Pans., VI, -20, 5Ï
G. Il nous semble évident que le Sxi/jLWj Sosipolis honoré à Elis avec Ilithye, et celui dont on voyait la représentation peinte à. côté de Tyché dan? la même ville
d'ailleurs est mise d'une façon très claire au nombre des divinités génératrices par une formule qui la nomme précisément à côté des Eros : Tù/r, xat "Epwat -/eveOaîc; su^ai h Cela n'a rien d'extraordinaire, étant donnée la conception primitive de Tyché, dans laquelle domina surtout l'idée de force productive et génératrice, comme l'indique clairement l'image du phallus dans la représentation de l'Agathos Démon avec qui elle est si souvent représentée.
Peut-être aussi faut-il voir dans cette union d'Eros et de Tyché un autre côté de l'idée qu'on se faisait de la déesse. Eros, on le sait, est pour Hésiode une divinité primordiale et représente le principe primitif qui rapproche les uns des autres les éléments du monde, les coordonne et remplace le chaos par un tout organisé d'une façon régulière, belle et durable2. Plus tard, les poètes renoncèrent à celte conception primitive d'Eros, pour ne voir en lui que le dieu des passions amoureuses et le fils malicieux et charmant d'Aphrodite. L'idée première qu'on s'en était faite cependant ne disparut pas complètement; il est même certain que les orphiques, qui la reprirent et l'adoptèrent, la répandirent et lui donnèrent une vie nouvelle , puisqu'on voit Aristophane la parodier dans la parabase des Nuées. C'est là un fait important qui prouve qu'elle avait pénétré jusque dans le peuple auquel s'adressait le poète. 11 n'y a rien d'invraisemblable à supposer que, dans son union avec Eros, Tyché représente également une divinité cosmique. C'est une des
sont un seul et même personnage. Pausanias en effet raconte ainsi les circonstances qui firent adorer par les Eléens, clans le temple dTlithye, le démon Sosipolis. Avant le combat entre les Arcadiens et les habitants d'Elis, une femme se présente aux premiers, tenant son enfant à la mamelle, et leur dit qu'un songe l'avait avertie de venir offrir son fils pour le salut de la cité. C'est cet enfant qui devint Sosipolis. — Or, en parlant du Sosipolis honoré dans le temple de Tyché, le même auteur raconte que c'est d'après 101 songe que le dieu avait été représenté. On peut, sans invraisemblance, conjecturer que c'est la mère même de l'enfant miraculeux qui avait fait faire le portrait qui se trouvait auprès de Tyché, si l'on admet toutefois que Pausanias lui-même n'a pas mêlé ici doux traditions tout a fait différentes.
1. Photius, Bibl., II, p. 367 ; Panolka, Arch. Zeit., II, 251 .
2. Voir sur ce point Collignon, article Cvj>idi>, dans le Diction, des Antiç Saglio, et J. Girard. Sentim. relig. en Grèce, ch. IV, p. 269.
148 CHAPITRE Ml
idées les plus anciennes qui semblent s'être attachées à cette déesse '. On peut croire par exemple que c'est paire qu'il la concevait ainsi que Boupalos, dès le vu' siècle, lui donnait pour attribut le ïrâXoc, celle coiffure énigmatique que Ton considère souvent comme une image de la voûte célestes. Tyché serait alors une divinité analogue à Vénus Uranie, à celle qui était pour les orphiques le principe de l'attraction qui rapproche et lie les parties du monde. qu'« étreint le « vaste ciel, pénétrant de son âme divine l'éternel univers ;. » et qui est désignée d'une façon plus abstraite par l'expression de opiXîa toj Tiavco? 4. Comme symbole de domination universelle, la statue d'Aphrodite, œuvre de Canachos, que l'on voyait à Sicyone, portait aussi un xokoq 5 qui rappelle celui de la Tyché de Smyrne. Sicyone semble aussi, d'ailleurs, avoir été un des centres les plus anciens du culte de Tyché : cette déesse y avait unxoanon 6. — Ces déesses sont encore rapprochées l'une de l'autre à Argos, où elles avaient chacune un temple. Enfin, on leur donne quelquefois la même origine. Ainsi Pindare fait de Tyché la plus puissante des Parques 7, et, à Athènes, Aphrodite Ourania était également considérée comme l'aînée des Parques s. Quand on songe à l'extension considérable que prit rapidement en Grèce l'idée de Tyché comme déesse de l'ordre moral, celte assimilation avec Aphrodite Ourania. qui fait d'elle une divinité cosmique, n'a rien qui doive étonner. C'était pour ainsi dire une transition nécessaire entre l'idée un peu étroite qu'elle exprimait au début comme déesse de la vie végétale, et l'idée plus large qu'elle exprima par la suite comme divinité présidant aux lois qui règlent la destinée humaine.