‹ Étude sur la déesse grecque TychéChapitre 59 sur 185 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

TYCHÉ ET L'iDÉE DE HASARD 81

la pensée, dit-il aux Athéniens dans le discours contre Ctésiphon, les malheureux Thébains « vous suppliant de ne pas « couronner celui qui a l'ait le malheur de la Grèce, et <■ de vous garder au contraire du Génie et de la Fortune qui « s'est attachée à cet homme. 11 n'est pas de ville, pas de « particulier qui aient jamais pu se soustraire au malheur « chaque fois qu'ils ont écouté les conseils de Démosthène. « Eh! quoi lorsqu'un bateau de Salamine a fait naufrage « dans le trajet sans qu'il y ait de la faute du pilote, une loi « interdit à cet homme d'exercer son métier afin que nul ne « se joue de la vie d'un Hellène, et celui qui a perdu Athènes « et la Grèce, vous le laisseriez, sans rougir, diriger « l'Etat! » 1. Ce reproche paraît irriter singulièrement le grand orateur, et il y répond avec une grande vivacité '-'. Mais lui-même n'était pas très convaincu peut-être qu'il fût mal fondé, et Plutarque nous raconte qu'après Chéronée, afin de déjouer le sort qui s'acharnait après lui, il évita d'inscrire son nom sur ses décrets et les signa successivement du nom de tous ses amis. Il ne reprit un peu de confiance que lorsque Philippe fut mort3.

A plus forte raison, les Fortunes des villes étaient souvent rivales, comme aussi celles des particuliers s'opposaient les unes aux autres. La Fortune de Démosthène était l'ennemie de celle d'Eschine par exemple, et celle d'Athènes était en lutte avec celle de Philippe 4.

Quand ces différentes Fortunes se trouvent en conflit, en est-il une qui doive l'emporter sur l'autre, ou bien toutes sontelles puissantes au même degré? Il semble que la Fortune des individus ait été la plus faible. C'est du moins ce que prétend Démosthène, en répondant à Eschine qui l'accuse d'entraîner l'Etat dans son propre malheur : « Que ma For- « tune personnelle, comme iU'affirme, soit plus forte que celle

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