Solon, Fragm. XIII, 63, sqq., édit. Bergk
2. « Bien des gens qui ont un esprit imprévoyant, mais qui ont pour eux la divinité, voient tourner à bien ce qui semblait devoir être leur perte; d'autres pleins de sagesse, mais avec des dieux contraires, se donnent un mal inutile : le succès ne couronne pas leurs entreprises. » fThéog. 161-164; cf. v. 149, v. 593, etc.)
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heur lui-même, déesse instable et changeante comme lui? Ce caractère volage dut être de bonne heure attribué à Tyché et l'idée du bonheur est tellement inséparable de l'idée de changements et de vicissitudes, qu'on pourrait affirmer que toutes les deux durent se former en même temps, alors même que les textes ne nous l'apprendraient pas. Mais nous avons la preuve que déjà, au vne siècle, l'idée de Tyché rappelait celle de l'inconstance. Elien ' nous parle en effet d'une singulière offrande que Pittacus avait déposée dans les temples de Mytilène. Ce sage avait consacré aux dieux, parait-il, des échelles. Elles ne servaient à aucun usage et étaient seulement un symbole du caractère changeant de la Fortune, qui tantôt élève, tantôt abaisse les mortels. Ceux qui montent les degrés, ce sont les heureux; ceux qui les descendent sont les malheureux.
Plus tard nous retrouvons ce même caractère nettement attribué par Pindare à Tyché. Pour lui, comme nous l'apprend Pausanias 2, Tyché est une des Parques, et l'idée de la Mœra entraine avec elle celle de divinité le plus habituellement funeste. Il donnait encore, c'est Plutarque qui nous le dit, un double gouvernail à la déesse ?>. « Tyché n'est « point une déesse inexorable, et n'a point de double gou- « vernail comme le prétend Pindare... »> Il voulait assurément exprimer par là les deux côtés de la nature de Tyché, tantôt bienveillante et tantôt funeste. Un peu plus tard, Eschyle, dans un hymne, où il se proposait de célébrer surtout la bonté de Tyché 4, ne peut se dispenser de signaler cette inconstance qu'on s'accordait sans nul doute à lui reconnaître : « G Tyché commencement et fin de tout pour les hom- « mes, tu es assise sur le trône de la sagesse, et c'est toi qui