Bergk. Lyr. gr. Solon
-p-jjry. fièv ïjy/iiu.iîOy. Ait K.povt'07; Baffù/jï
dîGfÂOÏi TOLZ'ji 'J//.-I XyaBijV XXI XllOOi ^-y.~-;y.i.
Cf. XIII. 70; ïuvTuxivjv b/ad-fr.
4. Les derniers mots de la traduction sont de Patin. Voici le texte :
y.r,r a.sizr,'J euj^OU, UoJjTzv.ior, , iio/Oi ilvxi
/*vjt' âyevoî • /toîivov o'kvdpi '/svoito ~->yy,. (Théogn. 129).
ser L'action favorable exercée par le dieu que l'on invoquait. et à prendre -s/r, dans le sens d'une déesse bienfaisante en général. Le pas fut rapidement franchi, et il est des endroits où il est à peu près impossible de décider si le mot --s/r, désigne réellement un être divin ou seulement les faveurs qu'on attend de lui. C'est le cas par exemple pour une des plus anciennes inscriptions grecques qui nous aient été conservées, l'inscription de Pétilia, dans le Bruttium, que l'on fait remonter à l'an 540 av. J.-C. Tû/a, qui se trouve en tête de l'inscription, est-il une simple formule, comme il le devint plus tard, et correspond-il seulement au latin quod felix faustumque s/'/, ou bien désigne-t-il une divinité distincte? On n'a pas pu s'entendre sur ce point l. Quoi qu'il en soit, les décrets et les inscriptions de tout genre qui offraient partout aux yeux du peuple le nom de ïyché associé à celui des dieux ne dut pas peu contribuer à faire d'elle une puissance divine et une déesse du bonheur. Même si l'on regarde le mot comme une simple formule, il ressemblait assez à une sorte d'invocation indirecte pour que, insensiblement, l'idée du dieu que l'on invoquait soit devenue distincte du bien qu'on attendait de lui, et que ce bonheur lui-même ait donné lieu à la création d'un être spécial dont il dépendait. A mesure que l'on avance vers le ve siècle, on saisit d'une façon plus nette encore commenta l'aide du langage ont dû s'opérer d'abord cette sorte de dédoublement de la divinité et de l'action bienfaisante qu'elle exerce, et ensuite la personnification de cette action de la divinité. Les exemples abondent en effet du mot tj/yj associé à 6scîj ou à ca-;j.cv;; employé pour signifier l'action favorable ou défavorable, mais plutôt favorable, d'un dieu sur la vie humaine, action distincte de lui, et considérée comme une sorte d'être réel '-'. C'est donc
1 Voir dans le Corp. laser. G. 4, le commentaire de Bœckh sur cette inscription, qui commence ainsi : Oii;. -j/;j-. Xzmtu oiSuzt Sixavt'a ;-i.
2. Eschyle, Perses 345, et surtout Pindare, Olymp. VIII, 67. \- ■'..■>. ..- : recours donné à un mortel par un dieu ; Pyth. II, 56 : sùu -j/* nôr/tov, la faveur du destin. Pyth. VIII, 55 : -j/v. 9sûv) Ném. IV, 7 : Xapi'rwv -j/-j. ; Ném., \. IN. ode à Pythéas d'Égiue vainqueur au Pancrace, où zJy/s. accompagne le nom de Me-
un fait évident que l'influence du langage sur la personnification et la signification de Tyché envisagée comme déesse du bonheur.
11 ne nous est pas possible de suivre dans tous ses détails le développement graduel et insensible que reçut Tyché durant le vie et le vne siècles sous l'influence du langage et de la poésie. A part les gnomiques, dont nous venons d'essayer de déterminer l'influence sur les idées religieuses des Grecs, et par conséquent sur Tyché elle-même, il nous reste trop peu de fragments de ces époques reculées, et dans aucun de ceux qui sont arrivés jusqu'à nous il n'est fait mention de la déesse. Mais ce qu'il y a de certain, c'est que ce développement se fit, etassez rapidement même. Au début du ve siècle, le type de Tyché était formé ; elle a cessé d'être une création vague et indécise comme le restèrent la plupart des vertus ou des sentiments moraux qui n'avaient guère de divin que le nom qu'on leur donnait. Sa personnalité s'est affirmée, les poètes dramatiques s'en sont emparés, ils ont fixé ses formes; leurs images et leurs métaphores lui ont donné un corps ; ils l'ont tirée en un mot du domaine des abstractions pour en faire un être vivant, et les artistes trouveront chez eux des traits précis pour représenter la nouvelle divinité. C'est dans Eschyle, le poète le plus religieux de la Grèce, que nous la retrouvons. Il nous la présente d'abord avec le caractère que lui donnait Alcman deux cents ans auparavant: « Attendez ici, » dit Pelasgos au chœur des Suppliantes, « priez les dieux du pays, demandez-leur ce « que vous voulez obtenir; moi, je vais tout préparer; que Pi- « tho et Tyché me soient en aide l ». Ici même cependant, elle
nandre, Athénien qui formait des athlètes : i<sBi, yiuxêîscu roi Msvâvopou aùv rJ/v. pôyôuv auotëâv i-jxùpzo : « C'est aux soins de Ménandre, à son secours, que tu dois la récompense de tes travaux ». Ném. VI, 25 : eww Oioû ok TÙy-j..
