‹ Étude sur la déesse grecque TychéChapitre 81 sur 185 · Platon surtout. Voir le début de ce chapitre · texte numérisé non relu

Platon surtout. Voir le début de ce chapitre

1 ] ï CHAPITRE \l

sentemeni universel L'affirme : tout Le monde dit de certaines clioses qu'elles sont L'effet du hasard. Parmi les anciens sages, ceux qui le repolissent (Empédocle, Démocrite) sont les premiers à s'en servir et tombent en contradiction avec euxmêmes; d'autres (Anaxagore) déclarent que c'est une cause impénétrable à la raison humaine, mais l'admettent cependant comme cause. Le hasard existe donc et c'est une cause.

Mais c'est une cause de quel genre? Dans ce qu'un être accomplit, il faut distinguer ce qui dépend de l'essence môme de cet être, ce qui est son développement logique (to /.xOVxjtc) l, et ce qui n'est qu'accidentel, le contingent (to cj;j.- 6î6t,y.ôç) 2. Ainsi un homme a deux jambes : c'est un fait qui dépend de son essence même, c'est un fait y.aO'aj-5; il est sauvage ou civilisé : cela n'est plus dans son essence, c'est un l'ait accidentel (v.x-.xzb s-jy.Szc-ç/.i:). Dans la nature, la marche régulière vers la fin est le xaÔ'auTo; le ffujAêsêvjxôç comprend les accidents qui arrêtent cette marche ; et, sans cet élément perturbateur, tout tendrait naturellement et sans effort vers le divin, serait divin, c'est-à-dire atteindrait son développement logique. C'est dans la classe des causes accidentelles que rentrent les faits qu'on attribue au hasard. Le hasard est donc une cause accidentelle suspendant la marche des êtres vers leur fin.

Mais Arislotc pousse plus loin l'analyse. Reconnaissant icibas deux causes d'ordre, la nature et l'intelligence humaine 3, il subdivise les laits accidentels en deux classes, suivant qu'ils se rapportent à l'une ou à l'autre de ces deux causes. Le hasard dans la nature, il l'appelle to aÙTojwiTOV. L'étymologie {\}.irrtv) qu'il donne de ce mot est fausse, mais elle montre bien ce qu'il entend par la. Le to ainojMiTov est un fait inutile ; c'est un effort perdu, sans finalité, ou en dehors

1. To fj.h> oe'&vrô vTi&p%ùv î/.x^ry, xaô'aÛTÔ ■ -', ôi f/.r, ot' yjri, tsu/iëtS/i/.ôi. (De Animal, part., I, 4, 34 6.)

2. Su/u.ësêyjzÔ5 os '.'j-vj... 'j ijijly i-x'. j~}.^/-.i:j ôtmo&'j VjI /.'j.\ tw ujt''I /.'A fui iiicio' yuj. (Top., I, r>, 102, h).

o. Physiq., 11, ch. v, 2.

de la finalité universelle l. Aussi, quand ce que produit to «jTojMtrov est un être, cet être est un monstre (tspaç), quelque chose de contraire à Tordre universel, d'isolé et sans but. Dans ce qui touche à l'homme et à l'intelligence humaine, le hasard, c'est ~'s/;rt. T ■>/■/; a un sens moins compréhensif que to xùtojjuztov. Tous les faits de Tuyjr] sont des faits de to xj-.i\j.y.-.z-t : mais la réciproque n'est pas vraie 2. Les faits de tu)tyj ne peuvent se produire crue pour les êtres intelligents et doués d'activité ; ils ne peuvent avoir pour objet crue des actes (~iy. -.7. r.zxv.-.y. eivûh). <. Pour cette raison l'être inanimé, la brute. « l'enfant ne font rien qu'on puisse appeler rj/r, 3 ». En effet, ils n'ont pas le libre arbitre, ils ne peuvent choisir et raisonner leurs actes (icpoaipsatç). Ne pouvant agir, « ils ne sont su- « jets ni à l'àxiyyj.a, ni à l'euxu/Ja, à moins qu'on ne se serve de « ce mot par comparaison, comme le faisait Protarque quand « il disait que les pierres dont sont faits les autels sont heu- « reuses (eÛTuyeiç] parce qu'on les honore, tandis que les au- « très sont foulées aux pieds » 4. Pourquoi Aristote indique-t-il l'intelligence et la volonté comme nécessaires pour qu'un fait de lùyjn puisse se produire? C'est que l'être intelligent n'agit jamais sans but. et que. pour rs/rn comme pour xà aÙTojjiraTOv, il veut mettre en évidence cette idée de finalité qu'il retrouve partout. TO/y; ne s'exerce donc que dans les choses qui ont une fin, de même que to xj-z[j.'j.-z'/. La différence c'est que, pour tûyjn, la fin a pu être voulue par l'intelligence humaine au lieu d'être voulue par la nature. Mais tous les deux ont pour caractère commun qu'ils président à un ordre de faits dont la production n'est pas déterminée par la fin voulue et poursuivie, et qu'ils sont au contraire un troublr apporté dans la poursuite de cette fin '.

1. C'est donc à tort qu'on le traduit par spontané (Barth. Saiiit-Hilaire) . Il ne s'agit pas des causes ellicientes ; il s'agit des causes finales.

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