‹ Étude sur la Déclaration judiciaire de Paternité naturelleChapitre 6 sur 77 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Historique

Les études historiques auxquelles on peut se livrer au sujet de la recherche de la paternité ont ceci d’intéressant, qu’elles permettent de mieux comprendre quel a été le caractère de relativité du principe de la paternité à l’origine des sociétés. En effet, le mode de constitution familiale a exercé une influence considérable sur

la question et il suffit, pour s’en convaincre, de lire le

très intéressant ouvrage de M. Elisée Julhiet sur l’évolution de la preuve de la Paternité (1).

Suivant que la société repose sur le principe du matriarchat ou sur celui du patriarcat, la paternité perd ou gagne de l'influence et de l'importance. Dans les agglomérations de la période totémique, aux époques où la virginité de la femme est tenue pour quantité négligeable et considérée parfois comme un indice de défaveur et de déchéance sociale, la recherche de la paternité ne peut exister, car elle ne présente aucune espèce d'intérêt. La vierge qui se livre à nombre d'hommes avant le mariage, soit pour se constituer une dot, soit pour prouver à l'époux qui la choisira qu’elle est désirable, ne saurait, en effet, avoir droit à aucune action, si ces expériences répétées aboutissent à la conception.

Et cela se comprend: Il ne saurait être question, dans ces conditions, d’un lien rattachant l'enfant à son père ; ce lien est ignoré en fait, à un double point de vue : d'une part, la pluralité des hommes qui ont cohabité avec la femme ne permet pas de savoir quel est celui qui a engendré ; d’autre part, la croyance, généralement

admise dans ces sociétés, c’est que la mère seule exerce une influence sur l'enfant pendant la période de gestation. L'homme n’a eu qu’un effet fécondant, mais c’est de la mère seule que dépendront et la nature, et le sexe et la condition de l'enfant. La meilleure preuve de l'exactitude de cette idée, c’est le droit archaïque romain

(1) Elisée Jucmier, l’Evolution de la preuve de la Paternité (Thèse Paris, Giard et Brière, 1907).

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