Ibid., chap. \S
o. Cela est peu probable; dans la suite du chapitre, il n'est question que d'Empédocle, des atomistes et d'Anaxagore. Bien entendu, il ne peut être question de hasard dans le système pythagoricien, fonde tout entier sur le nombre et l'harmonie, et Aristote ne songe pas à eux.
Quant aux Eléates, n'admettant d'autre réalité que Y être un, indissoluble, éternel, homogène, immuable et parfait, ils nient la multiplicité et la mutabilité des êtres individuels, l'existence des phénomènes, et, par conséquent, la possibilité pour le hasard de s'exercer. Ce silence des vieux philosophes sur le hasard étonne Aristote. « Beaucoup de choses se font « et existent par l'effet de la fortune et du hasard; et bien « qu'on sache que chacune d'elles peut être rapportée à « quelqu'une des causes qu'on reconnaît pour expliquer les « faits, comme le prétendent les anciens qui suppriment la « fortune, pourtant tout le monde dit que certains ont pour « cause la fortune, et que d'antres n'ont pas pour cause la « fortune. C'est pourquoi ils auraient dû en faire mention « d'une façon ou d'une autre. Mais non, ils ne l'ont pas « rangée parmi les principes du genre de l'Amour et de la « Haine (Empédocle), du Feu (Heraclite), de l'Intelligence « (Anaxagore) ou d'autres semblables. 11 est donc étrange « qu'ils aient cru que la fortune n'existait pas. ou, s'ils pence saient qu'elle existait, qu'ils aient omis d'en parler » l. Ne peut-on déjà, dans cet appel qu'Aristote fait au sentiment du vulgaire pour l'opposer à l'opinion des sages, reconnaître l'influence de cette croyance à l'action de la fortune, si répandue à son époque? N'a-t-il pas pris pour le consentement universel ce qui n'était que l'opinion de ses contemporains? Ses devanciers n'ont pas songé à faire figurer la fortune et le hasard au nombre des causes dans leurs systèmes : c'est simplement peut-être parce qu'au temps où ils vivaient on n'était pas encore habitué à faire tout dépendre de la fortune, comme on le fit plus tard ; et si Aristote songe à définir le hasard, à en construire une théorie c'est qu'il est obligé de tenir compte, en cherchant à déterminer les causes, d'un élément nouveau, qui n'avait avant lui qu'une importance secondaire dans les idées des Grecs.
Ce qui semblerait bien prouver qu'il en est ainsi, c'est que