‹ Étude sur la déesse grecque TychéChapitre 16 sur 185 · TYCHÉ DÉESSE MARINE · texte numérisé non relu

TYCHÉ DÉESSE MARINE

quand ils leur apparaissent sur les flots de la mer Egée, dans les lueurs phosphorescentes courant sur les vagues ou embrasant les cordages du navire.

Le gouvernail, si souvent donné à Tyché comme attribut par la statuaire ou par les poètes, rappelle cette idée de divinité marine. Elle s'exprime encore autrement, par exemple par la relation qu'on établit quelquefois entre Tyché et Aphrodite considérée comme déesse de la mer. Ainsi, sur une inscription trouvée au Pirée, on voit une statue de Tyché dédiée à Aphrodite Euploia 1. Conçue uniquement avec ce caractère, Tyché fut peut-être moins répandue que suus sa forme de déesse champêtre. La protection que l'on attendait d'elle sur les flots se confondit insensiblement sans doute avec l'idée de succès dans son sens le plus général. que la déesse représentera plus tard. Néanmoins ce caractère de divinité marine ne s'effaça pus entièrement, et nous le retrouvons encore nettement exprimé durant la période gréco-romaine par un contemporain de Plutarque, Dion Chrysostôme, à une époque où la conception de Tyché avait subi des modifications considérables. <c G fils de Mnésarque •>. s'écrie le rhéteur dans une apostrophe à Euripide qui reproche au matelot de s'exposer sur les vannes et de se confier à de frêles espérances: « tu étais poêle mais « sage tu ne l'étais point, (le n'est pas à la poix, aux cor- « dages, que les hommes confient leur vie; ce n'es] pas une « planche de pin de trois doigts de large qui les sauve; - c'est dans une puissance solide et grande, c'est dans la « Fortune, qu'ils ont espoir. La richesse n'est rien, si l.i « Fortune ne s'y joint; l'amitié est incertaine si la Fortune « ne la scelle pas. C'esl la Fortune qui sauve le malade << dans son lit, le naufragé nageant au milieu des flots. Aga " memnon sur ses miliers de vaisseaux, Ulysse sur son ra- • deau. Que crains-tu, poète timide? Tu redoutes l'immen- « site de la mer? Poséidon aura beau t'apercevoir, appeler

1. Mo, non. publiéspar la Soi iété d'encourag, aux Etinlts grecq . 1878, p -is-

Il) CHAPITRE PREMIER

les vents à son aide, prendre son trident, soulever contre • toi toutes les tempêtes : il ne pourra te faire périr, car la « Fortune ne le veut pas1 ». Bien plus tard encore, au ve siècle de notre ère, nous verrons la Tyché particulière de la ville de Constantinople honorée comme divinité protectrice des vaisseaux '-'.

D'où était venue aux Grecs l'idée de cette Nymphe, de cette Océanide bienfaisante? Tyché, avec la signification sous laquelle elle nous apparaît d'abord, en Grèce, remontait certainement à une très haute antiquité. Preller lui donne une origine asiatique et la rattache à Aphrodite Ourania 3 ; Gerhard en fait une des variétés sous lesquelles s'est développé le type de Rhéa Cybèle l. Ces deux divinités. Aphrodite Ourania et Rhéa Cybèle, ont un caractère commun : ce sont des déesses mères: et c'est au même titre que Tyché est surtout rapprochée de l'une et de l'autre. Cette opinion cependant peut soulever quelques objections, et l'on peut douter qu'il taille chercher dans ces déesses, d'une figure si nettement asiatique, le type de la Tyché primitive des Grecs.

D'abord, telle qu'elle nous apparaît en Grèce pour la première fois, c'est-à-dire alors qu'elle est le plus près de ses origines, Tyché est loin d'avoir un caractère aussi général que Cybèle ou Aphrodite. Quand nous la rencontrons dans Hésiode ou dans l'Hymne homérique à Déméter, elle n'a rien d'une déesse mère, et c'est s'écarter considérablement, croyons-nous, de l'idée que s'en faisaient Hésiode et l'auteur de l'hymne, que de la concevoir comme une sorte de divinité universelle en qui se résument les forces productrices de la nature, la puissance génératrice des êtres divins et terrestres. Son rôle est beaucoup plus modeste; il consiste surtout dans des fonctions champêtres assez restreintes en réa-

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