‹ Étude sur la déesse grecque TychéChapitre 35 sur 185 · Soph. Electre. 792. Euripide, Phéniciennes, v · texte numérisé non relu

Soph. Electre. 792. Euripide, Phéniciennes, v

tuite. Elle n'est pas toujours mauvaise, et son caractère bienveillant s'exerce au moins aussi fréquemment <jue son humeur capricieuse et méchante. Le bonheur qu'elle accorde peut être durable; de plus, souvent les petits ont l'occasion de la remercier de ses bienfaits; il ne semble pas que Némésis ait jamais mérité pareille reconnaissance '.

Les deux divinités sont donc de nature différente, malgré quelques points communs. C'est qu'en effet, elles sont loin de dériver de la même idée. L'une. Némésîs, est la personniiication de la justice divine réprouvant et punissant tous les excès, quelle qu'en soit l'importance; et malgré ce que l'anthropomorphisme laisse encore d'imparfait à cette conception en prêtant à la divinité des sentiments de jalousie tout à fait indignes d'elle, Némésis en réalité représente la grande loi de l'ordre qui préside au gouvernement du monde, la loi de compensation nécessaire au maintien de l'équilibre dans la nature, aussi bien que dans les sociétés humaines et dans les rapports de l'homme avec les dieux 2. Mais qu'est-ce que Tyché avec ses caprices changeants comme les flots, renverversant d'une main ce qu'elle édifie de l'autre, semant au hasard ses faveurs et ses disgrâces, et paraissant se jouer du mérite et de la vertu? N'est-ce pas le désordre même, l'incohérence personnifiée, le trouble apporté dans la loi. le déraisonnnable se substituant ;\ la règle dont l'application devient désormais impossible ou du moins tout à l'ait incertaine? Cet être divin qui se soustrait aux décrets de la nécessité (Moîpa), de la Justice, de ÎNémésis, et qui n'agit que par caprice, est un phénomène des plus singuliers dans une religion où toutes les forces de la nature et de l'activité humaines, toutes les passions, toutes les aspirations même les plus légitimes de notre âme, tous les faits de la vie individuelle, toutes les révolutions de l'histoire sont soumis à un

1. Quand Nèmésis devint une divinité secourable, elle prit un nom nouveau, celui d'Adrastée. Voir Tournier, ouvr. cité p 229 sqq.

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