Discours .sur la Chersonèse
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TYCHÉ ET L'iDÉE DE HASARD 91
puissance supérieure peut donner à leurs entreprises, il n'est pas de défaite véritable ; vaincus dans la lutte, ils sont encore les égaux de leurs vainqueurs ; car la Fortune, si elle est maîtresse de nos destinées, n'est pas maîtresse de nos âmes. C'est par ces considérations, d'une véritable grandeur morale, que se relèvent ceux qui sont tombés à Chéronée, et que se justifie la politique d'Athènes et celle de Démosthène. « Il es! inévitable, dans un combat, que les uns soient vaince eus, les autres vainqueurs. Mais je ne crains pas de le « dire : ceux qui. des deux côtés meurent à leur rang, ne « sont pas compris dans la défaite et ils ont une part égale « à la victoire. Pour ceux qui survivent, la victoire, c'est la « divinité qui la donne, c'est elle qui en décide ; mais ce que « chacun devait faire pour l'obtenir, tous ceux qui sont res- « tés à leur rang" l'ont fait. Mortels, ils ont trouvé la mort, « ils ont subi les hasards de la Fortune, mais leur âme n'a « pas subi de défaite '. » Aussi le véritable conseiller du peuple, le vrai patriote n'hésite pas à prendre la parole pour tracer leur conduite à ses concitoyens. 11 n'attend pas les événements pour donner son avis, comme les sycophantrs: il se déclare comptable de ceux qu'il conseille, de la Fortune, des circonstances, du premier venu ~, car il sait que, pour le peuple qui l'écoute, le résultat final n'est pas tout et qu'il place le devoir et l'honneur au-dessus du succès. Démosthène se rapproche ici de son maître en politique, de Thucydide. (In trouve aussi chez ce dernier l'idée qu'on peut, sans déchoir. être trahi par la Fortune 3, et que le courage est quelquefois plus puissant qu'elle 4. C'est une trace visible de l'influence que l'historien eut sur le développement moral de l'orateur.
Ce succès même, d'ailleurs, la Fortune est impuissante à l'assurer, si l'homme reste inactif et ne sait pas saisir les oc-