‹ Étude sur la déesse grecque TychéChapitre 28 sur 185 · Soph., Œdipe roi, v · texte numérisé non relu

Soph., Œdipe roi, v

composent des hymnes en son honneur1; elle prend place à côté de Zens comme la pins puissante après lui2; elle tient en échec les desseins du dieu de Delphes, le plus respecté et le plus redouté de tous, et ceux qui vont demander à Loxias ses oracles n'ont garde d'oublier d'invoquer Tyché en même temps que lui 3. Il y a, entre cette idée nouvelle que représente Tyché et l'idée qu'elle représentait du temps d'Hésiode, toute la distance qui sépare une création due à l'anthropomorphisme ou à l'imagination populaire, d'une conception où déjà l'idée philosophique et morale revendique sa part.

Ce développement considérable de Tyché comme déesse bienveillante est en eli'et étroitement lié à un progrès remarquable dans la manière dont les Grecs conçurent la divinité. La croyance à l'influence d'une force étrangère et bienfaisante, de laquelle nous tenons tout ce qui nous arrive d'heureux, est naturelle à l'esprit humain. La première exclamation de l'homme qui vient d'échapper au danger, qui a réussi dans des projets longtemps caressés ou se trouve tout à coup gratifié d'un bonheur inattendu, n'est-elle pas toujours la même, sous la forme famiiière que lui donne l'enivrement du succès : « la chance m'a favorisé. » C'est ainsi qu'il est porté tout d'abord à attribuer son bonheur à une sorte de puissance occulte et vague, et c'est seulement après réflexion, quand le premier moment de joie est passé, que l'amour propre et la présomption reprennent leurs droits et qu'il attribue l'heureuse issue de ses affaires à son habileté et à sa prudence. Mais cette tendance à rapporter à une puissance supérieure la cause de notre prospérité devait être, par suite de circonstances particulières, plus prononcée encore chez les Grecs que chez tout autre peuple. Les dieux des Grecs, comme le développe d'une manière remarqua-

1. On a des fragments d'hymne^ d'Eschyle et de Pindare à Tyché.

Page 1