Polybe, XVIII
temps avec la Fortima Uomana, ou, ce qui est la même chose, avec la Dea Ro?na. Après avoir parcouru tout l'univers, elle coupe ses ailes, suivant le mot de Plutarque, et fixe son séjour au Capitole *. Mais jusqu'à ce moment elle a joué dans les croyances des Hellènes et le développement de l'esprit grec un rôle qui est de la plus grande importance et dont nous voudrions, d'après l'étude qui précède, résumer l'ensemble.
Toute la philosophie grecque n'est pas renfermée dans les systèmes philosophiques proprement dits : la religion en contient aussi sa part, qui n'est pas la moins considérable. A l'origine, la pensée philosophique, dirigée dans un sens naturaliste, se confond avec le sentiment religieux. C'est dans le culte même qu'on la trouve, sous les symboles et les représentations plus ou moins grossières des dieux, sous les mythes et les légendes dont l'imagination populaire et les poètes l'enveloppent. Quand plus tard apparaissent les systèmes philosophiques, bien qu'ils soient tout d'abord uniquement occupés des mêmes problèmes que la religion, ils se distinguent d'elle par une abstraction scientifique qui va toujours en augmentant et qui les rend inaccessibles à la majorité des intelligences. Aussi le peuple n'y prend- il aucune part; ils se forment et se développent souvent à son insu, dans quelques centres isolés, dans des milieux restreints d'où leur influence est lente à se répandre au dehors. Mais, sans s'élever jusqu'aux hautes spéculations des sages, le vulgaire, dont il se séparaient, réfléchissait aussi et raisonnait de son côté. Il ne s'en tint pas longtemps aux idées élémentaires qui avaient fait le fond des croyances religieuses des premiers habitants de l'Ucllade; il trouva dans les chants de ses poètes un aliment fécond pour sa pensée: il lit de la philosophie à sa manière et se forma insensiblement une conception plus large du monde, de l'homme et de la divinité. Fidèle au culte traditionnel, auquel le rattachaient ses souvenirs les