1. Eschyle Suppliantes, v. 509, édit. Weil : Usidù à" l-oizo /-ATùyo Tzpsr/.r/ipioi. Le seul fait que Tyché se trouve nommée dans Eschyle pourrait, jusqu'à un certain point, prouver que la déesse était déjà antique de son temps. On a remarqué, en effet, qu'Eschyle n'aimait pas les dieux nouveaux; on le voit par l'anecdote que raconte Porphyre, de Abstin.. II, 18).
a quelque chose de moins indécis que dans le lyrique du vne siècle et ressemble moins à une allégorie, malgré l'association de son nom à celui de Pitho. Car on invoque son aide pour le succès d'une entreprise particulière et bien déterminée.
Mais le même poète nous fournit ailleurs une preuve plus convaincante de la transformation subie par Tyché, de l'idée nouvelle qu'elle représente au ve siècle et de l'importance qu'elle a prise. Dans un passage des Sept Chefs, le poète va jusqu'à la rapprocher de Zeus lui-môme. Un éclaireur fait à Eléocle et au chœur le dénombrement des chefs de l'armée qui entoure les murs de Thèbes : « Pour la porte « d'Electre, le sort a désigné Capaneus, autre géant, plus « grand encore que le précédent. Sa jactance et son orgueil « ne sont pas d'un homme, et il fait de terribles menaces con- « tre les remparts : fasse Tyché qu'elles ne soient pas suivies « d'effet! Que ht déesse le veuille ou ne le veuille pas, dit-il, « il renversera la ville, et Zeus lui-même et sa colère fouce droyant la terre à ses pieds ne sont pas pour l'arrêter 1 ». La puissance de Tyché a donc considérablement grandi depuis Hésiode, et ce ne sont plus seulement les fruits de la terre ou une heureuse navigation qu'on implore d'elle; d'elle dépend maintenant le salut de toute une cité. Nous pouvons
1. Nous croyons nécessaire Je citer tout le passage pour justifier notre sens :
Ky.-y.jij; 3' i~' H/ i/TGV.i-;cj z.ur,/i.i -j/ccii
"/iyx$ Ô3? ôLÀXos, r'/j -à;« jÙv/ij.î-j'j-j
•i.ïi'l'jij, 6 kô/âicos 'j oJ /y-' xvôpwxo-j opovsï,
— jz-jfji:. ù' y-iùtl SïtV, y. ///, xpxivot ~j/t, ■
Ol'jj t£ yxp ôéAOVTOi --'-if-.ivj ~'j/rj
/y.'i yr, diXovTÔç ov;<7ty, 'jjli viv Aïo;
spiv -iïoi sxrifxGm s/jnroSwv uyttBUv. (Sej)t., v. 399 sqq. Édit. Weil. 11 faut rapprocher du vers 402 le vers 518 (édit. Weil), qui peut donner le sens précis de zû-/yi '■ nûpyoïç S' y.~iun ~'ji-,u 5 y /, xpafvoi Ssoç.Le mot 0îo; empl03'é par Eschyle dans une circonstance identique ;ï celle un il emploie -■>//, prouve qu'ici ~j/r, doit être pris dans le sens de la divinité et qu'il faut l'écrire, comme Tout fait G. Hermann et Boissonnade, 'ÏJ//,. De plus, il nous semble qu'il 3 a i<-i danune idée de gradation de Tû^v] à Zeûj. i-I;',j dé/.ovroi est donc une allusion à 1 qui précède. Quanl à L'emploi du masculin pour !<• féminin, il ne présente aucune difficulté. On peut ajouter que le yip du vers 403 ne s'expliquerait guère, -'il n'y avait une relation étroite entre Tj^vj et 'H'jj 0ï'/ovtoî.
même dès à présent signaler cet indice d'une idée nouvelle, qui prendra plus tard une grande extension et fera de Tyché la déesse protectrice des villes par excellence.
