HISTORIQUE
Aetius (1) s’exprimait ainsi sur les hernies: « FTernia intestinorum est intestini oliquando ad inguem, aliquando ad scrotum delapsus, qui multarum molestiarum author est. Nam et deformitate et miseram vitam et mortis periculum inducit, quando intestina duris recrementis distenta ad scrotum dilata condensantur, inde tormina valvulosa et sæpe inflammationes succedunt et quibus pernicies consequitur. »
Ce que pensait Aétius, d’autres l’avaient pensé et dit avant lui; aussi, depuis que Ton connaît les hernies a-t-on cherché à les guérir ; maisavantde soumettre un malade à une opération, ne faut-il pas se demander si elle remplit les conditions que Gerdy (2) lui-même a, justement à ce propos, si bien indiquées : « On peut recourir à une opération chirurgicale pourvu qu’elle soit plus sûre, plus efficace que tout autre remède et qu’elle ne soit pas la source de plus de souffrances et de plus de dangers que la maladie à laquelle on l’oppose. »
On peut diviser l’histoire de la cure radicale des hernies en quatre périodes :
La première commence à Celse qui donne les idées de l’école d’Alexandrie et les plus anciens procédés pour la cure radicale. Mais cette opération doit être plus ancienne encore; ainsi on trouve dans les fragments des
(1) Aetius. (ïetr. 4, serin. 2, ch. 23.) Edit, de 1553.
(2) Archives géu. deroed. et do chir. 1855, T. 1.
œuvres d’Oribase (Edit, de Daremberg et de Bussemacker) la description de la méthode opératoire employée par Héliodore, à une époque où la kélotomie était en-
Icore inconnue. Cette période s’étend jusqu’à A. Paré, qui s’élève contre les opérations barbares employées de son temps. A la suite d’une observation de guérison par le port d’un brayer, il nous dit : (1) « Ces choses nous monstrent qu’il ne se faut haslerd’oster les coüillons aux pauvres garçons. Chose admirable que nature guarisse des maladies estimées incurables, si elle est tant soit peu aydée. Le principal ayde consiste à empescher l’intestin de descendre pendant qu’elle opère. »
La seconde est une période de réaction contre tout traitement chirurgaeal pendant laquelle l’intervention est entre les mains des charlatans. Fabrice de Hilden (2) écrit à ce sujet : « Celui qui entreprend de guérir par incision une personne cacochyme ou débile ou âg’ée, veut passer pour homicide. » Bien plus tard les essais malheureux de J.-L. Petit le détournèrent de toute opération ; les cautérisations dont La Condamine fut victime occasionnèrent un rapport à l’Académie de chirurgûe, dans lequel on jeta le blâme à quiconque ferait revivre les anciens procédés.
La troisième période peut justement s’appeler la période de l’invagination. Gerdy est le créateur de la méthode modifiée par Wützer et Rothmund, pour ne citer que les noms les plus célèbres. Ces tentatives ne sont pas isolées, et c’est à cette, époque que Velpeau, Jobert,
(1) OEuvres d’A. Paré. Par jî,1840. t. I, p. 407.
(2) Lib. 1, obs. 84.
Ricord, etc., mettent en pratique les injections dans la cavité du sac.
Malgré les résultats séduisants que semblent offrir ces méthodes, elles tombent complètement en désuétude, et aujourd’hui, en France, toute intervention est condamnée par les livres classiques. Nous ne citerons que ce qui en est dit dans le traité de Follin et Duplay (1) : « Malgré les tentatives récentes et souvent répétées pour remettre en honneur l’opération de la hernie, malgré l’enthousiasme que professait pour elle Desault et que partageait l’illustre Bichat, cette opération nes^estpas relevée du blâme sévère que lui infligèrent Scarpa et Percival Pott,qui la considéraient comme une pratique peu honnête destinée à exploiter la crédulité du public. » Et plus loin : « Aussi la plupart des chirurgiens français jugent-ils les risques qu’entraînent ces tentatives en disproportion avec les avantages que l’on en peut retirer, et sont-ils revenus à la sage abstention conseillée par Petit, par Richter et par Scharp. » Les auteurs du traité font cependant une exception pour la hernie ombilicale : « Toutefois, lorsque la hernie est volumineuse, difficile à réduire et surtout à contenir; qu’elle expose à de fréquentes douleurs abdominales ; qu’elle empêche le malade de se livrer à ses occupations; enfin, lorsque celui-ci désire avec ardeur une opération qui puisse le délivrer, bien que les dangers de cette opération lui aient été exposés, je pense que, dans ces circonstances exceptionnelles, la cure radicale peut être tentée. »
(1 ) Tome VI, p, 37, 162, 251, 1880.
Malgré ce jugement qui représente bien les opinions généralement adoptées, de nouvelles tentatives étaient faites à l’étranger, surtout dans ces dernières années. En 1878, la section de chirurgie du Congrès international des sciences médicales chargeait M. le professeur Tilanus (d’Amsterdam) défaire un rapport sur le sujet. Ce rapport, lu au Congrès de 1879, contient 142 cas de cure radicale dans les années 1877, 1878, 1879, et aucun n’est emprunté à la littérature anglaise ou américaine. C’est l’étude de cette quatrième période qui fera le sujet principal de notre thèse. Elle est caractérisée par une plus guande audace dans les procédés, audace que justifie la sécurité qu’apporte aujourd’hui la pratique exacte de la chirurgie antiseptique.
Mais auparavant nous allons reprendre avec quelques brefs détails l’histoire des anciennes méthodes. Dans une première partie nous passerons en revue les méthodes de cure radicale sans opération ; la cure radicale obtenue par une intervention chirurgicale quelconque fera l’objet de la seconde partie.