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Cf. déjà dans Euripide la belle pensée dont celle de Ménandre n*est peut-être qu'un souvenir : « Les biens des mortels ne leur appartiennent pas en propre; ils appartiennent aux dieux dont nous sommes les intendants; lorsqu'ils en ont besoin, il nous les réclament. » Phcnic, 565.
force aveugle et se distingua da hasard, en empruntant aux dieux qu'elle remplaçait ce qu'on reconnaissait en eux d'intelligence, de justice et de raison? L'idée d'une Providence équitable et libre dont nous essayions, dans le chapitre précédent, de saisir les traces, aurait-elle donc fini par faire son apparition ailleurs encore que parmi les intelligences exceptionnelles qui embrassèrent, à. la fin du ivc siècle, la philosophie de Zenon, et par s'introduire dans les croyances populaires, grâce précisément à la Fortune? Déjà dans Démosthènc on voit en effet la Fortune tenir compte, dans la répartition de ses faveurs, de la justice et de l'équité. « Si l'on me don- « nait à choisir entre la Fortune de Philippe et la vôtre, « c'est celle d'Athènes que je préférerais, pourvu que vous « voulussiez tant soit peu faire par vous-mêmes votre devoir; « car je vois que vous avez à la protection des immortels « bien plus de titres que lui. Mais nous sommes là, les bras « croisés, sans rien faire. Quiconque reste inactif n'a pas le « droit de demander à ses amis d'agir pour lui ; à plus forte « raison ne peut-il l'exiger des dieux l. » La confusion qui s'établit dans ce passage entre la Fortune et la volonté divine est remarquable, et l'on peut y retrouver l'idée que nous signalions plus haut chez Thucydide, tj-/y]v va toj Oe{;j, la Providence, avec cette différence toutefois que, dans Thucydide, -rîr/Y) n'était qu'une abstraction exprimant l'action de la divinité, tandis qu'ici elle est une divinité au même titre que les dieux nommés auprès d'elle. — Peut-être faut-il voir encore la même idée dans le passage suivant de Ménandre : « Renoncez à la raison. Car la raison de l'homme n'est rien : « il n'y a que la Fortune, qu'on appelle ainsi un souffle di- « vin ou une intelligence divine. C'est là le pilote universel « qui tourne le gouvernail et sauve le navire 2. La pré-