Il faut croire qu'Eschyle contribua pour sa part, en célébrant ainsi sur le théâtre, devant la Grèce assemblée, l'influence souveraine et bienveillante de Tyclié, à mettre la déesse en crédit. Ce qui est certain, c'est qu'elle parait de son temps jouir d'une assez grande faveur. Nous en avons une preuve remarquable dans VOEdipe roi de Sophocle. Le sens religieux de cette tragédie ne peut être pleinement compris, ce nous semble, que si l'on tient compte précisément de l'importance qu'a prise au ve siècle la déesse du bonheur. Qu'est-ce en effet qu'Œdipe? C'est le favori de Tyché. Avant le dénoùment fatal, Horace l'eût appelé Fortunse filius. Toutes les circonstances semblaient d'abord s'être réunies contre lui pour amener sa perte : à peine né, il est destiné par un père barbare à devenir la proie des bêtes sauvages. Recueilli par Polybe, il se condamne lui-même à l'exil et aux aventures; il rencontre dans un carrefour une troupe d'hommes armés qui attentent à sa vie, et, pour dernière épreuve, il affronte avec un être énigmatique et redoutable, une lutte dont nul jusqu'à lui n'a pu sortir vainqueur. Et pourtant tous ces dangers tournent à son avantage et deviennent l'occasion de son étonnante fortune. Son abandon sur le. Cilhéron le fait prince de Corinthe ; il est élevé auprès du roi Polybe dans un rang qui n'est pas inférieur à celui qu'il tenait de sa naissance, et il ne lui restera du cruel abandon où il eût dû trouver la mort que le nom même qu'il porte; sa querelle avec Laïus rend vacant le trône de Thèbes, pour lequel les destins l'ont désigné, etla rencontre avec le sphynx, fatale pour tout autre, porte au comble sa grandeur en lui donnant le sceptre. Qui donc l'a soutenu dans ses épreuves et l'a aidé à surmonter tous les obstacles? C'est I yché, et il le sait, il le proclame bien haut dans une des scènes les plus émouvantes de la tragédie grecque. Jocaste subitement éclairée sur l'origine d'Œdipe par les révélations
du messager venu de Corinthe, quitte la scène sans mot dire. Ce silence, avant-coureur d'une catastrophe, Œdipe le prend pour de la fierté : elle rougit, pense-t-il, d'avoir pour époux un homme qu'elle croyait fils de roi et qui n'est peut-être qu'un aventurier.
Le chœur : « Je crains que ce silence n'entraîne des mal- « heurs ».
Œdipe : « Qu'il entraine ce qu'il voudra, .le persiste k « vouloir connaître ma naissance, si basse qu'elle soit. Or- « gueilleuse comme une femme, peut-être a-t-elle honte de « mon obscurité. Mais pour moi qui me dis fils de Tyché, de « Tyché qui donne le succès, je n'en rougirai pas ; mes pa- « rents, ce sont les mois de ma vie, qui de petit m'ont rendu « grand. Quand telle est mon origine, et que rien ne peut la « changer, je redouterais de m'enquérir de ma famille l ! »
Ainsi sa confiance en Tyché est inébranlable. Enlacé de toutes parts dans le filet dont l'entoure la fatalité, il se débat encore, il espère contre toute espérance, parce qu'il est le fils de Tyché.
Ce n'est pas lui seulement qui a ces sentiments : Jocaste les a partagés jusqu'à l'arrivée du messager. Et pourtant que de motifs de craindre lui ont fournis jusque là les menaces et les révélations forcées de Tirésias et l'effroi mal réprimé d'Œdipe lui-même lorsqu'elle lui a fait le récit détaillé du meurtre de Laïus. Cependant, qu'on l'entende, lorsque de Corinthe est arrivée la nouvelle que Polybe, le père supposé d'Œdipe, est mort. Au lieu des transports de douleur et des thrènes funèbres dont cette nouvelle serait le signal dans des circonstances ordinaires, Œdipe et Jocaste laissent à leur joie un libre cours. Ils se croient sauvés. 1rs malheureux ! fous les deux triomphent de la Destinée, d'Apollon et de ses oracles, et c'est Tyché encore qui leur inspire toute leur confiance : « Pourquoi L'homme aurait-il « peur, s'écrie Jocaste : Tyché est la reine du monde, et l'on