‹ Étude sur la déesse grecque TychéChapitre 74 sur 185 · appartient à V'Yxoëoj.ij/.zio: (Le fils suppoi · texte numérisé non relu

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vèrent souvent en lui un moyen commode de se déguiser et de se répandre, on ne peut méconnaître cependant qu'il eut aussi une influence heureuse à beaucoup d'égards. Il l'ut pour l'humanité une cause de progrès; il fut pour quelque chose dans le développement et la ditfusion des sentiments de charité, de douceur, de fraternité, qu'avaient à peine connus les âges précédents; il remplaça la multiplicité des dieux du paganisme par une divinité illusoire il est vrai, mais d'un caractère général et pour ainsi dire cosmopolite, dans laquelle se conservait ce que renfermait encore de sentiments religieux le monde ancien; sorti de l'athéisme, par un retour tout à fait inattendu, il devenait l'allié du stoïcisme et ouvrait la voie à des idées plus élevées et plus philosophiques sur la divinité et sur la Providence.

Le hasard dans la philosophie grecque

Platon n'admet pas le hasard. — Le hasard dans Empédocle. — Dans Démocrite et les atomistes. — La théorie du hasard dans Aristote. Elle se fonde principalement sur l'idée de cause finale; le hasard dans la nature et dans l'activité humaine, tô xiiTÔ/ionov et zùyj/i. Le hasard est ce qui n'est pas conforme à la marche naturelle des êtres vers leur fin. La théorie d' Aristote est une théorie objective du hasard. — Influence de la philosophie sur la croyance à la Fortune après Alexandre. La philosophie épicurienne et le stoïcisme. — La Fortune au 11e siècle avant notre ère : Polvbe.

A partir d'Alexandre et de ses successeurs, la faveur de la déesse Fortune ne lit que s'accroitre; les Tycliés des villes et les Tycliés des particuliers se multiplièrent à l'infini; et plus tard, lorsque les Romains eurent dirigé leurs conquêtes du côté de l'Orient, leur Genius et leur Fortune, peu différents de la Tyché des Grecs, contribuèrent encore à son extension. « L'on en vint à donner une Tyché à chaque lieu, à chaque « jour de l'année. » 1 Enfin, ce qui montre mieux encore combien cette croyance à l'action de la Fortune était devenue générale et s'était profondément imprimée dans les esprits, la philosophie elle-même, au temps d'Alexandre, réserve une place à la fortune parmi les causes qui président aux choses de la nature

Jusqu'au siècle d'Alexandre, comme Aristote lui-même en l'ait la remarque, la philosophie, dans les explications qu'elle tentait du monde et de sa formation, s'étail refusée ;ï admettre le hasard, ou même n'\ avail pas songé. « 11 y a des « philosophes qui doutent de l'existence du hasard, et qui

}. £oëga, A-bhandhingen 1817, p. 35.

« disenl que rien no vient jamais de la fortune (à-b tùyr,ç), « qu'il y a toujours une cause déterminée de ce que l'on dit « rire l'effet du hasard ou de la fortune... Si la fortune était « quelque chose de réel (disent-ils), il serait vraiment étrange « et inacceptable qu'aucun des anciens, en parlant des causes « qui président à la naissance et à la destruction des choses, « n'eût rien dit de la fortune et qu'ils aient cru, à ce qu'il « semble, que rien ne vient d'elle l. »

Parmi ces philosophes qui doutent de l'existence du hasard, il faut tout d'abord ranger le maître même d'Aristote, contre lequel le passage est peut-être dirigé 2. En effet dans la théorie qu'expose Platon au xc livre des Lois, il n'y a aucune place pour la fortune. Distinguant nettement de la matière le principe spirituel, il place L'âme à l'origine du monde, et c'est par elle qu'il explique son existence et sa conformation. L'erreur des systèmes matérialistes qui font de l&nature et de la, fortune la cause des plus grandes et des plus belles œuvres de l'univers et engendrent ainsi l'impiété, vient, dit-il, de ce qu'ils ont interverti l'ordre des choses, de ce qu'ils ont placé avant le premier principe de la génération et delà destruction des êtres ce qui lui est postérieur, de ce qu'ils ont mis ce qui est corporel avant l'âme et l'intelligence. Ils ont ignoré l'âme, sa nature et ses propriétés, et n'ont pas vu qu'elle existe avant toute chose 3. Partant de ce principe que le mouvement existe dans le monde, Platon en conclut comme Aristote, mais avec moins de rigueur et de précision que lui, la nécessité d'un premier moteur. Ce pre-

1. Aristote, Physique, II, ch. IV, 2. 3. II y a dans le texte, 'pour rendre l'idée de hasard, deux mots différents -'■>■//, et zb kùtô/j.xzov, que nous traduisons le premier par fortune, le second par hasard, bien que les deux mots grecs n'expriment qu'une nuance de cette même idée de hasard. Nous avouons n'avoir pu trouver de traduction plus précise et plus exacte. Le mot spontané, par lequel M. Barthélémy St-Hilaire traduit zb v.:jz^y.v-^j. nous semble devoir être rejeté, on verra pourquoi un peu plus bas.

2. Platon, d'ailleurs, ne dit pas que les anciens n'ont pas parlé du hasard. II fait au contraire au hasard une part peut-être trop large dans leurs systèmes et s'attache a réfuter l'opinion qu'il leur prête (Lois, X. 5J.

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