Lois, I. X, 10. sqq
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sauce attribue à ses dieux son salut inespéré; n'avait-on pas vu à .Marathon Athèna, Apollon Boedromios et Artémis combattre aux côtés de Miltiade? A Salamine, Xerxès n'avaitil pas rencontré devant lui, outre Thémistocle, les dieux de Delphes. d'Eleusis et de l'Acropole? C'est pourquoi, le torrent des Perses passé, on relève partout les sanctuaires des dieux secourables, on leur consacre la dime du butin ; l'Asie, les îles de la nier Egée, les contrées de l'IIellespont, la Thrace acquittent des vœux en leur honneur '. En outre, l'éducation sévère qui avait formé les héros des guerres médiques contribuait à maintenir intact le respect des traditions nationales. Les sophistes et les philosophes, quand ils commenceront, vers le milieu du siècle, à paraître à Athènes n'auront aucune prise sur ces âmes viriles nourries d'Homère et des vieux poètes; les plus grands génies de cette génération qui disparait, Pindare, Eschyle, Sophocle resteront inaccessibles au doute qui envahit leurs contemporains et tout en acceptant les progrès accomplis sous l'influence de l'esprit d'examen qui se développe partout, ils s'attacheront à défendre l'antique religion de la cité. L'art de cette époque obéit aux mêmes tendances : Phidias, en sculptant les statues de Zens et d'Athèna, Polygnote, en peignant sur les murs de la Lesché de Delphes les châtiments des coupables dans les enfers et la joie sereine des initiés dans les champs Elysées, se préoccuperont surtout de rendre sensibles aux yeux la grandeur morale, le caractère sérieux et grave des divinités et des mythes traditionnels.
Cette foi calme et ferme dans les dieux de la patrie s'appuyait sur l'idée plus philosophique et plus élevée qu'on se faisait déjà de la divinité. Ce que l'idolâtrie d'autrefois a \ ait de déraisonnable disparaissait petit A petit des croyances religieuses. Pour les âmes sérieuses de cette époque, les divi-
1. Athènes iln moins, sur les conseils île Périclès, envoie des députés dans toutes les parties du monde hellénique pour inviter les villes à restaurer les temples et à faire des offrandes aux dieux libérateurs. Plut. Vie de Periclés, xvn.
nités du culte public étaient surtout des êtres sages et justes, étendant leur protection sur eux et leur patrie, et la façon dont ils se figuraient cette protection n'était guère différente de celle dont nous entendons nous-mêmes la Providence. C'est surtout en effet la manière nouvelle dont on comprend au siècle de Périclès les rapports de l'homme et de la divinité, qui l'ait la grande différence de la religion grecque à cette époque et dans les Ages précédents. Quel que soit le pouvoir aux mains duquel Homère remette le gouvernement du monde, qu'on l'appelle Zeus ou Mœra. deux choses surtout manquent à ces divinités suprêmes pour égaler en dignité morale le Zeus et l'Athèna du siècle de Périclès : la liberté et la bonté. Le Zeus homérique ne peut prendre aucune décision qui ne s'accorde avec les décrets du Destin. Le Destin lui-même est plutôt une personnification de la loi qui s'impose, qu'une divinité qui fait la loi. Le Zeus des gnomiques, plus juste déjà et plus humain que celui d'Homère, n'est pas plus libre que lui; quant à Némésis, son rôle est avant tout de réprimer les excès qui tendent à franchir les bornes; mais ces bornes, il n'est pas en son pouvoir de les changer. Impuissants à vouloir, si ce n'est dans des limites assez étroites, ces dieux ignorent la bonté. Zeus se plaît au récit des misères des mortels ; la Mœra est inexorable, et Némésis n'est au fond que la loi cruelle du talion. Mais, vers le commencement du ve siècle, nous voyons s'établir le règne d'une Providence pitoyable aux malheureux, qui fait des hommes l'objet d'une sollicitude éclairée, qui applique la loi pur des décisions libres où la clémence peut jusqu'à un certain degré faire fléchir la raideur de Diké. Les Euménides d'Eschyle ouvrent une ère nouvelle, où l'âme respire enfin, délivrée d'une oppression séculaire. C'en est fait de la fatalité et de son culte, c'en est fait des vieilles divinités cruelles qui ne connaissaient que la justice etdontle cœur restait fermé ;'i la pitié : « Oui, dieux de fraîche date >.>, s'écrient les terribles déesses. « nous avez renversé l'ancien « ordre de choses; vous nous avez arraché des mains notre
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« empire l. » — « La ruse insurmontable de ces dieux nous a « ravi nos antiques prérogatives et nous a réduites à rien 2. » Avant Eschyle, Athèna n'eût pas donné son suffrage au parricide aveugle, et couvert de sa protection « ce caillot de sang « tout ruisselant des pieds à la tète 3. » Les Euménides n'eussent '»as renoncé pour jamais à leur tâche odieuse et ne seraient pas devenues les Bienveillantes; châtié pour des forfaits involontaires, (Edipe eut subi jusqu'au bout sa peine, sans obtenir la juste réhabilitation finale qui l'élève, en considération de ses souffrances imméritées, au-dessus de l'humanité, et fait de lui le génie protecteur et bienfaisant d'une contrée.
Auquel de leurs dieux les Grecs du ve siècle ont-ils de préférence attaché cette idée de Providence libre, bienveillante et juste, qui est un des caractères les plus frappants de leur religion à cette époque? Un peu à tous pourrait-on dire. Car bien que Zens soit encore fréquemment nommé comme le plus puissant des dieux, l'ancienne hiérarchie de l'Olympe s'est effacée insensiblement, et à peu près tous les êtres divins sont dieux au même degré. En réalité, dans cette religion sans dogmes, la foi populaire pouvait choisir à volonté l'une ou l'autre parmi les divinités pour lui attribuer d'une façon plus particulière le rôle de Providence, ou même elle pouvait l'attribuer à toutes à la fois à des degrés différents. L'une d'elles cependant semblait plus particulièrement propre, par son caractère, à prendre en main le gouvernement du monde. C'était Tyché. Nous avons vu en effet, dans les chapitres précédents, comment, par sa nature bienveillante, elle répondait aux aspirations nouvelles des Grecs en corrigeant ce que leurs dieux avaient de méchant et d'hostile ;i l'égard de l'humanité. De plus, par son essence même, la déesse volage échappait précisément à cette loi de la l'ata-