Bergk, Lyr. <jv.. Alcman, fragm
dare l. Il donne à la déesse le nom de opepézoXtç, ce qui fait songer à la couronne tourelée qui deviendra plus lard un de sis attributs les plus habituels dans 1rs \ illes d'Asie Mineure : il en l'ail une fille de Zens Eleuthérios, le dieu de la liberté politique des citoyens, et elle préside aux assemblées délibérantes ainsi qu'aux guerres impétueuses, ('/est à ce titre qu'Himère lui éleva un autel et un temple, lorsqu'en 'i<S2 elle eut reconquis son indépendance sur le tyran Térillos, l'hôte et l'ami d'Annibal. Faut-il voir dans la Fortune d'Himère l'un des plus anciens exemples que nous ayons d'une Tyché des villes? Ce serait peut-être faire remonter trop haut cette conception si particulière de Tyché. Le passage de Pindare cependant prouve que déjà au ve siècle l'idée, si elle n'était pas encore complètement formée, tendait du moins à se préciser.
La Fortune d'Himère donne lieu en outre à une remarque importante, croyons-nous , et qui peut mettre sur la trace des transitions insensibles par lesquelles la conception générale de Tyché arriva à se restreindre et à donner naisssance aux Tychés des villes. Comme nous l'apprennent les monnaies de Thermœ-Himerenses, qui remplaça Minière lorsque cette dernière eut été détruite en 399 par les Carthaginois, la Fortune était étroitement associée à la divinité que la ville honorait d'une manière spéciale : sur le revers de quelques médailles portant au droit la tète d'Hercule, elle est représentée tenant la corne d'abondance et la patère, et coiffée d'une sorte de tiare ou de modius qui rappelle la couronne tourelée -. Evidemment cette association avec les divinités principales des villes dut être pour Tyché un des degrés par lesquels elle s'éleva au rang de génie de la cité et prit plus tard à ce titre une grande importance. On a des preuves fort nombreuses de celte conception intermédiaire de Tyché, qui, sans lui enlever absolument son
1. Pindare, Olymp. XII, ?t le commentaire de Boeckh. •2. Mionnet, Sicile. nos 283, 284, monnaies d'Himère.
ils TYCHÉS DES VILLES ET LEl T. CULTE 189
caractère général de déesse du bonheur, tend cependant à le restreindre et fait d'elle une sorte de Fortune au service d'une divinité spéciale dont elle représente l'action bienfaisante sur l'Etat. En Sicile par exemple, nous trouvons encore Tyché ainsi associée à Pallas l et à Apollon 2; et à Syracuse, déjà peut-être du temps de Thucydide, son culte avait auprès de ceux d'Artémis, d'Athèna et d'Héraklès, une telle importance qu'elle avait donné son nom à tout un quartier de la ville. Les médailles autonomes de quelques villes de la Grèce propre, nous offrent des exemples de rapprochements semblables : à Corinthe, où le caractère maritime de la déesse devait être particulièrement en honneur, on la trouve représentée tenant de chaque main un gouvernail, sur une monnaie dont la face est occupée par Pégase, ranimai consacré au dieu des mers, Poséidon 3. — Mais c'est surtout en Asie, que Tyché est mise de cette manière en relation avec les divinités les plus diverses: avec Bacchus (Epiphanée en Cilicie) 4. avec Zeus (à Termesse 5 et à Iconium 6) ; avec Aphrodite (à Cnide ') ; avec Déméter (à Ilalicarnasse i . Smyrne représentait aussi la Fortune au revers de la tète tourelée de la mère du Sipyle 9; le caractère de divinité poliade qu'affecte souvent Cybèle se prêtait très bien à cette association. C'est pour la même raison sans doute que Tyché se rencontre avec Athèna plus souvent qu'avec les autres divinités (Monnaies d'Adramytium '", de Tripolis sur le Méandre n. d'Imbros 12j. A Athènes, elle parait même avoir été