‹ Étude sur la déesse grecque TychéChapitre 54 sur 185 · Thucyd. V · texte numérisé non relu

Thucyd. V

4. Id., VII, 68. Ce passage est le seul, dit M. Classen, éditeur de Thucydide, où se trouve mentionnée une Fortune des hommes particuliers et des cités. Cela n'est pas tout-à-fait exact, comme on le voit par les passages que nous venons de citer, et qui ne sont pas les seuls ou il soit question de la déesse.

IVi.HÉ ET L'iDÉE DE HASARD 75

fois qu'il s'agit de justifier une défaite, d'expliquer un bonheur inespéré ou surprenant, c'est principalement à la déesse Fortune qu'on a recours. Cet état d'esprit nous esl exactement dépeint dans les œuvres du grand orateur de la fin du ive siècle. « Avant tout ô Athéniens, je supplie tous « les dieux et toutes les déesses de vous inspirer à mon « égard une bienveillance égale à l'amour que je ressens <■ moi-même pour la ville et pour vous tous. » Tel est le début du débat décisif dans lequel Démosthène se propose de justifier aux yeux de ses concitoyens la politique de toute sa vie. la résistance énergique à Philippe, l'alliance avec Thèbes autrefois rivale et ennemie d'Athènes. La harangue se termine par une prière aussi solennelle et aussi pieuse que l'invocation du début : « < ) vous tous, dieux, empêchez « que ces choses s'accomplissent. Ah! bien plutôt inspirez à « ces hommes des idées et des sentiments meilleurs: mais s'ils « sont incurables, faites que seuls ils trouvent la mort, la « mort avant le temps, soit sur terre, soit sur mer: quant à « nous, puissiez-vous nous délivrer le plus promptement « possible des craintes qui sont suspendues sur nos tètes et « assurer notre salut 1 ». 11 n'est guère possible de prendre un ton plus religieux et plus grave, et qui rappelle mieux les formules consacrées des siècles où la foi était vive encore. Mais précisément le malheur c'est peut-être qu'il les rappelle trop. On retrouve dans l'invocation de l'exorde les termes même dont Ctésiphon s'était servi dans son décret pour justifier l'honneur décerné à Démosthène 2, et au fond cette admirable prière n'est qu'un artifice oratoire par lequel Démosthène affirme, d'une manière indirecte, ses droits à la couronne que lui a votée le peuple. Sa malédiction de-la fin est-elle plus sincère? N'y a-t-il pas là des mots que l'orateur répète parce que l'oreille du peuple qui l'écoute était habi-

Page 1