‹ Étude sur la déesse grecque TychéChapitre 133 sur 185 · Voir Preller. Myth. rom., Traduct. Dietz, p. 18 sqq · texte numérisé non relu

Voir Preller. Myth. rom., Traduct. Dietz, p. 18 sqq

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sui' les monnaies. Sur une médaille d'Àmastria, on voit la déesse de la ville s'appuyant sur une haste qu'elle tient de la main droite, et le pied gauche posé sur une sorte de caverne où se trouve un petit génie '. Les Romains eux-mêmes distinguaient les Genii, les Fortunse et les Tutelœ '-'. — Ces Tychés grecques sont en outre complètement indépendantes les unes des autres; elles sont même parfois rivales et ennemies; les génies des villes romaines, au contraire ne sont en réalité qu'une forme du génie du peuple romain; ils sont dépendants de lui, ils lui sont subordonnés, comme les cités mêmes qu'ils protègent sont subordonnées à Home. La ville qui prétendait rester partout Tunique et seule maîtresse de l'univers ne pouvait guère concevoir de génies indépendants du sien; l'idée propre des Tûyat ttiaswv ne pouvait pas naître cbez elle. Le peuple qui étendait ses victoires jusqu'aux dieux des nations avec lesquelles il était en guerre, qui transportait dans sa capitale leurs divinités, qui voulait que ces nations eussent dans l'enceinte des sept collines leur centre religieux aussi bien que leur centre politique, pouvait-il donc favoriser, importer dans chaque cité vaincue le culte d'une divinité indépendante, c'est-à-dire rebelle? N'aurait-il pas cru compromettre, dans l'ordre religieux, le travail d'unification qu'il poursuivait avec tant de persévérance et de ténacité dans l'ordre administratif, politique et militaire? Les Romains ne pouvaient reconnaître qu'une Tr/r, zéAew;: la Tyché de Rome, ou pour mieux dire Rome ellemême, Rome devenue l'arbitre universel de toutes les destinées, non seulement des Etats mais même des individus: et en réalité, les Génies des villes romaines ressemblaient si peu aux Tychés d'Orient que ce furent précisément les villes grecques qui imaginèrent la Dea Roma, lorsqu'ils voulurent soumettre leurs Fortunes particulières à cette autre Fortune qu'elles reconnaissaient comme plus puissante que la leur.

1. Gerhard, Abhandl. Berlin. Akad., 1817, pi. 111, n° 11. ■J. Krkhel. Voct. Niimm., VIII, p. 141.

C'est Smyrne qui revendiquait l'honneur de cette invention. Elle éleva un temple à Dea Roma en 19o av. J.-C. l, et c'est à partir de cette époque, que la Tyché universelle et suprême, la Dca Borna, se répandit dans le reste de lWsie 2. ('/est donc en Grèce même qu'il faut chercher l'origine des Tûycti icôXewv.

L'idée de confier d'une manière spéciale à Tyché la destinée des Etats parait avoir été assez ancienne en Grèce. Alors qu'elle n'avait encore, ou qu'elle n'avait surtout que son sens le plus large, celui de déesse du honheur en général, on lui donnait déjà parfois un caractère plus précis qui faisait d'elle une sorte de divinité politique, rappelant le Palladium des Troyens et la Minerve d'Athènes. C'est évidemment dans ce sens que dès le vne siècle le poète Alcman, voulant sans doute célébrer la constitution de Lacédémone dont il était devenu le citoyen, appelle Tyché sœur d'Ewwmie et de Peitho, et fille de Prométheia 3. 11 considère dans Tyché la déesse de l'Etat, des bonnes institutions (Eùvojx(aç) du gouvernement doux qui repose sur la persuasion (IletOouç) plutôt que la force et doit sa prospérité à la prévoyance et à la sagesse (IIpo|jw)ôsCaç).

A la même époque à peu près, Boupalos sculptait pour Smyrne l'image de Tyché, destinée peut-être aussi à représenter, avec sa corne d'abondance, une divinité veillant d'une manière spéciale sur la prospérité de la commerçante et opulente cité. Mais le polos, dont l'artiste orne la tète de sa statue, et qui semble un symbole de puissance universelle, indique plutôt que nous avons encore à faire ici à la déesse du bonheur en général et non à une véritable Tu y;/; TCÔXewç. Cette idée d'une déesse de l'Etal s'exprime avec plus de précision dans l'in-

1. Tacite, Annales, IV, 56. Les habitants d'Alabanda en Carie élevaient la même prétention (Tite-Live, XLIII. 6). La plus ancienne des statues de la Dea Roma qui soient parvenues jusqu'à nous est du i" siècle av. J.-C. et a été trouvée à Délos ; elle est l'œuvre du sculpteur athénien Mélanos. (Bull, de corr. hellèn., 1883, p. 165.)

■2. Preller, Myth. rom., Traduct. Diet/,. p. 165

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