Pi'o Corona, 2b2 sqq
2. Pro Corona, 270 sqq. Voir les mêmes idées développées longuement dans la lettre ~f,o; z-/.; &r)px/i£vovs BXxafrifiiaç,
On doit remarquer aussi cette subdivision de la Fortuné générale en d'autres plus particulières. D'après les textes que nous venons de citer, il semble que l'on croyait d'abord à une Fortune commune à tous les hommes indistinctement; puis à d'autres d'un pouvoir plus borné dont l'action présidait seulement au sort des différents peuples; enfin chaque individu avait sa Fortune propre spécialement chargée de sa destinée. On peut se demander si toutes ces Fortunes étaient bien distinctes les unes des autres, si les Fortunes des cités ou les Fortunes personnelles étaient regardées réellement comme des êtres, des divinités différentes, en nombre infini, ou bien si ce n'était pas là tout simplement une manière d'envisager l'idée même de la Fortune, une façon de parler pour exprimer la destinée spéciale que la Fortune en général (xoivy) t6/yj) faisait à chaque ville et à chaque particulier. Il n'y aurait eu ainsi qu'une déesse Fortune, souveraine maitresse de toutes choses, dont la Fortune d'Athènes, la Fortune de Philippe, la Fortune de Démosthène, etc., n'auraient été que des manifestation restreintes.
Il est certain que cette interprétation simplifierait les choses. Mais il ne nous semble pas possible de l'admettre. Les Fortunes des cités et des particuliers étaient bien considérées comme distinctes de la Fortune en général, et distinctes entre elles; la preuve, c'est qu'on opposait souvent entre elles ces différentes puissances 1. La Fortune générale de l'humanité peut être fâcheuse et dure, sans que la Fortune d'une ville cesse d'être favorable à la cité. Au milieu des malheurs qui assaillent les Hellènes et les Barbares, Démosthène affirme cependant qu'Athènes continue à éprouver les effets de son heureuse Fortune 2. D'un autre côté les Fortunes personnelles des individus peuvent se trouver en conflit avec la Fortune de l'Etat. Eschine reproche vivement à Démosthène d'entraver par sa Fortune les destinées heureuses d'Athènes. Voyez par