, doit nécessairement satisfaire s’il veut persévérer dans l'être. Cet égoisme légitime, puisqu'il est nécessaire au maintien de la vie, est la vérité incontestable de la loi darwinienne de la lutte pour l’existence et le fondement de tout utilitarisme.

- Les Lesoïns égoiïstes sont de diverses sortes : extérieurs, ils font naïître l’industrie, le commerce, les métiers divers par lesquels nous cherchons à satisfaire la soif inextinguible de plus et de mieux-être qui nous tourmente ; intérieurs, ils enfantent les sciences, les arts qui répondent à des aspirations semblables, mais dans un autre domaine. Combinés ensemble, appuyés l’un sur l’autre, s’appelant l’un l’autre, ils forment le grand mouvement de la civilisation qui entraine le monde. Nous nous arrêtons ici. Ce que nous venons de dire suffit sans doute pour

1 Le vrai mot serait égotisme. Nous préférons toutefois ne pas lemployer, pour mieux marquer la distinction qui demeure entre les activités intéressées et les activités désintéressées.

faire voir la légitimité relative et surtout l’universalité de l'égoïsme comme principe de nos activités.

Ajoutons cependant qu’il y a dans la recherche de la satisfaction des besoins (égoiïstes) une distinction à faire, suivant que cette satisfaction est directe ou indirecte. Elle est indirecte et d’ordre inférieur dans le travail mercenaire accompli comme une tâche en vue d’un gain : c'est le manœuvre (pour les choses de l'esprit ou pour celles de la matière) gagnant sa vie au moyen d’un travail qui lui est imposé ; elle est directe et d'ordre supérieur quand l’ouvrier trouve sa jouissance dans son activité même : c’est l'artiste (ou l’artisan) concevant et réalisant son œuvre. Mais dans les deux cas, quoiqu'à des degrés divers de noblesse et d’élévation, un principe utilitaire se trouve être le mobile d’action.

Or ce principe, — et c’est par là que nous revenons à notre sujet, — se retrouve évidemment au sein des activités morales et religieuses. IT est facile de l’y reconnaitre. Prenons, par exemple, parmi ces dernières, le phénomène qui est sans doute le plus intime aux religions : la prière. Elle ne manque dans aucune d'elles, et est propre par cela mêrne à nous renseigner sur la vraie nature des relations qui unissent les croyants à leur culte. Or quelles sont les plus ferventes, les plus fréquentes, les plus naturelles et les plus sincères des prières? Evidemment les requêtes ou prières de supplication ; celles ou l’on demande, pour soi ou pour les siens, des biens temporels ou spirituels. La santé du corps et de l’âme est le sujet le plus ordinaire, le plus instinctif de nos suppliques. Ce sont donc, pour une part qu’il nous est impossible d'évaluer maintenant, des relations d'intérêt qui nous lient à nos religions. Souvent même ces relations déterminent le

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choix et la direction de nos croyances. Car de quoi vit notre foi, si ce n’est du secours effectif du Dieu qu’on implore ? Ce secours tarde-t-il à venir, ou son efficacité estelle mise en doute, c’est une atteinte grave portée à la conviction religieuse et, le cas échéant, comme une secrète préparation à un changement de foi. Des exemples nombreux, pris dans l’antiquité grecque ou latine, particulèrement à l’époque de la décadence, pourraient servir de preuve à ce que nous avançons. Les tentations et . les rechutes idolâtres du peuple d'Israël n’ont peut-être pas d’autres causes. Nous nous contenterons ici d’un témoignage caractéristique fourni par Bède le Vénérable, dans son Histoire des Angles et des Saxons!.

C’est au moment de la conquête du monde occidental par le christianisme. Le roi des Angles à réuni son conseil pour décider de l’adoption ou du rejet de la religion chrétienne. Voici comment s’exprime le prêtre Coïfi: «Considère toi-même, Ô roi, ce qui nous est maintenant annoncé. Pour moi je te dirai fidèlement ce que je sais. La foi à laquelle nous avons obéi jusqu’à présent n’a aucune puissance, ni aucune valeur, car personne, parmi ceux qui t’appartiennent, ne s’est attaché avec plus de zèle que moi au service des dieux et pourtant il y en a beaucoup qui ont reçu de ta part de plus grands honneurs et de plus riches dons que moi, et qui réussissent mieux dans leurs entreprises. Si les dieux avaient quelque pouvoir, c’est moi qu’ils auraient dû favoriser, moi qui me suis constamment efforcé de les servir. Tu dois donc examiner la

1 Nous avons trouvé ce fragment dans les Bilder aus der deutschen Vergangenheit de G. Freitag ; l’auteur tient ce récit pour vrai sans se dissimuler d'ailleurs ce que la légende peut y avoir ajouté. Tom I, pages 264-265.

pe

nouvelle croyance,qui nous est annoncée, et, si tu reconnais qu’elle est meilleure, nous nous y rangerons sans délai. » — «Quand je compare, dit un autre, la vie des hommes sur la terre à ce qui nous attend dans un avenir incertain, voici à peu près ce que je me représente : c'est l'hiver, tu es assis au festin avec tes preux et tes fidèles; sur le foyer la flamme scintille, la salle est chaude; dehors le vent, le froid, la pluie et la neige font fureur. Un moineau passe et vole rapidement au travers de la salle, il entre par une ouverture et disparait aussitôt par une autre. Durant son court passage il se trouve à l’abri des intempéries, mais en un instant il a parcouru lespace où il se trouvait à l’aise, il rentre bientôt dans la nuit d’où il est sorti et disparait à tes yeux. De même la vie humaine parait supportable ici-bas, mais nous ne savons ce qui la précède, ni ce qui la suit. Si donc cette nouvelle doctrine t'en donne une connaissance sûre, je crois qu'il faut l’accepter à bon droit. »

Cette image poétique, ainsi que le discours du prêtre Coïfi, expriment bien ce que la plupart des hommes cherchent dans leurs religions. Ce sont là des types de sentiments qui ont dù s’éveiller bien souvent dans les cœurs au temps de la conversion des Germains !. Au. fond une même conception dirige ces deux hommes : celle que la religion doit satisfaire à des besoins égoistes, d’une

manière grossièrement indirecte chez le premier, pour

qui la divinité n’est qu’un moyen d'obtenir des avantages matériels et terrestres ; d’une manière plus noble et plus directe chez le second, évidemment doué d’un tempérament religieux.

‘ On pourrait citer ici la conversion de Clovis, pour le moins aussi caractéristique.

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