Théognis, début
3. Voir cependant, dans Théognis, la naissance d'Apollon dans File de Délos. Solon aussi emploie une fois l'antique généalogie hésiodique à propos de la Terre : « Je puis à bon droit prendre à témoin la mère illustre de Kronos, la meilleure des divinités de l'Olympe, la Noire Terre, que j'ai délivrée des bornes dressées en beaucoup d'endroits ». (Solon. 3o, Lyriq. grecs de Bergk). Mais c'est qu'ici Solon veut donner l'appui des croyances religieuses de son temps à une mesure politique contestée et qu'il soutient par tous les moyens en son pouvoir. Les propriétaires qui empruntaient de l'argent
immortels v0eôjv àôavaTwv) est inévitable, » — « N'imputez pas aux dieux (ôeotç) votre malheur, quand c'est par votre méchanceté que vous le soutirez. — A l'homme habile, la divinité (Osôç) donne le succès en tout. — Beaucoup sont pleins d'imprévoyance, mais ont pour eux un dieu propice » ixiv.wv ècOXoç), etc. l, 11 est impossible de n'être pas frappé de ces expressions tout à fait générales qui pouvaient à la fois s'entendre des dieux traditionnels et de la Providence que semblent avoir pressentie ces vieux poètes.
lue conséquence toute naturelle de cette façon de concevoir la divinité était la suppression ou l'oubli des divinités secondaires auxquelles Homère et Hésiode avaient donné des traits précis et une physionomie vivante. Il semble qu'il v ait. eu là un véritable danger pour l'anthropomorphisme. A force d'abstraire l'idée de la divinité en retranchant des dieux tout ce qu'ils ont de personnel et de concret pour ne s'arrêter qu'aux attributs généraux, dont toute religion suppose doués les «'très d'une essence au-dessus de la nature humaine, la poésie des gnomiques n'allait-elle pas réduire à rien la forme des dieux grecs? Mais le danger n'est qu'apparent. Outre que les gnomiques subissent nécessairement l'influence des idées reçues de leur temps, leurs tendances philosophiques elles-mêmes les poussèrent à remplacer ces créations anthropomorphiques ou cosmogoniques qu'ils rejetaient de leurs œuvres, par d'autres d'un genre différent, il est vrai, mais qui n'en étaient pas moins aussi des divinités comme les autres. S'ils ne considèrent plus, en effet, dans les dieux de l'Olympe, les passions et les formes sensibles
sur leurs terres ou leurs maisons devaient déclarer par un écriteau planté sur leur terrain pour quelle somme leurs biens étaient hypothéqués. Solon, en réduisant la dette des débiteurs athéniens par la diminution du taux de l'iatérêl el par l'augmentation de la valeur nominale de lamine, fil disparaître ces écril (Voir Plutarque, Solon). S'il identifie dans ses vers le territoire de l'Attique avec l'antique déesse qui ne souffre pas d'être enclose dans des limites fixées par la main de l'homme [yxïx itsXcapy)), c'est pour donner plus d'autorité a des réformes qui déplaisaient à beaucoup de citoyens.
1. Solon, Lyriq. grecs de Bergk XIII, 64 : XI, 1 : XXVI : Thi ognis, 163.
qui leur sont communes avec les mortels, ils s'attachent à leurs attributs intellectuels et moraux ; et ces attributs mêmes il les personnifient, ils en font de véritables divinités. Déjà, dans Hésiode, on saisit la trace de ce travail. Lui aussi avait donné une réalité à des idées abstraites et ajouté à la liste déjà longue des dieux homériques une autre liste, longue aussi, d'êtres allégoriques qui apparaissent sous le règne de Kronos et expriment des principes ou des faits de Tordre moral intimement liés à la vie humaine l. Ce sont des divinités de cet ordre qu'inventent aussi ou qu'acceptent les poètes de l'école nouvelle. « L Espérance , dit Théognis, est la seule bonne déesse qui soit encore chez les hommes; « ... que l'homme, avant tout et après tout, sacrifie à YEspé- « rance ~. » 11 divinise de même la Foi, la Tempérance , les Grâces'3, surtout la Richesse, Ploutos, le plus recherché des dieux4; V Espérance et le Danger, dit-il ailleurs, sont deux divinités également redoutables 5. Sans doute cette tendance à diviniser des êtres abstraits, des idées, a existé dans la religion grecque du temps même d'Homère (i ; mais à partir des gnomiques, et sous leur influence, elle semble être allée en augmentant, et au ve siècle, elle atteint son plus haut degré dans Pindare. Souvent il suffit d'un substantif abstrait pour éveiller dans l'imagination puissante de ce poète l'idée d'un être divin, si bien qu'à côté des dieux de l'Olympe, on
1. Tels sont le triste Sort, la Destinée, le Sommeil, la Mort. « La nuit les engendra seule, sans s'unir à aucune autre divinité. >• Viennent ensuite JMoinus. la Douleur, Némésis, la Fraude, la Déhanche, etc., en un mot tout le cortège des misères humaines. Cf. dans les Trav. et J. le Serment, la Justice (v. 193), la Pudeur et Némésis (v. 198). Mais dans Hésiode, ces divinités morales sont entourées d'un grand nombre d'autres conservant leur caractère anthropomorphique qui domine encore presque exclusivement. Cela est beaucoup moins sensible dans les gnomiques.
2. Théognis, 1135 sqq. — L'Espérance est déjà personnifiée dans les Trav. et Jours v. 72.