J. Malalas, p. 200, sqq
2. Lenormant et de Witte, Elite des Monum. céramogr., I, p. 237.
quent pas. Il est évident que ce qu'il dit à ce sujet n'est qu'un lieu commun dont il s'est servi ailleurs dans des circonstances analogues '. soit pour éveiller l'intérêt, soit pour retourner contre les cultes du paganisme les accusations souvent portées contre les cérémonies chrétiennes alors qu'elles étaient encore peu connues. La seule chose qu'il t'aille retenir de ce passage du ebronographe. croyons-nous, c'est que, à l'époque des Séleucides, le culte de la Tyché des villes était déjà assez répandu pour qu'on songeât, en fondant un établissement nouveau, ville ou colonie, à le mettre sous sa protection, et que souvent, par conséquent, le souvenir de la fondation de la ville était intimement uni au culte de Tyché. Pour Antioche, le fait est confirmé par les monnaies de la ville. On y trouve parfois représenté, au-dessus de l'efligïe de Tyché, un aig'le qui emporte dans ses serres la cuisse d'un mouton, c'est-à-dire la partie des victimes ravie par l'oiseau de Jupiter sur l'autel d'Antigonie 2 ; on voit même le bélier figurer en entier sur une monnaie de Gordien entre les pattes de l'aigle 3; enfin les monnaies d'Antioche portant au-dessus de Tyché le bélier seul sont très fréquentes, et ce bélier, en même temps qu'il rappelle le sacrifice de Séleucus àAntigonie, indique également à quel moment de l'année la ville d'Antioche fut fondée ;
1. Voir par exemple, dans le même chroniqueur, p. 139. Iphigénie immole une jeune fille, Nyssa, qui devient la Fortune de la ville, appelée Nyssa, a cause de cette circonstance. 0. Millier, (Antiq. Antioch., p. -7, note l2) a exprimé les mêmes doutes à ce sujet, et ne voit dans ces récits que des fables inventées par les chrétiens pour discréditer le culte des Fortunes des villes ; il ne trouve pas suffisante, pour accepter le l'ait, l'autorité d'Eusèbe, qui parle aussi de sacrifices humains à Laodicèe (Prép. Ev., IV, 16, p. 97) et qui a dû être guidé dans son récit par les mêmes motifs religieux que Malalas. Il se peut d'ailleurs que Malalas n'ait pas inventé la chose, et ne soit ici que l'écho de l'opinion courante de ses contemporains. Cet auteur, quoique absolument sans critique (voir les Prolégomènes de l'édition qui fait partie de la collect. Byzantine , est cependant précieux pour tout ce qui regarde Antioche, qui était sa ville natale et dont il cite quelquefois les actes publics.
2. Mionnet, vol. V, p. 177. n» 242. 0, Millier, Antiq. Antioch., p. 25.
3. Mionnet, vol. V, p. 183. 0. Millier, A,d. Antioch., p. 25.
c'était au printemps, époque où le soleil est dans le signe du bélier '.
La statue de Tyché était de bronze el dorée -. Elle était l'œuvre d'un élève de Lysippe, d'Eutychidès de Sicyone 3. La déesse était représentée avec le visage d'une jeune femme, assise sur un rocher, dans lequel il faut, selon toute vraisemblance, voir le mont Silpius; sa main droite tenait une poignée d'épis, la gauche s'appuyait sur le rocher: sa tète portait une couronne tourelée, d'où descendait un vaste péplum, encadrant sa ligure et voilant le buste et le bras gauche; à ses pieds était figuré un jeune dieu imberbe, destiné à personnifier le fleuve Oronte ; l'artiste l'avait représenté à mi-corps et comme sortant de terre, parce que 10ronte, avant d'arriver à Antioehe, disparait pendant quarante stades pour sortir ensuite en bouillonnant par un canal qu'on appelait Charybde 4.
La statue fut placée dans un petit temple formé de quatre colonnes (Tstpoa'.ôviov) et ouvert de tous les côtés, avec un toit de forme un peu singulière, si on s'en rapporte à une monnaie deïrajan Décius, qui semble reproduire le monument 5. Au groupe de Tyché et de l'Oronte étaient jointes les statues de Séleucus et d'Antiochus qui couronnaient la déesse 6. Cet Antiochus était sans doute le fils de Séleucus Nicator ~. On ne sait pas au juste dans quel endroit de la ville fut élevé
1. Voir la discussion de la date dans 0. Mûller, Antiq. Antioch., p. 2!) sqq.