‹ Étude sur la déesse grecque TychéChapitre 32 sur 185 · Voirie chap. II de la 2e partie · texte numérisé non relu

Voirie chap. II de la 2e partie

ÏYCHÉ DÉESSE INCONSTANTE DU BONHEUB

L'idée d'inconstance inséparable de l'idée de la déesse du bonheur. — Distinction de Tyché et, de Némésis. — Tyché en contradiction avec l'idée du Destin. — Place de Tyché dans la religion grecque au ve siècle.

Bien qu'Agathe Tyché se soit maintenue à peu près jusqu'à la fin du paganisme, son type cependant ne garda pas longtemps toute sa pureté ; ses traits s'altérèrent, la déesse du bonheur devint bien vite une déesse volage et inconstante. C'est qu'en effet il n'y a pas de bonheur complet et stable. La sagesse grecque avait exprimé sous toutes les formes cette vérité, banale déjà dès l'antiquité, et les siècles qui virent naître la poésie des gnomiques en firent, plus souvent encore que d'autres, la triste expérience. Il est inutile d'insister sur les révolutions politiques, d'ailleurs si imparfaitement connues, qui bouleversèrent les cités grecques pendant le vne et le vie siècles, sur les brusques revirements de fortune et les actes barbares qui suivaient la victoire d'un parti. On n'a qu'à lire, pour se faire une idée de la haine féroce dont se poursuivaient parfois les hommes d'une même ville, les vers énergiques de l'exilé de Mégare, souhaitant de boire un jour le sang noir de ses ennemis. Rarement d'ailleurs l'espérance abandonnait tout-à-fait les vaincus: ils étaient soutenus dans leur exil ou leur misère par le désir d'exercer des représailles sur leurs oppresseurs. La Fortune est si changeante! Les vainqueurs d'aujourd'hui peuvent devenir les vaincus de demain. La prévoyance et la sagesse sont impuissantes, en effet, à assurer aux mortels

une prospérité durable; un dieu se joue de nous et renverse toutes nos prévisions. « C'est le destin, dit Solon, qui ap- « porte aux hommes les biens et les maux ; ce que donnent « les dieux immortels, on ne peut s'y soustraire; nul de nos « actes n'est sans danger; nul ne sait, quand il commence « une entreprise, comment elle aboutira. L'un, en se met- « tant à l'œuvre, manque de prévoyance et tombe dans la « faute et l'embarras; à l'autre, qui est inhabile, un dieu « donne en tout le succès, et il n'est pas puni de son im- « prévoyance L » Théogais, personnellement plus éprouvé que Solon par les révolutions de sa patrie, revient fréquemment aussi avec plus d'amertume encore sur la même idée 2. Il est curieux de voir ici cette croyance en une divinité capricieuse, qui fait et défait à son gré le bonheur des humains, exercer son influence sur les événements politiques des cités. La résistance des partis vaincus et leurs tentatives incessantes pour rentrer dans leur pays et revenir au pouvoir durent certainement être encouragées et soutenues par cette confiance dans une divinité volage qui favorise tantôt les uns tantôt les autres. Née en partie des révolutions qui bouleversaient les états, l'inconstance de Tyché contribua à son tour à les entretenir.

Quelle est donc cette divinité à la fois bienveillante et redoutable, en laquelle il est toujours permis d'espérer, et contre laquelle on doit aussi se tenir sans cesse en garde pour ne pas se réjouir trop tôt de son bonheur3? >i Solon, ni Théognis ne la nomment; elle est chez eux désignée, comme la plupart des autres, du nom vague de ôeoç et de oaqj.tov. Mais quelle peut-elle être, sinon la déesse du bon-

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