Fragm. 2 île Diagoras, dans les Lyriq, Gr. île Berg
tance. Nicias « le plus heureux des généraux de ce siècle » l, veut mettre son bonheur à couvert. On lui t'ait presque un mérite personnel de cette faveur de la déesse, et c'est sur elle, presque autant que sur ses talents militaires, que comptent les Athéniens pour mener à bien l'expédition de Sicile : « Ma jeunesse et mon extravagance prétendue ont su, par « des discours convenables, gagner à votre cause la masse des « Péloponésiens, » dit Alcibiade en réponse au discours de son adversaire : « maintenant donc ne craignez rien de ces menus « qualités ; mais tandis que je les possède et que la Fortune « semble favoriser Xicias, profitez des services que nous pou- « vons vous rendre » 2. — « Il est difficile, nous le savons, de « lutter contre votre Fortune 3», disent les Méliens aux députés d'Athènes, en invoquant contre cette force aveugle la protection de la Providence. Une armée, une cité abandonnée de la Fortune est perdue ; c'est un des arguments qu'emploie Gylippe pour décider les Syracusains à en finir avec la flotte d'Athènes : « En présence d'un pareil désarroi, et « puisque la Fortune de nos plus cruels ennemis se livre elle- « même à nous, fondons sur eux avec fureur» 4.
C'est donc une croyance déjà généralement reçue vers la fin du ve siècle que le gouvernement du monde parla déesse Fortune. Une fois adopté, le culte nouveau fit des progrès rapides, et, à la fin du ive siècle, il a pris à côté des dieux officiels reconnus par l'Etat, une place très considérable dans les croyances et les pratiques journalières du peuple grec. On invoque encore « tous les dieux et toutes les déesses » par habitude, par une sorte de ressouvenir de la gravité et de la foi sincère des ancêtres, mais on ne leur attribue pas dans les affaires de ce monde un rôle bien actif, et chaque