‹ Étude sur la déesse grecque TychéChapitre 31 sur 185 · Tournier, ouvage cité, p · texte numérisé non relu

Tournier, ouvage cité, p

nature assez abstraite ne se prêtât que médiocrement aux représentations plastiques, elle eut l'heureuse fortune de recevoir dès le vu0 siècle une forme précise 1; les artistes s'attachèrent à la figurer sous des traits qui répondissent à son caractère aimable. Un bas-relief de bonne époque nous la représente comme une jeune femme au visage agréable, assise dans une attitude douce et calme, et accueillant d'un geste bienveillant de la main le sacrifice que lui offre un adorant debout devant elle. Le ciseau de Praxitèle surtout lui donna une grâce séduisante; son œuvre devint une sorte d'Athèna, de protectrice d'Athènes; les Athéniens la placèrent au Prytanée â côté d'IIestia et d'Eirêné. Sous la forme divine dont l'avait revêtue l'artiste, elle eut plus que des adorateurs. On connaît la légende de Galatée inspirant à l'artiste qui l'a créée et qui s'éprend de son œuvre tous les sentiments de l'amour. Agathe Tyché inspira, s'il faut en croire Elien, une passion semblable. « Un jeune Athénien « d'une famille honorable devint éperdument amoureux de « la statue d'Agathe Tyché qui était au Prytanée. Entourant « le marbre de ses bras, il le couvrait de baisers; fou de « passion, sous l'aiguillon de l'amour, il se présenta au « sénat, le suppliant de lui vendre la statue â n'importe quel « prix. Ne pouvant persuader le conseil, il couvrit Tyché « de bandelettes et de couronnes, lui offrit un sacrifice, la « para de bijoux précieux, et, après avoir versé d'abondance tes larmes, il se tua 3. »

Telle est Agathe Tyché au ve siècle avant notre ère ; déesse séduisante, elle unit la grâce à la bonté; et plus tard, quand l'adulation voudra diviniser les femmes des Ptolémées, c'est sous les traits de Tyché que la flatterie des Grecs ingénieux d'Egypte représentera les Bérénice et les Cléopâtre 4.

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