Evagrius, I
L'époque où les Tychés commencé renl à n'être plus que des emblèmes sérail fort délicate à établir. Commenl déterminer, en présence d'une effigie monétaire, si ceux qui l'ont frappée donnaient, dans leurs croyances, une existence réelle ;'i l'être divin qu'elle représentait, ou si elle n'étail pour eux qu'une image ingénieuse, sans autre valeur que celle du dessin el de l'indication du poids du métal? Parmi les monnaies d'Asie- Mineure cependanl il eh est une qui peut nous fournir ;'i ce sujet quelques indications. C'est précisément nue monnaie d'Antioche, frappée sous Alexandre Sévère en l'an 227/6. On \ voit, sur l'une des laces, un groupe dont le centre est occupé par la Tyché d'Antioche avec ses attributs ordinaires. A sa gauche, l'empereur debout, recouvert du paludamentum, la couronne; et. à sa droite se lient, debout aussi, la Fortune, portant sur le bras gauche la corne d'abondance et tenant de la main gauche le gouvernail l. M. Michaelis s'est servi de cette monnaie, en la rapprochant de quelques autres monuments, pour combattre l'avis de ceux qui font avec trop d'assurance de la Tyché du Vatican une copie de celle d'Eutychidès, et qui ramènent au même type les Tychés d'Asie-Mineure assises avec une figure fluviale à leurs pieds. Pourquoi la Fortune qui est représentée debout ne seraitelle pas, plutôt que la figure assise, une reproduction de l'œuvre si admirée d'Eutychidès? « Ce type se trouve répété « un nombre infini de fois avec quelques changements de « détail, reproduit soit par de précieuses statues de marbre, « soit par d'innombrables statuettes de bronze; et il serait in- « téressant de faire remonter un type qui fut si fort estimé, « même pendant toute la période romaine, à un élève de « Lysippe qui en serait l'auteur » 2. L'hypothèse peut être intéressante en effet sous le rapport artistique. Mais elle est bien peu admissible. Eutychidès ayant à faire pour Antioche une Tyché, pouvait-il donc ne lui donner que des attributs aussi généraux que la corne d'abondance, le gouvernail