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TYCHÉ ET L'iDÉE DE PROVIDENCE 63
-.'j/rr « La divinité ». dit-il ailleurs clans un fragment «l'une pièce perdue, « abandonne à la Fortune le gouvernement des « petites choses » '.C'est au fond la même idée sous une autre tonne: les petites choses, ce sont les circonstances qui permettent à l'homme d'agir et de réussir s'il sait en profiter, et qui font échouer ses desseins s'il les néglige 2. Ainsi entendue, Tyché ne serait autre chose que les manifestations de la Providence; mais ce rôle de Providence, ce n'est point Tyché qui le remplit; Tyché même n'existe plus, elle n'esl plus un être concret et divin, elle a perdu toute personnalité, elle n'est plus rien qu'un mot servant ;\ expliquer ce qui semble inexplicable à ramener les faits du hasard, les choses accidentelles, à une volonté supérieure qui en est la cause. L'étude de l'histoire, entreprise avec une méthode toute nouvelle, et le spectacle des événements contemporains amenèrent un autre penseur de la même époque. Thucydide, à concevoir à peu près de la même façon le rôle de la Fortune dans la direction du monde. À ses yeux, les révolutions politiques ne sont plus, comme pour Hérodote, l'œuvre <( d'un pouvoir supérieur dont le joug étendu pareillement « sur les grands et les petits états, les rend tous égaux devant « l'histoire » 3. En admettant l'intervention incessante et directe de la divinité, Hérodote sans doute donnait h son œuvre une grandeur, une unité morale, une gravité toutes particulières ; mais il s'épargnait aussi la partie la plus ardue de la tâche de l'historien, qui est la recherche des causes. Cette recherche fait, au contraire, l'objet des préoccupations constantes de Thucydide et constitue à ses yeux l'une des conditions les plus importantes de l'exactitude historique. Mais il n'admet pas le merveilleux : les causes naturelles lui suffisent; il trouve dans la condition géographique, économique